Dans cette section, le Comité consultatif examine et analyse le monde
moderne de la poste dans lequel évolue Postes Canada. Selon le Cadre de
référence de l’examen stratégique, le Comité consultatif doit :
- analyser la façon dont les changements au chapitre de la technologie,
de la concurrence et des caractéristiques socioéconomiques de la clientèle
ont façonné le marché de la poste;
- analyser l’évolution des marchés de la poste-lettres, des colis,
de la médiaposte et du courrier international;
- présenter les nouveaux besoins des clients des services postaux;
- présenter les leçons pouvant être tirées de l’évolution des
mêmes facteurs dans les marchés des services postaux d’autres
pays.
La présente section comporte cinq parties. Dans la première partie, le
Comité consultatif présente un bref aperçu de sa compréhension des derniers
développements dans le marché de la poste au Canada et à l’échelle
mondiale. La deuxième partie présente ce que nous ont dit les Canadiens
relativement aux services postaux. Dans la troisième partie, le Comité consultatif présente et analyse un certain nombre de développements
intéressants dans les services postaux en Autriche, en Australie, en
Nouvelle-Zélande, en Suède, aux États-Unis et au Royaume-Uni. La quatrième
partie présente notre compréhension de l’analyse de Postes Canada sur
le monde de la poste et ses opinions sur ce qui est nécessaire à la réussite
et à l’efficacité dans ce monde. Dans la cinquième et dernière partie,
le Comité consultatif tire ses conclusions et présente cinq thèmes ou enjeux
essentiels qui devraient, à son avis, façonner ses autres analyses et
recommandations.
Le marché de la poste, comme tous les secteurs de l’économie, subit
d’importants changements sous l’influence des technologies en
évolution, de la mondialisation et de la libéralisation. La situation de la
poste moderne se divise en trois composantes. Premièrement, le marché
traditionnel de la poste-lettres est une industrie arrivée à maturité, qui a
probablement connu son apogée. Les perspectives de ce secteur sont au mieux
stables et annoncent probablement une baisse lente, mais constante.
Deuxièmement, la nouvelle économie et la montée du secteur des services
offrent un certain contrepoids au marché stagnant des lettres. Le commerce
électronique présente des perspectives de croissance pour les paquets et les
petits colis et l’économie de services présente des perspectives
semblables dans les marchés de messagerie et du courrier. Troisièmement,
notre société devient de plus en plus une société de communications et les
communications physiques continueront à jouer un rôle même si les
communications électroniques se développent. Il existe des perspectives dans
le marché de la médiaposte et de la communication physique dans les domaines
où l’aspect physique possède un avantage comparatif par rapport à la
communication électronique, comme dans la livraison de matériels
publicitaires. On retrouve alors dans le marché moderne de la poste une
gamme de produits en constante évolution.
L’expérience des dernières décennies suggère que le marché des
services de poste traditionnels est en baisse pour ne pas dire qu’il
stagne. Ceci a d’énormes conséquences pour les services postaux,
puisque la poste-lettres a toujours été la principale source de revenus,
permettant la capacité financière du service postal et le respect de
l’obligation d’assurer un service universel. Dans la mesure où
le volume de la poste-lettres diminue, les services postaux doivent trouver
d’autres sources de revenus; sinon, les niveaux de service, la qualité
et la nature de l’obligation d’assurer un service universel
seront probablement en baisse en raison de la diminution de la capacité des
services postaux à couvrir les coûts des niveaux de services existants.
Du télégraphe et du téléphone au télécopieur, au courriel et à Internet,
la poste-lettres a confronté successivement les vagues des nouveaux
développements des technologies et des communications qui ont menacé son
existence. Le marché contemporain des communications offre diverses
possibilités : le téléphone cellulaire et la messagerie texte; le
télécopieur et le balayage électronique; le courriel, le guichet automatique
bancaire et le prélèvement automatique ainsi que d’autres formes de
transfert électronique de documents.
L’avènement de la communication électronique est particulièrement
important étant donné que la majorité du courrier est maintenant composé
d’envois d’affaires. Le courrier personnel (courrier entre
consommateurs) représente en général 10 % ou moins de la plupart des marchés
postaux à l’échelle du monde industrialisé. En général, de 80 à 90 %
du courrier provient des entreprises, ou leur est destiné. Postes Canada
signale que les expéditeurs commerciaux représentent plus de 90 %
de ses
volumes de poste-lettres et de la médiaposte. La majeure partie de ces
volumes prennent la forme d’envoi et de paiement des factures, ce qui
est facilement transférable à la forme électronique. Le rythme auquel la
substitution électronique est en train de se produire a varié d’un
pays à l’autre et d’un secteur à l’autre et n’a
peut-être pas évolué aussi rapidement qu’on l’avait prévu.
Cependant, la réalité est que la substitution électronique a détruit de
grandes parties du secteur du courrier et promet de continuer à le faire à
l’avenir. Ce sont des développements parallèles, comme le regroupement
de factures de différents services en une seule, qui réduisent également les
volumes.
Selon un sondage mené par l’entreprise Nanos et commandé par Postes Canada, 60 %
des Canadiens croient qu’ils enverront à peu près
autant de courrier dans cinq ans qu’à l’heure actuelle et
56 %
s’attendent à recevoir autant de courrier. Les jeunes
Canadiens ont eu davantage tendance à répondre qu’ils recevraient
davantage de courrier (33 %) au cours des cinq prochaines années.
Cependant, 46 % des personnes sondées pensaient qu’Internet
constituait une grande menace à Postes Canada et 33 %
des répondants
considèrent qu’il représente une menace mineure. La Fédération
canadienne de l’entreprise indépendante (la FCEI) signale qu’en
général, ses membres prévoient générer moins de volume au cours des cinq
prochaines années, un point de vue exprimé également au cours de
consultations avec de gros clients. Lors d’entretiens avec le
Comité consultatif, des représentants des grandes banques ont anticipé une baisse
annuelle de 2 à 3 % pour le courrier. L’Association nationale des grands usagers postaux
(ANGUP) estime que les volumes du courrier stagneront ou diminueront.
Les conséquences de ces développements semblent durables et importantes,
on ne devrait donc pas trop généraliser en suggérant que la poste-lettres
est une industrie arrivée à maturité, qui a atteint son apogée et qui ne
croîtra vraisemblablement plus à l’avenir.
Le défi de l’évaluation des conséquences de la substitution
électronique réside dans le fait qu’il existe un deuxième facteur qui
a influencé les volumes de la poste nationale. Le monde de la poste fait
partie du plus vaste monde des communications physiques, qui a été
énormément internationalisé et mondialisé. Ceci reflète la libéralisation du
commerce d’après-guerre et l’importance croissante du commerce
dans les services. À mesure que les frontières nationales se sont estompées
et que les marchés intérieurs se sont déréglementés et libéralisés, on a
assisté à une croissance rapide des communications et du commerce
transfrontaliers. De grandes entreprises internationales ont développé
presque tous les marchés intérieurs du monde et y sont entrées. Ce
développement comprend des entreprises multinationales privées comme
UPS et FedEx, qui mènent leurs activités dans tous les marchés aux
quatre coins du monde. Mais ce développement comprend également un phénomène
plus récent : la croissance des services postaux internationaux. La plupart
des grands services postaux industriels fonctionnent et exercent leur
compétitivité dans leurs marchés respectifs, et un nombre d’entre eux
sont fort grands et imposants. La poste allemande s’est transformée en
DHL et la poste néerlandaise est devenue TNT, d’importants acteurs qui
rivalisent avec FedEx et UPS et leur font concurrence dans tous
les marchés du monde, y compris le Canada. La libéralisation et
l’internationalisation du monde de la poste ont eu une importante
incidence sur les marchés intérieurs de la poste en encourageant le
développement et l’expansion de concurrents importants.
Cela dit, les tendances récentes sont inégales. L’Union postale
universelle (UPU), l’agence internationale des Nations Unies pour le
secteur postal, signale que plus de 430 milliards d’articles de
courrier sont livrés dans le monde chaque année. Cela représente la
livraison de bien au-delà d’un milliard d’articles de courrier
par jour, et cette donnée ne comprend pas les colis, le courrier par
messager et le courrier express, etc. Ce volume est gigantesque.
Parallèlement, selon la tendance mondiale au cours de la première
demi-décennie du XXIe siècle, les volumes diminuent de 0,3 %
par année.
Différentes tendances s’inscrivent dans cette tendance mondiale, même
dans le monde industrialisé. L’Europe a assisté à une croissance du
volume, bien que celle-ci se soit réduite jusqu’à moins 0,7 %
en
2006, et la croissance a été faible sinon stagnante au Luxembourg, en Suède,
aux Pays-Bas
et au R. U., qui prévoit des pertes de volume d’un
maximum de 3 %
dans un avenir proche. Récemment, la croissance de la
poste-lettres a stagné, s’est arrêtée ou a même diminué un peu en
Australie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et au Canada.
Les services postaux sont au courant de ces tendances et ont essayé de
les atténuer en élargissant leurs efforts dans les marchés postaux ou des
communications physiques, des marchés où ils n’ont pas le statut de
monopole qu’ils ont avec la poste-lettres. Ces secteurs comprennent
les colis, le courrier par messager et le courrier express, la médiaposte,
le publipostage et les services financiers. Le commerce électronique a
généré énormément de demandes pour la livraison de colis. La médiaposte
pourrait bénéficier de cela et connaître une croissance résultant de la
limite récente imposée au télémarketing (la Liste nationale des numéros de
télécommunication exclus). Effectivement, plusieurs services postaux dans le
monde ont évolué de sorte que les revenus de la poste-lettres représentent
moins de la moitié des revenus totaux (Allemagne 21 %; Suisse 39 %; Pays-Bas
40 %; Norvège 42 %). Le courrier transactionnel représentait 54 % des revenus non consolidés de Postes Canada en 2007.
Il faut cependant rappeler que ces autres activités postales ont cours
dans un environnement extrêmement concurrentiel, où les services postaux ne
dominent pas le marché et où l’activité économique s’affaiblira
beaucoup devant le ralentissement financier et économique. Par exemple, le
publipostage a été un bon secteur de croissance pour les services postaux,
surtout dans le contexte de la croissance soutenue des budgets de publicité.
Cependant, la communication physique n’est qu’un moyen ou outil
parmi d’autres à la disposition des publicitaires et des spécialistes
du marketing, et le publipostage livre concurrence aux journaux et aux
autres modes de livraison dans le côté physique de ce marché. Le marché du
courrier par messager et du courrier express est lucratif et prend
rapidement de l’expansion en plus d’un développement et
d’une croissance économiques, mais il est également un secteur
hautement concurrentiel. L’industrie des colis a démontré une reprise
soutenue, particulièrement en raison du développement dynamique du commerce
électronique sur Internet, qui requiert la livraison des produits. Mais
encore une fois, la concurrence est très forte dans l’industrie de la
livraison des colis. La prestation de services financiers représente un
important secteur d’activité économique, mais cette activité est
souvent interdite aux services postaux qui n’ont aucune tradition
historique dans ce marché et /ou il existe un secteur financier pleinement développé.
En général, ces efforts de diversification voient des entreprises de
poste nationales faire concurrence à des entreprises privées dans des
marchés non exclusifs et à d’autres services de poste nationaux à
mesure que des services postaux plus importants et ambitieux travaillent à
établir une marque et un réseau internationaux dans l’économie
mondialisée. Afin d’être concurrentiels et rentables, les services
postaux doivent répondre rapidement et efficacement aux besoins et aux
attentes des consommateurs. Par conséquent, les services postaux ont dû
devenir plus commerciaux, flexibles, souples et concurrentiels s’ils
veulent réussir dans ces marchés et générer des revenus additionnels afin de
neutraliser la baisse des recettes de la poste-lettres.
Le marché de la poste-lettres au Canada est-il condamné à sombrer dans
l’oubli? Il est très peu probable qu’un secteur qui à
l’heure actuelle manipule presque 5,5 milliards d’unités par
année disparaîtra bientôt. Une étude récente commandée par l’Institute
for Postal Studies (IPS) de
l’Envelope Manufacturers Association a évalué que la valeur
de l’industrie canadienne de la poste se chiffrait à 74 milliards de
dollars en 2005. En effet, il est plausible que la poste-lettres ait un
avenir convenable sinon dynamique. La conséquence de la substitution
électronique a été inégale, ce qui reflète les préférences des consommateurs
et la disponibilité des produits. Par exemple, dans les secteurs où
l’accès à large bande est limité, comme dans les régions rurales, la
substitution électronique est modérée. En outre, un récent sondage de
BrandTrust a constaté que 85 % des Canadiens qui ont accès au courriel
préfèrent recevoir leurs factures, relevés bancaires et rapports financiers
par le biais du service de courrier régulier. Cette situation reflète en
partie le fait que les consommateurs font confiance au service de courrier
et apprécient la sécurité et la protection qu’il offre contre la
fraude et le vol d’identité. L’étude a révélé que 81 % des
Canadiens croient que la poste est plus sécuritaire que le courriel. (Les
données équivalentes pour les États-Unis étaient de
86 %
et de 76 %.) Les sondages indiquent que les
services postaux possèdent une forte « notoriété de marque », fondée sur la
familiarité et la fiabilité ainsi que sur la confiance et la loyauté
engendrées par de relations à long terme.
Les services postaux et la poste-lettres demeurent intéressants pour les
consommateurs pour plusieurs raisons, notamment le fait qu’ils offrent
une couverture et une accessibilité universelles et efficaces, étant donné
la présence du réseau postal dans toutes les collectivités et les quartiers
et son service de livraison à toutes les portes et adresses d’un pays.
L’aspect « physique » de la poste est un autre avantage comparatif
possible. Le courrier est mobile et peut être lu n’importe où, à
n’importe quel moment. Il a la capacité d’être utilisé avec les
nouvelles technologies de façon complémentaire, et la livraison de colis est
une réalisation rapide du développement du commerce électronique. En outre,
son aspect physique même offre des possibilités dans le publipostage et
d’autres marchés, étant donné son potentiel pour la forme, les
caractéristiques tactiles, le mode d’intervention et la
flexibilité.
Pour résumer cette discussion : le marché de la poste est en évolution.
Le marché de la poste-lettres, les marchés traditionnels protégés des
services postaux, est parvenu à maturité, s’est possiblement stabilisé
et ne progressera vraisemblablement plus ou décroît lentement. Cela est
compensé d’une certaine façon par des possibilités de croissance dans
les petits colis, le courrier par messager, le courrier express et la
médiaposte, qui sont tous des marchés très concurrentiels. Par conséquent,
le marché de la poste présente une combinaison et un éventail
d’occasions de concurrence en constante évolution pour les services
postaux.

En dépit des allégations concernant la dominance des médias et des
communications électroniques, les Canadiens demeurent grandement intéressés
par les questions liées à la poste et sont très attachés au maintien
d’un service postal universel viable et efficace. Le Comité consultatif a recueilli le point de vue des Canadiens de différentes façons
: par le biais de mémoires formels écrits ou envoyés par courriel, de
résolutions organisées de conseils municipaux et d’interviews, de
réunions et de consultations avec différents groupes et organismes. Comme
l’indiquent les appendices C et D, le Comité consultatif a communiqué
directement avec des milliers de Canadiens et des douzaines de groupes et
d’organismes, notamment des associations commerciales et des groupes
sociaux, des organismes de bienfaisance et des éditeurs, des concurrents du
secteur de la poste et des groupes ruraux, des groupes d’intérêt et
des syndicats ainsi que des petits, moyens et grands clients de Postes Canada.
À titre de généralisation, il semble que le public n’est pour ainsi
dire aucunement en faveur de la privatisation ou de la déréglementation de
Postes Canada à l’heure actuelle, et offre un appui considérable sinon
unanime au maintien d’un service universel de qualité et abordable
pour tous les Canadiens et toutes les collectivités. Les deux positions du
public semblent effectivement être inextricablement liées.
Cependant, le Comité consultatif indique que les réalités auxquelles fait
face Postes Canada sont mal connues ou que le public n’y est pas
sensibilisé. La majorité des Canadiens ne sont pas très conscients de la
complexité que présente ce service universel et n’ont pas une bonne
compréhension des incontournables défis opérationnels et financiers qui
rendent si précaires la capacité et la viabilité futures de Postes Canada.
En effet, le Comité consultatif a été frappé de constater à quel point les
Canadiens croient que Postes Canada est une entreprise prospère qui peut
aisément élargir son éventail de services et accroître la qualité sans
conséquence pour la viabilité financière de la Société. Cela tient
probablement au fait que le groupe de sociétés de Postes Canada (qui
comprend la Société canadienne des postes) s’est déclaré rentable
annuellement au cours des 13 dernières années consécutives et versait des
dividendes au gouvernement.
L’évaluation du Comité consultatif montre que cela a
contribué au manque de sensibilisation des Canadiens concernant la condition
financière et la capacité réelles de la
Société canadienne des postes.
Dans la présente section, nous faisons rapport du point de vue que les
Canadiens ont exprimé tout au long de l’examen stratégique. Ce rapport
n’est pas fondé sur un échantillon scientifique, mais il illustre
plutôt l’opinion des Canadiens qui ont choisi de participer au
processus d’examen stratégique. Dans notre examen des mémoires des
citoyens canadiens, les thèmes ou les enjeux prioritaires sont marqués
d’une étoile (*).
* Opinion publique : Maintenir le statut de société
d’État de Postes Canada, avec son privilège exclusif
Notre expérience tout au long de l’examen reflète un appui pour
Postes Canada et le service postal universel. Certains résultats du sondage
indiqués ci-dessous faisaient partie des mémoires au Comité consultatif,
alors que d’autres observations sont fondées sur notre analyse des
commentaires des Canadiens envoyés au Comité consultatif.
Dans leurs mémoires au Comité consultatif, la grande majorité des
citoyens canadiens soutenaient que les services postaux demeurent un service
public important. Cette opinion prévalait particulièrement dans les mémoires
provenant des régions rurales du Canada.
Cette opinion avait trait à l’à propos que Postes Canada conserve
son monopole sur la poste-lettres (le privilège exclusif), car on estime
généralement que seule une entreprise nationale unique peut fournir un
service universel à un tarif universel pour tous les Canadiens. La
Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a sondé ses
membres à ce sujet en 1996 et en 2008 et l’opinion voulant que Postes Canada conserve son privilège exclusif est passée de 32 % à 52 %.
Un sondage de la firme Ipsos-Reid (cité dans le mémoire du STTP) a
démontré que 69 % des Canadiens refusent que l’on permette aux
compagnies privées de livrer le courrier. Et 44 % des répondants qui
voulaient permettre la concurrence changeraient d’avis si cela
entraînait l’élimination du régime du prix unique pour les lettres sur
tout le territoire canadien. La grande majorité des mémoires à
l’examen stratégique a démontré un solide appui à la position selon
laquelle Postes Canada devrait conserver le privilège exclusif, un point
évoqué dans 46 % des mémoires individuels au Comité consultatif. Il semble y
avoir une opinion très répandue dans le public, selon laquelle un service
universel à un tarif universel est un des meilleurs aspects de Postes Canada.
Le projet de loi C-14 suscitait la controverse au début du processus
d’examen stratégique. Ce projet de loi proposait de déréglementer le
courrier international de départ, c’est-à-dire, il permettrait aux
compagnies privées de continuer de faire concurrence à Postes Canada pour
recueillir et livrer le courrier à destination étrangère. Ce projet de loi
est mort au Feuilleton de la Chambre, à la suite de la dissolution du
Parlement en septembre 2008. Un certain nombre de groupes se sont opposés au
projet de loi C-14 et ont insisté que Postes Canada devrait conserver son
monopole dans ce secteur. Ils craignaient que ce projet de loi affaiblisse
Postes Canada financièrement, menaçant ainsi sa capacité à fournir un
service universel. Cependant, un certain nombre de groupes étaient en faveur
du projet de loi C-14, évidemment mené par les « entreprises de repostage »
de la Canadian International Mail Association (CIMA) et par des composants
du secteur de l’impression y compris l’ACI (Association
canadienne de l’imprimerie). L’ANGUP a déclaré au Comité consultatif que ses membres ne s’entendent pas sur cette question.
Postes Canada jouit d’une forte et positive reconnaissance de
marque. Selon un sondage mené par l’entreprise Nanos (commandé par
Postes Canada), près de neuf Canadiens sur 10 ont une impression favorable
ou plutôt favorable de Postes Canada et sept sur 10 sont généralement
satisfaits de Postes Canada. Les résultats de ce sondage confirment un
certain nombre d’évaluations externes de Postes Canada, qui est
reconnue comme un des 100 meilleurs employeurs au Canada par le magazine
Maclean’s et qui est l’institution fédérale la plus digne de
confiance au Canada, se classant devant l’armée, la Cour suprême, la
GRC et la SRC [ 1 ]. Léger Marketing rapporte
que Postes Canada se classe troisième parmi les 150 entreprises les plus
admirées par les Québécois. Enfin, le sondage de Nanos rapporte également
que Postes Canada est mieux cotée par les Canadiens que UPS, FedEx ou
Entreprises Bell Canada Inc. (BCE).
Au cours du processus d’examen stratégique, le Comité consultatif a
constaté qu’une opinion revenait souvent de la part des Canadiens : «
On ne corrige rien à une chose qui fonctionne bien ». Il a été dit que la
privatisation et la déréglementation des services postaux dans
d’autres pays n’ont pas été couronnées de succès et que le
Canada ne devrait pas essayer d’autres options ou solutions alors que
la présente approche fonctionne.
* Fiabilité, sécurité et confidentialité
Une des principales raisons pour lesquelles les Canadiens appuient Postes Canada et le régime de la poste actuel est qu’ils savent que Postes Canada est fiable et qu’elle garantit la sécurité et la
confidentialité de leurs communications, un point qui a été soulevé dans
plusieurs mémoires. Les institutions financières sont particulièrement
intéressées à la sécurité de leurs communications, comme le sont les
compagnies qui envoient des factures, des relevés, des comptes, etc. Il y a
également eu un contrecoup considérable concernant les technologies
électroniques intrusives, ce qui a mené à l’arrivée au Canada de la
Liste nationale des numéros de télécommunication exclus et ses équivalents
ailleurs.
D’après les études effectuées par BrandTrust, la majorité des
Canadiens considèrent le courrier physique plus sécuritaire et fiable que le
courriel et ils se sentent plus rassurés de recevoir des renseignements et
des documents confidentiels de cette façon. Les études de BrandTrust
indiquent que 85 % des Canadiens préfèrent le format physique pour leurs
documents financiers (factures, rapports financiers et relevés bancaires) et
81 % croient que le courrier régulier est plus sécuritaire que le courriel.
En outre, plus de la moitié des Canadiens (63 %) préfèrent encore recevoir
les renseignements des entreprises avec lesquelles ils font affaire par
courrier régulier plutôt que par courriel.
* Établissement des tarifs
Selon les mémoires reçus au cours de l’examen stratégique, les
citoyens canadiens estiment que les tarifs de la poste sont généralement
abordables. Il n’est pas étonnant que les entreprises qui ont recours
aux services de Postes Canada recherchent des tarifs plus bas et moins
d’augmentations des tarifs. Cependant, plusieurs compagnies se disent
satisfaites des tarifs pour les services qu’ils reçoivent.
Plusieurs mémoires de la part de Canadiens indiquaient que Postes Canada
offrait un des tarifs les plus bas au monde pour la poste-lettres. Cela
reflète le fait que les tarifs d’affranchissement ont augmenté de
seulement deux tiers dans l’Indice des prix à la consommation (IPC),
une formule de plafonnement adoptée lorsque le gouvernement a établi un
cadre stratégique et financier pour Postes Canada à la fin des années
1990.
Le sondage de Nanos mentionné plus tôt rapporte que 62 % des Canadiens
étaient satisfaits de la valeur qu’ils reçoivent pour le prix
d’un timbre. En effet, lorsqu’on leur a demandé ce que la SCP
devrait faire pour maintenir un service universel malgré les volumes en
baisse, l’augmentation du tarif des timbres était le moyen privilégié
des Canadiens. Les moyens les moins souhaitables étaient la fermeture de
bureaux de poste et la réduction du nombre d’établissements de
traitement. En général, les Canadiens croient que le privilège exclusif de
Postes Canada a aidé à garder les tarifs postaux peu élevés. Au même moment,
la tarification « prix unique » pour les lettres est très populaire auprès
des Canadiens, en tant qu’élément clé du service universel.
Certaines entreprises clientes se sont dites préoccupées par le fait que
Postes Canada a trop d’indépendance en ce qui a trait à la
tarification des produits autres que la poste-lettres de base. Plusieurs
petites et moyennes entreprises (PME) ont indiqué qu’elles croient que
la SCP ne devrait pas avoir le pouvoir unilatéral de hausser les tarifs.
Elles ont signalé plusieurs cas et enjeux où elles se sont senties lésées
par les décisions de Postes Canada relatives à la tarification, qui étaient
d’après elles mal expliquées et inopportunes, ou insuffisamment
justifiées et présentées de manière à ne laisser aucune place à la
négociation. Certaines entreprises croient qu’il devrait y avoir une
surveillance accrue et indépendante et plus d’imputabilité dans les
décisions relatives à la tarification.
La création d’un organisme de réglementation indépendant suscite
des sentiments partagés. Moins de la moitié des membres de la FCEI y donnent
leur appui et l’ANGUP n’appuie pas cette approche, en raison des
coûts qui y sont associés et de la crainte de créer un autre niveau de
bureaucratie. L’ANGUP a suggéré au Comité consultatif d’utiliser
l’ombudsman actuel ou de créer de nouveaux organismes, comme un
Comité consultatif des expéditeurs, afin de leur offrir des recours relativement à
la tarification.
De grandes entreprises, l’ANGUP et Magazines Canada, entre autres,
se sont dites préoccupées par le fait que les prix soient fixés sans
consultations et sans qu’il soit possible de réagir en temps opportun,
l’absence de responsabilité par rapport aux prix, la nécessité
d’avoir un plafonnement des prix même pour les produits autres que les
lettres, le besoin d’un meilleur partenariat, d’une ristourne
sur les volumes, des mesures incitatives pour le partage de travail et la
nécessité d’avoir un mécanisme d’appel.
* Finances
Comme il a été mentionné plus haut, bon nombre des Canadiens qui ont
participé à l’examen stratégique semblent croire que Postes Canada est
une entreprise saine, financièrement viable et même lucrative.
Le Comité a trouvé que, de façon générale, les Canadiens n’appuient
pas l’idée selon laquelle Postes Canada verserait des dividendes au
gouvernement. Selon le sondage de Nanos cité plus tôt, l’utilisation
des profits de Postes Canada pour payer la modernisation des installations
et de l’équipement était l’option appuyée par la plupart des
Canadiens (43 %). Un Canadien sur trois (31 %) appuyait l’idée selon
laquelle la modernisation serait payée à l’aide d’une subvention
du gouvernement, alors que 21 % appuyaient l’option du financement de
la part du secteur privé. Cinq pour cent des Canadiens se sont dits
incertains. Le STTP signale qu’en 2006 2007, plus de 500 municipalités
ont adopté une résolution demandant au gouvernement de cesser d’exiger
de Postes Canada qu’elle enregistre des profits et verse des
dividendes. Certains groupes, notamment le Congrès du travail du Canada,
considèrent que l’attention de Postes Canada axée sur les rendements
financiers a nui au maintien et à l’amélioration des services postaux,
à leur universalité et à leur accessibilité.
* Régions rurales
Les services postaux ne suscitent jamais
autant de discussions publiques et d’émotions que dans le cas des
régions rurales du Canada. Une opinion prévaut dans les régions rurales du
Canada, selon laquelle les services postaux dans les régions rurales
devraient être comparables à ceux des villes. Ce point a été soulevé dans
presque la moitié des mémoires individuels au Comité consultatif. En effet,
bien des Canadiens des régions rurales, le Syndicat national des
cultivateurs, par exemple, considèrent les services postaux comme un droit.
En fait, le Secrétariat rural et le Secrétariat aux coopératives
d’Agriculture et Agroalimentaire Canada recommandent la création
d’un Comité consultatif rural et d’une fiche de rendement des
services postaux ruraux afin de donner une voix aux régions rurales de
Postes Canada.
L’Organisation nationale anti-pauvreté (ONAP) a traduit les
préoccupations de nombreux Canadiens des régions rurales lorsqu’elle a
suggéré que tout affaiblissement de Postes Canada entraînerait la réduction
ou la perte de services postaux viables dans les régions rurales. En effet,
les Canadiens des régions rurales soutiennent que Postes Canada est le seul
moyen constant et fiable de communiquer, particulièrement parmi les
Canadiens des régions rurales.
Cela est aggravé par le fait que l’utilisation d’Internet et
du service à haute vitesse dans les régions rurales est bien en deçà de la
moyenne nationale. D’après le Secrétariat rural et le Secrétariat aux
coopératives, les Canadiens des régions rurales préfèrent Postes Canada
comme fournisseur principal d’information. En outre, les services
postaux dans les régions rurales sont vus comme un important partisan et
défenseur des activités d’affaires concurrentielles et comme un
employeur, particulièrement pour les femmes des régions rurales. De plus, le
bureau de poste est souvent la seule présence gouvernementale ou
organisationnelle restante dans certaines collectivités.
Le Comité consultatif est d’avis que la confiance que les Canadiens
des régions rurales témoignent à Postes Canada, en tant qu’institution
fédérale, a été ébranlée par la réduction perçue de ses services ruraux, et
la fermeture de bureaux de poste, malgré le moratoire, et ce qui est
considéré par certains comme une application excessivement stricte des codes
du travail et de la sécurité.

Développement économique, culturel et
national
Bon nombre de Canadiens émettent l’opinion que Postes Canada
et l’obligation d’assurer un service universel jouent un rôle
important dans la promotion du développement et du réseau socio-économique
du Canada. Cela est considéré comme étant particulièrement vrai pour les
petites entreprises et les travailleurs autonomes dans les petites
collectivités et les collectivités éloignées. Postes Canada sert de lien
entre les vastes régions du Canada, en fournissant des communications aux
personnes ayant un handicap ou qui n’ont pas accès aux communications
de pointe et en aidant à maintenir l’identité culturelle du Canada en
appuyant des publications spécialisées [ 2 ].
Comme l’a noté le STTP, Postes Canada continue d’être une
ressource économique et culturelle indispensable pour les citoyens et les
entreprises qui dépendent toujours des services postaux pour
l’information, les transactions financières et la livraison de
fournitures et de produits.
Dans un sens plus large, le Conference Board du Canada estime que les
dépenses et les investissements de Postes Canada créent environ 45 000
emplois indirects.
Le STTP et l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC) ont
souligné qu’il semble que la population veut que Postes Canada
continue d’offrir un soutien postal pour l’envoi de
publications, les journaux communautaires, le Programme aliments-poste,
etc., et peut-être qu’elle élargisse son appui de façon générale aux
organismes à but non lucratif, ainsi qu’au service à domicile pour les
personnes handicapées et les aînés. Cependant, certains observateurs, comme
l’ANGUP, sont d’avis que les coûts de ces politiques publiques
ne devraient pas être couverts par les usagers du service postal en général
par le prix des timbres, mais par les contribuables par le biais d’un
soutien gouvernemental direct.
Petites et moyennes entreprises (PME)
Le Comité consultatif a interviewé un certain nombre de petites et
moyennes entreprises clientes. Les services postaux sont particulièrement
importants pour les PME, qui voient ces services comme un moyen économique
de pénétrer de nouveaux marchés. Cela est particulièrement vrai dans le
secteur émergent du commerce électronique ainsi que dans les régions rurales
du Canada, où habite une forte proportion des travailleurs autonomes du
Canada.
Bon nombre des PME interviewées entretiennent des relations durables
avec Postes Canada et sont généralement satisfaites des services fournis.
Dans bien des cas, Postes Canada est indispensable à leur entreprise,
puisque la SCP est la seule à garantir la livraison universelle et à offrir
une livraison et des services particulièrement bons dans les régions
rurales. En effet, plusieurs observateurs et diverses études suggèrent que
l’avenir des services postaux réside dans le développement des
relations et dans la création d’affaires avec les PME.
Cela dit, le Comité consultatif a entendu un certain nombre de
préoccupations à l’égard du manque d’attention de Postes Canada
aux besoins des PME. Les PME sont très sensibles aux prix et elles se sont
dites inquiètes des augmentations de prix incessantes, non négociables et
parfois inexplicables, qui suscitent des plaintes chez leurs clients qui
doivent en subir les contrecoups. Les PME affirment également qu’elles
reçoivent des services « améliorés » à des prix plus élevés, alors
qu’elles n’ont pas besoin de ces améliorations et préféreraient
de beaucoup jouir de prix plus bas. Une plainte revenait souvent selon
laquelle Postes Canada n’accorde pas suffisamment d’attention à
leurs besoins, comparativement à l’attention dirigée vers les grands
utilisateurs (qui sont perçus comme recevant un meilleur service et des prix
plus bas). Certaines d’entre elles ont conclu que Postes Canada ne
voulait pas réellement faire affaire avec elles. Elles étaient d’avis
que Postes Canada doit être moins bureaucratique et avoir une meilleure
stabilité au sein de son personnel et de ses services, notamment une
ressource dédiée aux clients avec le pouvoir de prendre des dispositions.
Certains observateurs ont proposé la création d’une sorte de bureau
des PME à Postes Canada.
Certaines inquiétudes ont été exprimées concernant le fait que Postes Canada pourrait faire une concurrence inéquitable dans les marchés
concurrentiels à l’extérieur de l’activité postale centrale, par
exemple en imprimant des articles de médiaposte pour la livraison. Comme
Postes Canada cherche à accroître ses revenus afin de payer pour son
obligation d’assurer un service universel, elle pourrait envisager des
activités complémentaires, notamment celle d’aider les entreprises à
élaborer et mettre en œuvre des plans de marketing et de publicité, y
compris l’impression et la livraison de matériels. Ce point a été
soulevé à maintes reprises par la Canadian Community Newspaper Association
(CCNA), dont les membres font concurrence à Postes Canada dans la livraison
de courrier publicitaire.
Grands clients
Le Comité consultatif a interviewé un certain nombre de grands clients de
Postes Canada, y compris des institutions financières. Le Comité consultatif
a reçu plusieurs commentaires positifs relativement au service, à la
fiabilité, à l’universalité (l’accès aux régions rurales du
Canada est important), à la valeur, etc. On a l’impression que Postes Canada devient beaucoup plus proactive en établissant des partenariats
d’affaires avec ses grands clients et que les relations sont positives
et vont en s’améliorant.
Cependant, le principal enjeu de ce secteur est l’avenir des
communications physiques et la possibilité d’un passage massif des
factures et des paiements sur plateforme électronique. Le message était que
si Postes Canada veut continuer à être présente et pertinente dans ce
secteur, elle devra fournir un service excellent et amélioré, par exemple en
réduisant le nombre de factures et de relevés perdus, en offrant de
meilleures normes de service pour les envois retournés et en
s’assurant que les interactions avec les clients sont beaucoup moins
bureaucratiques, peut-être en améliorant les communications et en donnant
davantage de pouvoirs au personnel à la base.
Bien que l’on considère que les prix de la SCP fournissent une
valeur raisonnable, de grands clients ont signalé que l’augmentation
des prix encourage la substitution électronique. Les entreprises de ce
secteur, et ailleurs, veulent des ristournes sur les volumes,
particulièrement dans les secteurs émergents de l’électronique.
D’autre part, plusieurs clients ne sont pas intéressés par des
services « accélérés » plus coûteux et leur préfèrent des services de base
plus économiques. Ces préoccupations traduisent les initiatives et les
efforts entrepris par Postes Canada en vue d’adopter un modèle
opérationnel qui créera une viabilité financière, de prendre des mesures
afin d’avoir un modèle d’établissement des prix qui garantit des
bénéfices et de délaisser le modèle où les prix étaient démesurés par
rapport aux coûts.
Le service des petits paquets et sa tarification suscitent des
préoccupations, particulièrement dans le secteur du commerce électronique,
étant donné que les prix canadiens sont élevés (et qu’ils augmenteront
possiblement), surtout en comparaison avec les États-Unis (où les économies
d’échelle permettent de plus bas prix pour les petits paquets). Cela
finira par encourager les consommateurs à avoir recours aux services de
messagerie privés. Cela dit, plusieurs entreprises veulent s’associer
à Postes Canada afin d’encourager et de développer ce marché.
L’introduction de prix établis en fonction de la distance pour la
livraison de publications a suscité des sentiments partagés, puisque cela
est avantageux pour certaines entreprises et désavantageux pour
d’autres.
Il y a une inquiétude par rapport au manque de politiques publiques
claires concernant le pouvoir que possède Postes Canada de pénétrer des
marchés concurrentiels en dehors de son activité principale. Cette situation
soulève des préoccupations dans le cas où Postes Canada peut devenir un
fournisseur important d’un client et son concurrent en même temps,
comme pour la livraison d’articles de la médiaposte, un point qui a
été soulevé par l’ANGUP. Cette incertitude reflète un manque de clarté
concernant ce qui constitue l’obligation d’assurer un service
universel, ce qui d’après UPS ne devrait pas être autodéfini par
Postes Canada.
Réglementation et déréglementation
Un nombre important de mémoires reçus n’appuyaient pas la
déréglementation des services postaux; c’est-à-dire qu’ils ne
donnaient pas leur appui à l’approche selon laquelle Postes Canada
perdrait son monopole sur les lettres (le privilège exclusif). Ce point a
été soulevé dans les trois quarts des mémoires individuels reçus de la part
du public. En fait, parmi tous les mémoires individuels qui ont mentionné la
déréglementation, un seul y était favorable. Ce thème a été largement traité
par le STTP, qui a perçu cet examen stratégique comme faisant la promotion
de la déréglementation de la poste [ 3 ].
Bon nombre de Canadiens croient que la déréglementation entraînera
inévitablement une augmentation des prix de la poste, des pertes
d’emploi et la détérioration des services postaux, puisque les
concurrents nuiraient à la capacité de Postes Canada en desservant les
itinéraires lucratifs, laissant à Postes Canada les responsabilités
coûteuses sans les avantages des itinéraires lucratifs [ 4
]. Les Canadiens des régions rurales en particulier considèrent la
déréglementation comme une menace au service universel qui entraînera une
hausse des prix et une détérioration du service.
La nécessité de réglementer Postes Canada suscite des avis mitigés, ainsi
que son monopole de la poste et sa domination du marché. Comme il a été
mentionné plus tôt dans la section sur la tarification, certaines
entreprises (représentées par la FCEI) et d’autres grands utilisateurs
(représentés par l’ANGUP) sont contre l’établissement d’un
organisme de réglementation indépendant, qu’ils considèrent comme
coûteux et bureaucratique. Cela dit, ils voudraient une certaine
surveillance conviviale et indépendante. Un certain nombre de clients
croient que l’arrangement actuel de surveillance ministérielle, selon
lequel le gouvernement est indépendant de Postes Canada, est inadéquat,
particulièrement dans les domaines comme les pratiques concurrentielles et
les cas de désaccord entre la SCP et ses clients. C’était également le
point de vue de la CCNA.
D’autre part, certains principaux concurrents de Postes Canada
diffèrent d’opinion. UPS préconise la création d’un organisme
national de réglementation qui séparerait la propriété de la réglementation,
comme cela a été fait partout en Europe et aux États-Unis. L’organisme
de réglementation aurait des pouvoirs notamment en matière
d’établissement des prix, d’investissements dans de nouveaux
services, de qualité de service, de concurrence, de la définition et des
enjeux de l’obligation d’assurer un service universel et aurait
également le pouvoir d’accéder à l’information, d’imposer
des amendes et d’intenter des recours.
Environnement
Un certain nombre de mémoires ont souligné que Postes Canada a une
responsabilité par rapport au programme en matière
d’environnement.
Par exemple, certains sont d’avis que la médiaposte représente un
mauvais usage du papier et des produits forestiers et que Postes Canada doit
faire face à la question de manière écologique. Le STTP suggère que Postes Canada devienne le « livreur de dernière étape » pour la livraison des
colis, afin de réduire la répétition des routes de livraison du courrier et
des colis créé par l’accroissement la densité de la livraison.
L’AFPC recommande que le critère de protection environnementale soit
inclus dans tous les objectifs stratégiques de Postes Canada. Le STTP
suggère que le Comité consultatif devrait situer toutes ses recommandations
au ministre dans le contexte de l’environnement.

Le Comité consultatif a examiné les expériences d’un certain nombre
de services postaux dans le monde, principalement ceux des États-Unis, du
Royaume-Uni, de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie, de
l’Autriche et de la Suède.
Malgré l’avènement bien reçu et la popularité des nouvelles
communications électroniques, il est clair que les services postaux sont
importants aux yeux des citoyens partout dans le monde industrialisé. Pour
un bon nombre d’entre eux, les services postaux jouissent d’un
statut spécial et ils continuent de les tenir en haute estime. En effet,
dans plusieurs pays, la poste est une des dernières entreprises importantes
appartenant, en totalité ou en partie, aux gouvernements. Cela est
particulièrement vrai dans les pays du Nouveau Monde (États-Unis, Canada,
Nouvelle-Zélande, Australie), où le soutien public aux services postaux est
particulièrement important. Mais dans la plupart des pays, les
communications physiques, comme la poste, conservent une haute valeur en
tant que fournisseur national/universel de communications, particulièrement
pour les petites et moyennes entreprises, les régions rurales et les petites
villes, les organisations sociales comme des organisations caritatives et
pour des parties de la nouvelle économie, par exemple la livraison de
produits achetés en ligne. C’est pourquoi les services postaux sont
restés des entreprises publiques, malgré la tentative de privatiser et de
commercialiser leurs activités.
La diversité des historiques, des contextes et des expériences nationaux
des services postaux rend difficile, sinon dangereuse, la comparaison
nationale. Il est évident qu’il n’existe aucun modèle à « taille
unique » d’activités postales réussies. Malgré les points communs
d’intérêt et de soutien publics, différents services postaux nationaux
ont adopté différentes méthodes pour atteindre leurs objectifs communs.
En dépit de ces différences, l’étude comparative du Comité consultatif portant sur les services postaux nationaux a révélé un nombre
important de thèmes et d’enjeux communs, Ceux-ci ont éclairé le
travail du Comité et ont aidé à déterminer les recommandations de
l’examen.
L’omniprésence des défis de la
poste
Tous les services postaux nationaux que nous avons examinés se sont
confrontés au défi d’une diminution des revenus et d’une
augmentation des coûts. Cette situation n’est pas unique à Postes Canada.
En matière de revenus, tous les services postaux nationaux ont vécu un
affaiblissement ou un plafonnement de la croissance de la poste (et
certaines ont même éprouvé une baisse), en raison de la livraison
électronique et du remplacement de produits, ainsi que de
l’accroissement de la concurrence, particulièrement dans les marchés
postaux qui ont connu une déréglementation.
En ce qui concerne les coûts, tous les services postaux nationaux ont
vécu une tendance générale des coûts qui croissent à un rythme supérieur aux
revenus, que ce soit sous forme de la montée inexorable du coût de la
main-d’œuvre ou de la lutte contre tous les coûts de prestation
des différentes dimensions du service universel. Dans les deux cas, les
coûts ont augmenté plus rapidement que les revenus.
Des solutions postales sont possibles
Chaque pays a pris des mesures pour mitiger les coûts et augmenter les
revenus, avec plus ou moins de succès.
Les services postaux nationaux ont tiré parti de leurs réseaux, introduit
des produits et services complémentaires, établi de nouveaux réseaux et
élargi ceux qui existaient déjà par des filiales et des acquisitions, en
plus d’intégrer de façon générale leurs activités verticalement et
horizontalement afin de générer plus de revenus pour remplir leurs
obligations postales et leur obligation d’assurer un service universel
:
- Australia Post a dans une large mesure pleinement tiré profit de son
réseau de vente au détail, de la prestation de services de paiement de
factures et d’identification/d’authentification à la vente de
périphériques et de certains produits de consommation. Elle possède 25
filiales dont les services vont de la production de documents et de la
logistique à l’entreposage et la livraison express de
marchandises.
- New Zealand Post possède 17 filiales reliées à ses activités postales.
Elle a établi la très populaire et bien réussie Kiwibank et détient une
filiale commune avec DHL pour les services internationaux.
- Posten (la poste suédoise) s’est lancée sur le marché de la
livraison interentreprises et possède des filiales en Norvège (réseau de
distribution) et en Finlande (logistique).
- La poste autrichienne a établi des filiales et des partenariats
partout en Europe centrale et en Europe de l’Est.
- En outre, les services postaux qui ont modernisé leurs établissements
et leurs opérations ont pu générer de nouvelles sources de revenus en
offrant à leurs clients des produits et des services plus
innovateurs.
Les services postaux internationaux sondés par le Comité consultatif ont
grandement investi de façon continue dans les nouvelles technologies dans le
but d’accroître leur productivité et de contenir leurs coûts. Cela
leur a aussi permis de devenir plus concurrentiels et innovateurs, en
adoptant de nouveaux outils, instruments et technologies pour la levée, le
tri et la distribution de leurs produits afin de contenir les coûts. Les
nouvelles technologies offrent également la possibilité aux services postaux
d’introduire de nouveaux produits et services à la demande des
clients.
- Australia Post a effectué de façon continue d’importantes
dépenses en immobilisations afin de moderniser ses établissements (1,2
milliard de dollars australiens au cours des cinq dernières années); son
réseau de vente au détail composé de 23 entreprises privées autorisées à
offrir des services postaux; les coûts de main-d’œuvre ont
baissé à 43 % des revenus.
- Bien que les dépenses en immobilisations de la Nouvelle-Zélande aient
été modérées, New Zealand Post a abaissé ses coûts de
main-d’œuvre à 39 % des revenus.
- La transformation des immobilisations a été un processus régulier et
constant à Posten (la poste suédoise), à un point tel que les coûts de
main-d’œuvre ont diminué à 46 % des revenus.
- La poste autrichienne a initié un effort massif de modernisation afin
d’obtenir des installations et des processus automatisés et à la
fine pointe de la technologie. Cela a entraîné une réduction du nombre de
centres de tri de 39 à six et de stations de distribution de 1 900 à 300,
ainsi que la réduction des coûts de main-d’œuvre à 48 % des
revenus.
- USPS a investi substantiellement et régulièrement afin de mettre à
niveau et de moderniser ses établissements et son équipement et
d’introduire les économies et la productivité, ainsi que de nouveaux
produits et services.
Les services postaux viables ont éclairci et ajusté leurs réseaux de
vente au détail et de distribution afin de contenir les coûts, en se
retirant de certains services (p. ex. la poste suédoise et les services
financiers), en mettant au point des mécanismes appropriés pour adapter les
réseaux aux conditions changeantes et en étudiant l’utilisation de
nouveaux outils dans le but d’atteindre les objectifs courants comme
les comptoirs postaux autorisés.
L’autonomie financière est essentielle au succès
des services postaux
Les services postaux prospères connaissent un « cercle vertueux », dans
la mesure où ils atteignent l’autonomie financière. D’une part,
la santé financière permet aux services postaux d’avoir les bénéfices
internes et l’accès au capital privé rendus possibles par leur santé
financière qui financeront la modernisation et l’innovation constantes
qui contrôlent les coûts tout en offrant des améliorations continues aux
produits et aux services. D’autre part, en contenant constamment les
coûts et en élargissant les sources possibles de revenus, les services
postaux peuvent maintenir la santé financière qui rend possible leurs
efforts de modernisation concurrentielle. Par exemple, les représentants des
postes australienne et néozélandaise ont souligné que celles-ci n’ont
pas eu recours aux prêts pour financer leurs dépenses
d’immobilisations.
Qu’est-ce qui a donné la possibilité à certains services postaux
d’être autonomes financièrement? Le Comité consultatif n’est pas
en mesure de relever un facteur unique, mais il croit qu’il
s’agit plutôt d’un ensemble de conditions comprenant les
éléments suivants :
- l’encouragement d’une culture commerciale ou
organisationnelle au sein de la gestion ou du conseil de la poste, ainsi
qu’une attention centrée sur le client, le service et la
qualité;
- un environnement de gouvernance et de gestion qui permet aux services
postaux d’être flexibles à mesure que les marchés changent et que la
concurrence se développe;
- une réglementation douce par l’actionnaire (gouvernement)
accompagnée d’un cadre de responsabilité clair et concis;
- un dialogue ouvert et éclairé entre la gestion et les employés sur les
défis des services postaux et les stratégies appropriées pour la
réussite;
- un accès raisonnable aux marchés de capitaux et au prêt à
l’intérieur d’un cadre d’imputabilité approprié;
- l’importante modernisation des services postaux comme condition
préalable au développement de leur viabilité financière ainsi qu’à
la compétitivité et la capacité de respecter leur obligation
d’assurer un service universel;
- la capacité d’adapter la taille et la nature de la
main-d’œuvre afin de répondre aux demandes changeantes.
La corporatisation des services postaux
La plupart des services postaux nationaux se sont constitués en sociétés,
indépendantes du gouvernement à divers degrés, afin de pouvoir agir de façon
commerciale et économiquement rentable, tout en respectant leur obligation
d’assurer un service universel. En effet, ces services postaux ont été
tenus d’adopter des pratiques commerciales saines précisément en vue
de créer le type de réussite opérationnelle qui générera la capacité
financière nécessaire pour respecter l’obligation d’assurer un
service universel. L’introduction d’une culture
d’entreprise moderne dans les services postaux a encouragé la
flexibilité, l’efficacité, l’innovation et un accent sur le
service et le client. Cela a souvent été réalisé par le biais de fusions et
d’acquisitions, qui ont intégré une culture organisationnelle, du
talent et de l’expérience aux services postaux. En outre, les conseils
d’administration indépendants des services postaux se targuent
maintenant d’avoir un important sens des affaires, du talent et
l’expertise appropriée, pour offrir des conseils stratégiques bien
fondés et une diligence raisonnable commerciale améliorée. Ce talent a été
attiré vers les conseils d’administration des services postaux dans la
mesure où les conseils et la gestion peuvent mener leurs activités de façon
indépendante et commerciale.
Cette « corporatisation » s’est accélérée sur le plan qualitatif
ces dernières années, à mesure que les services postaux nationaux ont adopté
de nouvelles stratégies et techniques :
- suivant l’exemple établi par les mégapostes DHL (la poste
allemande) et TNT (la poste néerlandaise), la poste autrichienne a initié
une offre publique initiale en 2006, qui a vu 49 % des actions vendues au
secteur privé. La poste est maintenant inscrite à la bourse de
Vienne.
- Posten (Suède) et Post Danmark sont en voie de se fusionner, afin de
créer une grosse entreprise qui sera concurrentielle après la
libéralisation européenne en 2011.
- Post Danmark possède une partie de La Poste (Belgique), qui a vendu
des actions à une société de portefeuille, CVC Capital Partners.
- le rapport du Independent Review of Royal Mail, plus communément
appelé le Hooper Report, a recommandé que la Royal Mail soit partiellement
privatisée par le biais d’un accord de partenariat et TNT a indiqué
qu’elle serait intéressée à avoir une participation dans Royal
Mail.
- la New Zealand Post a conclu une entente en coentreprise avec DHL pour
le courrier international.
- la Australia Post a formé un partenariat avec la poste de Chine et a
créé Express Courier International (avec d’autres services postaux)
pour les colis et le courrier internationaux.
Le Comité consultatif est d’avis que ces initiatives ont été
motivées par des questions pratiques et non idéologiques. Elles ont été
utilisées comme outil pour améliorer la capacité des services postaux
nationaux à remplir leur mandat, en introduisant les principes et les
disciplines du marché et des entreprises dans les services postaux en
prenant les mesures suivantes :
- apporter du talent et de l’expertise aux services postaux;
- renforcer les services postaux nationaux pour faire face à la
concurrence;
- aider les plans d’investissement et la modernisation en
fournissant des fonds aux services postaux ou en les libérant des
coûts.
Le Comité consultatif souligne que, parmi les services postaux
qu’il a examinés, United States Postal Service est la
moins privatisée. Il demeure très ancré dans la branche exécutive du
gouvernement américain. Cela est effectué par le biais d’un conseil
éclairé sur le plan politique et où les nominations sont politiques ainsi
que d’un organisme de réglementation indépendant influent (également
désigné par nominations politiques), dont l’autorité a récemment été
accrue. La gamme possible des activités de l’USPS est par conséquent
bien circonscrite par l’entremise de lois et de règlements.
Les services postaux réussis se sont privatisés afin
de devenir financièrement viables, compétitifs et compétents
À quelques exceptions près, l’évolution de services postaux viables
et compétents a suivi une suite particulière de développements.
En premier lieu, tous les services postaux étaient des ministères
gouvernementaux et sont devenus des entreprises d’État ou des sociétés
d’État, avec un certain degré d’autonomie.
En deuxième lieu, les services postaux ont été « privatisés » en
injectant des valeurs et des principes commerciaux dans leurs activités (par
le recrutement de gestionnaires et de membres du conseil), alors que leurs
obligations publiques ou sociales étaient réglementées ou maintenues par des
mécanismes propres à leur environnement et leur cadre nationaux.
En troisième lieu, ces services postaux ont été encouragés à être
concurrentiels par l’introduction graduelle d’un degré de
libéralisation (ouverture de marché) et la perspective d’une
éventuelle ouverture de marché à la pleine concurrence.
En quatrième lieu, les services postaux ont traversé une période intense
de modernisation afin d’accroître leur productivité et leur efficacité
et afin de se préparer en prévision d’une augmentation de la
concurrence, comme en Europe, où l’UE a prévu une libéralisation
totale pour 2011.
En cinquième lieu, les services postaux ont accru leur corporatisation
par l’entremise de partenariats ou d’offre d’actions avec
les exploitants du secteur privé afin d’injecter davantage de fonds,
une expertise de gestion, des connaissances sur le marché et de la valeur à
leurs activités.
En sixième lieu, à mesure que les services postaux sont devenus
concurrentiels et modernisés, leur marché intérieur s’est ouvert à la
concurrence croissante et, dans certains cas, à la pleine concurrence.
Les postes allemande et néerlandaise sont les plus évoluées à cet égard.
Leurs actionnaires les ont encouragées à devenir des chefs de file mondiaux
de la poste et des communications et elles ont adopté une stratégie de
croissance vigoureuse par des acquisitions et des fusions dans divers pays
d’Europe et du monde entier. Elles ont mis à profit leur domination du
marché pour accéder à des fonds d’immobilisations et
d’investissement afin de financer les acquisitions et de moderniser
leurs activités. En tant qu’acteurs internationaux impressionnants,
elles ont alors émis des actions pour obtenir des fonds et de
l’expertise et pour imposer les disciplines du marché en se cotant en
bourse. Elles ont éventuellement redoré leur image et sont considérées comme
des exploitants du secteur privé, comme DHL et TNT respectivement. Bien
qu’un certain degré de déréglementation ait accompagné ce cheminement,
ce n’est qu’à partir de ce moment que leurs gouvernements ont
considéré une pleine libéralisation du marché, qui sera en place à travers
toute l’Europe en 2011. L’Allemagne a libéralisé son propre
marché en janvier 2008.
Bref, ces services postaux ont tiré profit d’une stratégie de
modernisation et de corporatisation en prévision de l’ouverture
complète du marché postal.
En comparaison, la Royal Mail du R. U. semble avoir fait
l’expérience du cycle opposé, comme le souligne l’examen Hooper
dans son rapport intérimaire de mai 2008. Avant 2006, les gouvernements
britanniques ont successivement pris possession des profits et des
ressources de la Royal Mail et ont maintenu des bas prix pour les services
postaux, de sorte que la Royal Mail a toujours été pauvre en capital et
incapable de répondre à la modernisation qui avait lieu dans l’Europe
continentale. En 2006, dans un élan audacieux, mais voué à l’échec, le
Royaume-Uni a adopté une approche-choc de marché, déréglementant
complètement le marché de la poste et plaçant Royal Mail dans un
environnement de marché pleinement concurrentiel, pour lequel elle était mal
préparée. L’organisme de réglementation indépendant, Postcomm, a
davantage compliqué les choses en forçant et en accélérant l’évolution
de la concurrence, en donnant à d’autres la part de marché de Royal
Mail et en restreignant le rajustement des prix. Comme on pouvait s’y
attendre, Royal Mail n’a pas été en mesure de soutenir la concurrence
et manque de fonds pour investir dans la modernisation de manière à pouvoir
concurrencer avec des services postaux modernisés et efficaces comme
TNT.
Les services postaux prospères ont des dispositions
réglementaires et des accords de gouvernance appropriés
Le Comité consultatif souligne que les services postaux nationaux
efficaces mènent leurs activités dans le cadre d’accords de
gouvernance bien conçus qui encouragent à la fois les pratiques commerciales
modernes et l’attention portée aux besoins du public. Ces accords de
gouvernance assignent des responsabilités et des pouvoirs clairs et
transparents à la direction, aux conseils et aux actionnaires, afin que
l’exploitation de la poste soit menée de façon responsable et
efficace. Ces accords visent à assurer que ni les considérations
d’ordre commercial ni les objectifs d’intérêt public ne dominent
aux dépens de l’autre. Dans la mesure où la mise en œuvre des
accords de gouvernance (et le rendement des services postaux) est réussie,
ces accords fonctionnent sans trop de heurts.
Il existe de nombreux régimes de gouvernance et cadres de responsabilité
postaux dans le monde. Certains comprennent un organisme de réglementation
indépendant. Certains offrent une grande autonomie et indépendance à leurs
conseils et leur direction, alors que d’autres voient un contrôle plus
direct de la part du gouvernement sur le plan financier ou de la
réglementation ou les deux. Pour certains, les objectifs sont déterminés par
des lois, pour d’autres par des licences ou des contrats.
D’autres se fixent des objectifs financiers. Mais ce sont tous des
moyens d’atteindre des objectifs communs.
La seule caractéristique qu’ils ont en commun est qu’ils
délimitent clairement les responsabilités pour les questions de
propriété/d’actionnaires (financières) et de réglementation
(sociales). Cela est au cœur de la question de gouvernance : comment
établir des ententes imputables claires et transparentes qui encouragent le
rendement commercial et l’atteinte simultanée d’objectifs
sociaux, et ce dans un certain équilibre, sans trop de contrôle (ou de
négligence) empêchant l’atteinte de l’un ou l’autre des
objectifs.

Un échantillon des régimes de gouvernance des services
postaux nationaux
Australie
Il existe en Australie une surveillance par deux ministères du régime
postal. Le ministre des Finances et de la Réglementation, ministre
actionnaire, se concentre sur les questions financières et s’intéresse
aux dividendes. Le ministre de la Bande large, des Communications et de
l’Économie numérique, qui est en réalité le ministre des
Communications, est responsable de toutes les questions non financières,
particulièrement la gouvernance, l’obligation d’assurer un
service universel et les questions de service. Ce modèle fonctionne de façon
ouverte, intentionnelle, régulière et prévisible.
Le ministère des Communications nomme le conseil d’administration
et ses membres sont tous expérimentés et orientés sur le commerce, en plus
de posséder une gamme et un degré d’expertise élevé et étendu, ce qui
est représentatif de tous les conseils examinés dans cette section. Il
reçoit, examine et approuve les budgets et les plans d’entreprise de
la direction, qui font l’objet de discussions informelles avec le
Ministère avant d’être finalisés et présentés en vue d’un examen
officiel. Le conseil est raisonnablement autonome dans tous les secteurs des
affaires et des dépenses en immobilisations, sauf pour des initiatives
extraordinaires comme l’acquisition ou la formation d’une
entreprise ou de grandes initiatives internationales. Encore, cela est
caractéristique des régimes de gouvernance examinés dans cette section. Le
conseil détermine les investissements majeurs, et les plans
d’immobilisations sont habituellement acceptés par le ministre après
examen et discussion. Il existe une entente de longue date selon laquelle la
poste ne devrait pas entrer sur les marchés qui sont déjà desservis par le
secteur privé et devrait s’engager à l’échelle internationale
seulement dans la mesure où elle stimule ses activités intérieures à partir
de son secteur exclusif. Les objectifs financiers sont fixés à
l’interne dans le plan et sont déclarés publiquement. Le ministre
pourrait les remettre en question et demander de fixer des objectifs plus
hauts. Les questions de prix sont examinées par l’Australian
Competition and Consumer Commission et approuvées par le ministère des
Communications.
Le ministère des Communications gère l’obligation d’assurer
un service universel et les questions non financières. Les objectifs sociaux
ou relatifs à l’obligation d’assurer un service universel sont
établis et prennent la forme d’obligations de service communautaire.
Ces normes tournent autour de l’obligation de base d’assurer un
service universel : service et portée de livraison de base de lettres et de
colis, tarification uniforme pour les lettres, accessibilité peu importe
l’endroit et qualité de service raisonnable. Ces éléments sont tous
quantifiés et exprimés sous la forme d’objectifs d’intérêt
public, du nombre d’unités de boîtes postales et de comptoirs dans les
régions rurales et urbaines à la fréquence de livraison et aux normes. Le
vérificateur général surveille ces objectifs et ces résultats de rendement
pour le ministère des Communications.
Nouvelle-Zélande
Le modèle de la Nouvelle-Zélande est semblable à celui de
l’Australie et a été aussi efficace, reflétant partiellement
l’uniformité de cette approche au cours des deux dernières décennies
et l’ouverture et la confiance qui ont été générées entre les
différents joueurs. Le modèle de surveillance par deux ministères comprend
le ministre des Finances et le ministre des Entreprises d’État sur les
questions relatives aux actionnaires et aux finances, et le ministère des
Communications pour les questions de réglementation et sociales. Cette
dualité nécessite des débats périodiques et réguliers au Cabinet sur les
questions relatives à la poste, afin de résoudre le compromis entre les
actionnaires et l’organisme de réglementation.
Les ministères actionnaires collaborent afin de nommer un conseil
d’administration indépendant. Le conseil est compétent et expérimenté
sur le plan commercial. La direction prépare un énoncé d’intention
d’entreprise annuel de trois ans, que le conseil examine, approuve et
présente aux ministères actionnaires. L’énoncé d’intention est
un document public élaboré chaque année, qui contient des objectifs
financiers. Il contient de plus en plus de mesures sociales non financières
(responsabilité sociale des entreprises). Cette relation entre la New
Zealand Post et les ministères actionnaires est très ouverte et profite
d’un dialogue continu préventif et interactif afin d’éviter les
surprises et d’établir un lien de confiance. Si une initiative est
particulièrement ambitieuse ou évolutive, par exemple le partenariat avec
DHL ou la création de la Kiwibank, le conseil demandera l’appui actif
des ministères actionnaires. Le conseil gère les dépenses en immobilisations
et peut s’adresser aux marchés pour emprunter des capitaux. Dans la
mesure où la poste respecte ses engagements en matière de valeur et de
dividendes, il n’y a que peu d’interaction avec le ministère des
Finances.
Le ministère des Communications gère le cadre réglementaire, conseillé
par le ministère du Développement économique pour les questions de
concurrence. La New Zealand Post œuvre dans le cadre d’une
exigence d’exécution de service au public qui ressemble plutôt à une
approche contractuelle que législative. Il s’agit d’un protocole
d’entente (PE-1998), qui comprend une série d’exigences sur la
fréquence de la distribution, le nombre de points de livraison, les normes
de service et (jusqu’à tout récemment) les limites de prix. Il peut
être mis à jour ou renouvelé. Le PE est un document public et a été stable
depuis de nombreuses années même s’il n’y a plus de plafonnement
des prix en place. Le PE établit une matrice de service et des objectifs
d’intérêt public, pour s’assurer que les services ne se
détériorent pas sous la pression de la commercialisation et de la
réalisation de profits.
Autriche
La poste d’Autriche fonctionne également au sein d’un
environnement de surveillance par deux ministères, mais les paramètres sont
quelque peu différents, étant donné que le gouvernement ne détient que 51 %
des actions. Le rôle d’actionnaire s’exerce indirectement par
l’organisme gouvernemental Österreichische Industrieholding AG (OIAG),
qui est la société de portefeuille appartenant à l’État qui gère la
participation du gouvernement dans toutes ses entreprises d’État. Il
agit pour protéger les intérêts financiers du gouvernement et pour accroître
la valeur des actions. La poste d’Autriche possède un conseil de
surveillance composé de 12 membres, qui comprend une forte présence
commerciale indépendante, quatre représentants syndicaux et le président de
l’OIAG, qui assure le lien avec l’intérêt des actionnaires. Le
conseil de surveillance s’intéresse fortement au monde des affaires et
possède une autonomie considérable pour la prise de décisions commerciales
et d’investissement. Cependant, ces décisions sont approuvées par
l’OIAG, qui analyse les objectifs et le rendement du conseil par
rapport à de grands joueurs du marché comme DHL et TNT. Le gouvernement peut
également démontrer ses intérêts par le biais de l’assemblée générale
annuelle et le ministère des Finances, qui prévoit enregistrer des profits
et recevoir un dividende. Une équipe de gestion à caractère commercial de
quatre personnes planifie les budgets et les plans sur trois ans. Ceux-ci
sont approuvés par le conseil de surveillance. Aucun autre objectif
financier particulier n’est établi que l’attente de réaliser des
profits.
L’organisme de réglementation avait été le ministère des
Transports, de l’Innovation et de la Technologie, qui a géré la norme
de service et l’approbation de l’établissement des prix. Il a
défini l’obligation d’assurer un service universel et a
quantifié les objectifs par rapport à la portée, la qualité, l’accès,
les prix, la prestation et l’accès des services postaux (le réseau),
qui sont établis dans une loi relative à la poste. Cependant, compte tenu
des exigences de l’UE, une nouvelle approche réglementaire est entrée
en vigueur en 2008 qui a vu cet environnement passer à l’organisme de
réglementation pour les télécommunications.
Suède
L’approche suédoise consiste en un ministère responsable du rôle
d’actionnaire (le ministre pour les Entreprises et l’Énergie) et
un organisme indépendant, Swedish Post and Telecom Agency (PTS), responsable
de la réglementation. Le Ministère implante la politique générale du
gouvernement et nomme un conseil, qui nomme à son tour la direction
supérieure. Le conseil comprend quatre représentants syndicaux et un
représentant du gouvernement. Le conseil possède une autonomie
opérationnelle semblable aux entreprises typiques du secteur privé. Il
reçoit, examine et approuve les plans d’immobilisations et
d’investissement de la direction sans la participation du Ministère,
sauf dans le cas des acquisitions majeures.
Malgré le fait qu’elle exerce ses activités dans un marché
concurrentiel complètement libéralisé, Posten (la poste suédoise) est
réglementée par PTS, qui autorise Posten à exécuter les fonctions et les
activités établies comme l’obligation d’assurer un service
universel dans la loi et les ordonnances sur la poste. L’obligation
d’assurer un service universel est bien définie dans la législation de
Posten, qui établit des objectifs quantifiés dans la portée, les échéances,
les normes de livraison, l’uniformité des prix, etc., de la poste. Il
est intéressant de noter qu’il n’existe aucune exigence
réglementaire sur le nombre de boîtes aux lettres ou de bureaux de poste et
que ce qui constituait une exigence (la prestation de services financiers) a
pris fin en 2008. Tout changement à ces objectifs quantifiés est négociable
entre Posten et PTS de manière raisonnable et doit être couvert par un
contrat. Toute obligation ou fonction relative aux politiques
d’intérêt public effectuée par Posten, p. ex. services de courrier à
l’usage des aveugles, est achetée (remboursée) par PTS.
Ce cadre de gouvernance sera probablement modifié si la fusion prévue de
Posten et de Post Danmark a lieu. (Voir page 27).

Le Comité consultatif a examiné les rapports, plans et autres documents
de Postes Canada, a rencontré les représentants et les gestionnaires de
Postes Canada à plusieurs reprises et a visité un certain nombre
d’établissements et de comptoirs de la SCP, afin de bien comprendre
l’analyse de la Société sur la nature changeante du marché de la
poste, des activités et des besoins des clients, ainsi que ce que Postes Canada considère comme étant les défis et les exigences auxquels elle doit
faire face.
Malgré le fait qu’elle a enregistré des profits pendant 13 années
consécutives et qu’elle a versé un milliard de dollars au gouvernement
en taxes, en dividendes et en rendement du capital investi dans cette
période, le secteur Postes Canada du groupe de la SCP soutient qu’elle
se trouve dans une situation financière précaire et incertaine, et
qu’elle demeurera ainsi à moins qu’un certain nombre de
questions importantes soient examinées et résolues. Effectivement, selon la
compréhension du Comité consultatif, les profits actuels du Groupe Postes Canada proviennent principalement des activités de Purolator. Le secteur
Postes Canada lui-même fait à peine ses frais.
En 2007, le rendement s’est amélioré dans tous les secteurs par
rapport à 2006, sauf le secteur Postes Canada où le revenu avant
l’impôt sur le revenu a chuté de 21 millions de dollars comme il est
indiqué ci-dessous :
Tableau 2 : Résultats par secteur
– Bénéfice avant impôts sur les bénéfices
Source : Rapport annuel de
2007
* Le secteur Postes Canada produit 78 millions de dollars en revenu à
partir de 5 955 millions de dollars en revenu total.
** Le secteur Purolator produit 84 millions de dollars en revenu à partir de
1 448 millions de dollars en revenu total.
Bien que le revenu total du secteur de Postes Canada soit quatre fois
supérieur à celui de Purolator, il produit six millions de dollars de moins
par rapport à Purolator.
(i) La vision du monde de Postes Canada
La section suivante présente la vision de Postes Canada de la nature de
l’environnement postal et son évaluation de ce dont elle a besoin pour
développer la capacité financière nécessaire pour être concurrentielle,
prospère au niveau commercial et capable d’honorer ses engagements par
rapport à son obligation d’assurer un service universel de manière
efficace et abordable.
L’environnement de la poste a
changé
Traditionnellement, on donnait aux services postaux un privilège exclusif
sur la poste-lettres (le marché exclusif ou monopole) afin de financer les
coûts liés à l’obligation d’assurer un service universel. Selon
Postes Canada, l’environnement postal changeant mine la valeur
financière de son privilège exclusif et menace sa capacité à financer et à
respecter son obligation d’assurer un service universel.
Tout d’abord, les revenus du marché exclusif subissent une
importante pression provenant de plusieurs sources. Comme on le sait bien,
les volumes de la poste-lettres sont stables ou en baisse. La SCP prévoit
une baisse annuelle d’au moins 1 % dans les volumes au cours des cinq
prochaines années. Cela reflète deux développements. Premièrement,
d’importantes pertes ont été enregistrées dans les secteurs du
courrier d’affaires et du courrier transactionnel, comme c’est
le cas pour l’envoi et le paiement des factures, qui peuvent
maintenant être effectués électroniquement. Deuxièmement, des entreprises
canadiennes et étrangères dans le secteur général de la poste stimulent une
concurrence directe accrue, une tendance qui pourrait être accélérée si le
projet de loi C-14 (veuillez consulter la page 89) était présenté de nouveau
et adopté, libéralisant le courrier international de départ. En général, la
SCP croit que la grande majorité du secteur de la poste-lettres a été
déréglementé de fait, sinon de droit.
D’autre part, les coûts de distribution du courrier augmentent à un
rythme accéléré. Outre les conséquences des coûts croissants de transport et
de main-d’œuvre, la croissance démographique produit environ 200
000 nouvelles adresses par année. Postes Canada souligne qu’en plus de
l’affaiblissement de la croissance des volumes, le nombre
d’articles de courrier livrés à chaque adresse a baissé, de 395
articles par adresse annuellement en 2003 à 373 en 2007.
On pourrait prévoir que l’augmentation des revenus dans les marchés
non exclusifs, comme les colis et le publipostage, pourrait mitiger cette
perte de revenus dans le secteur traditionnel. Cependant, il existe dans ces
secteurs une concurrence croissante et féroce à l’échelle nationale et
internationale qui limite la croissance possible des revenus.
La SCP dépeint le marché de la poste comme étant en baisse, mais
ironiquement, comme étant également de plus en plus compétitif. Pour cette
raison, elle recommande que toute initiative visant à déréglementer le
marché de la poste avance avec prudence et de manière échelonnée et modérée.
Si l’on agit imprudemment ou sans préparation adéquate, la capacité
financière de la SCP à respecter l’obligation d’assurer un
service universel serait probablement affaiblie au point où la qualité du
service déclinerait. Postes Canada signale le cas du Royaume-Uni comme
exemple de ce qui pourrait arriver si la déréglementation est mal gérée,
c’est-à-dire, si un marché postal est déréglementé avant que la poste
soit en mesure de faire concurrence aux nouveaux joueurs. La Royal Mail
subit d’importantes pertes de marché, elle est de moins en moins en
mesure de respecter son obligation d’assurer un service universel et
elle compte sur le financement du gouvernement pour exercer ses
activités.
La position financière de la SCP est à
risque
La SCP constate qu’un nombre d’autres facteurs de coûts et de
revenus mettent à risque sa situation financière.
D’une part, Postes Canada affirme qu’elle n’a pas un
contrôle suffisant de ses revenus à partir de son secteur exclusif et
n’a pas assez de capacité pour réunir des capitaux :
- En 1998, le gouvernement a établi un plafonnement pour le tarif de
base de la poste-lettres, limitant l’augmentation des prix pour la
poste-lettres à deux tiers de la croissance de l’indice des prix à
la consommation (IPC), mais les coûts de Postes Canada ont augmenté plus
rapidement que le taux de croissance de l’IPC. Grâce à cela, le
Canada bénéficie de très bas prix postaux, le prix de base d’un
timbre pour la poste-lettres étant le troisième plus faible dans le monde
industrialisé.
- En raison de ses bas taux de revenus et des règles gouvernementales
qui limitent sa capacité à emprunter au secteur privé, Postes Canada a un
accès inadéquat aux marchés de capitaux pour financer ses dépenses en
immobilisations et ses plans de modernisation.
Tableau 3 : Tarif de base des lettres (CAN$) depuis le
1er juin 2008

D’autre part, Postes Canada affirme que ses coûts dépassent son
contrôle direct :
- elle n’est pas pleinement ou suffisamment indemnisée pour les
coûts d’un certain nombre de ses objectifs d’intérêt public
(OIP) au-delà de l’obligation d’assurer un service universel,
p. ex. envois francs de port pour le gouvernement, documentation à
l’usage des aveugles, tarif des livres de bibliothèque, etc., que
Postes Canada calcule à un coût net de 40 millions de dollars
annuellement;
- comme toute autre institution régie par le gouvernement fédéral,
Postes Canada a dû affronter récemment une charge monétaire imprévisible
et possiblement lourde en raison de son obligation de respecter des
calculs rigides de solvabilité concernant son régime de pension;
- Postes Canada déclare que la récente directive sur la livraison du
courrier en milieu rural (sécurité du courrier) a imposé d’énormes
coûts à la Société;
- la manière dont le moratoire sur la fermeture des bureaux de poste
ruraux a été conçu a nui à l’ajustement des coûts de réseau en
réponse au changement démographique et aux besoins des collectivités;
- les coûts associés à deux décennies de conventions collectives ont
alourdi la tâche de Postes Canada consistant à contenir ses coûts de
main-d’œuvre, qui utilise une plus grande proportion de ses
revenus (64 %) que des services postaux comparables et plus prospères
(au-dessous de 50 %).
La SCP présente trois autres obstacles structurels à sa capacité à
atteindre l’autonomie financière :
modernisation inadéquate de la poste, un réseau mal harmonisé et une culture
interne restreignante.

La transformation et la modernisation de la poste
sont nécessaires
Postes Canada souligne qu’elle est essentiellement une compagnie de
réseau qui compte beaucoup sur l’équipement, les processus et les
opérations technologiques pour s’acquitter de ses responsabilités de
réception, de tri et de livraison de 40 millions d’articles de
courrier quotidiennement. D’autres services postaux prospères (voir la
section Postes internationales ci-dessus) et des concurrents ont modernisé
leurs établissements, équipement et processus afin de satisfaire les
nouvelles normes commerciales. En raison des obstacles à l’autonomie
financière mentionnés ci-dessus, Postes Canada n’avait pas les fonds
internes et n’a pas investi suffisamment dans les établissements, la
technologie et l’équipement au cours des 20 dernières années. En
effet, Postes Canada hypothéquait l’avenir et gardait un budget
équilibré et des profits et des dividendes modérés en investissant
insuffisamment dans l’amélioration des installations et la
modernisation. Les choses ont maintenant mal tourné.
La plupart des 21 établissements de Postes Canada ont plus de 40 ans. Le
Comité consultatif a visité un certain nombre de ces établissements qui ne
se comparent pas favorablement aux établissements postaux et de livraison
modernes que le Comité consultatif a visités dans le secteur privé et aux
États-Unis. Plusieurs établissements de Postes Canada contiennent de
l’équipement tellement vieux que les pièces de rechange sont
difficiles à trouver. La plus grande partie du réseau, des installations, de
l’équipement de tri et de la technologie de l’information de la
SCP sont désuets et ont cruellement besoin d’une modernisation afin de
fournir une plateforme technologique moderne et adéquate pour leurs
activités. D’après Postes Canada, les conséquences du retard ont été
importantes dans plusieurs secteurs :
- des établissements et de l’équipement en détérioration qui
génèrent des défaillances régulières du matériel et qui présentent
d’importants risques en matière de santé et sécurité (la manutention
manuelle de conteneurs et d’équipement désuets génère près de 40 %
des blessures dans ces établissements);
- l’absence d’une plateforme technologique adéquate rend
Postes Canada vulnérable à la détérioration des services et aux ruptures
totales de service périodiques, qui entraînent à leur tour une
augmentation des coûts associés aux autres modes de transport;
- comparativement à ses concurrents, la SCP n’est pas en mesure de
fournir des produits et services à la fine pointe de la technologie
auxquels s’attendent ses clients (par exemple, fonction de pistage
et de repérage pour les colis) et cela lui permettrait de demeurer
pertinente dans la création de futures offres et innovations
électroniques;
- elle ne bénéficie pas de la technologie requise pour a) assurer une
capacité adéquate de gestion des adresses qui répond aux besoins des
entreprises de marketing direct et b) mettre à jour et corriger les
adresses afin d’éviter les erreurs de livraison;
- la SCP n’est pas en mesure de générer l’augmentation
requise sur le plan de l’information, de l’efficacité et de la
productivité pour neutraliser et gérer les pressions liées aux coûts et
aux revenus sans des établissements et de l’équipement
modernisés.
Bref, la SCP croit qu’elle ne peut pas être concurrentielle,
atteindre les normes commerciales actuelles et être autonome financièrement
dans l’environnement technologique actuel sans investir
considérablement dans de nouveaux établissements et du nouvel équipement. Et
sans la modernisation, le service et la santé financière se détérioreront
inévitablement. Cela aura d’importantes conséquences sur la capacité à
respecter son obligation d’assurer un service universel et à fournir
un service de courrier de qualité aux Canadiens à un prix abordable.
Nécessité de mieux harmoniser le
réseau
Selon Postes Canada, le réseau de livraison et de vente au détail
n’est pas bien ou adéquatement harmonisé avec la répartition de la
population canadienne et les changements démographiques des 20 dernières
années.
D’autre part, la plupart des comptoirs (60 %) sont situés dans des
régions non urbaines, où habitent seulement 20 % des Canadiens. Certains de
ces comptoirs comptent en moyenne aussi peu que cinq clients par jour; les
ventes et le trafic modérés rendent leur exploitation non rentable (les 60 %
des comptoirs produisent 33 %
des revenus totaux de vente au détail). Par
contre, le moratoire du gouvernement sur la fermeture et/ou la conversion en
comptoirs privés de bureaux de poste désignés comme ruraux a entravé la
réadaptation du réseau aux conditions modernes. Malgré le fait qu’elle
affirme être engagée à fournir un excellent service partout au Canada et à
maintenir le système de distribution du courrier dans les régions rurales en
particulier, Postes Canada souligne que la notion de « régions rurales » est
mal définie, de sorte que certains endroits qui ne seraient pas considérés
par la plupart comme un milieu rural sont ainsi désignés. Cela a entraîné
des irrégularités dans le système actuel. En outre, la distinction entre
comptoirs postaux de la Société (la SCP) et les comptoirs privés a créé des
obstacles à l’ajustement du réseau. Après 14 ans, la SCP suggère
qu’il serait opportun de réviser et de mettre à jour le moratoire sur
la fermeture des bureaux de poste imposé par le gouvernement.
La culture interne doit changer
Postes Canada indique que deux derniers facteurs internes ont, selon
elle, miné sa capacité à maintenir une autonomie financière : ses
conventions collectives avec le STTP et les accords de gouvernance dans le
cadre desquels Postes Canada mène ses activités.
Postes Canada suggère que ses conventions collectives avec le STTP, ainsi
que l’environnement culturel interne qu’il crée, limitent la
capacité de la SCP à créer une culture et un environnement d’affaires
ou d’entreprise qui pourraient entraîner des mesures menant à
l’autonomie financière. Ces obstacles sont les suivants :
- un accent excessif sur la création d’emplois comme un objectif
de la poste;
- des conventions collectives complexes qui créent des rigidités en
matière de rendement, empêchent le changement et découragent le souci de
la clientèle;
- des griefs chronophages et distrayants;
- la création d’une culture interne craignant les risques.
Postes Canada affirme également que les accords de gouvernance avec son
actionnaire (le gouvernement) font obstacle à l’utilisation efficace
de l’autorité et de l’expertise du conseil, rendant ainsi la SCP
moins flexible qu’elle pourrait l’être, pendant qu’elle
tente d’atteindre la viabilité et l’autonomie financière
commerciales et concurrentielles. Postes Canada suggère que le contrôle du
gouvernement est disproportionné par rapport aux exigences, entraînant les
résultats suivants :
- le processus pour l’obtention de l’approbation pour les
plans d’entreprise, certaines transactions commerciales et
l’emprunt peut être très long;
- des possibilités de marchés peuvent être manquées pendant que les
longs processus de contrôle se déroulent;
- les processus génèrent un environnement très peu enclin à la prise de
risque, entravant par conséquent le développement d’entreprise et
commercial de la SCP.

(ii) Postes Canada évalue ses besoins
Postes Canada déclare qu’elle doit devenir une entreprise prospère,
efficace et autonome financièrement pour être en mesure de centrer
efficacement son attention sur ses clients et fournir des produits et des
services novateurs et de grande qualité. Ce qui suit est son évaluation de
ses besoins et des exigences qui, si elles sont satisfaites, lui
permettraient de devenir une telle entreprise.
Déréglementer au besoin
La SCP note que la tendance est à la déréglementation dans le monde de la
poste, particulièrement en Europe où l’UE a mandaté la
déréglementation de la poste d’ici 2011. Elle accepte le concept et la
logique de la déréglementation, au moment opportun.
Postes Canada encourage l’adoption d’une approche « calculée
» à la libéralisation, selon un calendrier prolongé, afin d’atteindre
les buts suivants :
- permettre à la SCP de s’ajuster à la libéralisation et
à la concurrence accrues à chaque étape de la libéralisation;
- assurer que les revenus de la SCP demeurent suffisants pour
respecter l’obligation d’assurer un service universel et/ou
d’ajuster convenablement l’obligation d’assurer un
service universel aux nouvelles conditions.
La SCP mentionne également que la déréglementation ne serait pas
opportune ou appropriée à l’heure actuelle, pour plusieurs raisons
:
- le secteur de la poste est une vieille industrie, subissant une baisse
du volume de lettres et une concurrence accrue : un mauvais contexte pour
une déréglementation réussie;
- les services postaux qui ont bien survécu à la déréglementation ont
d’abord subi une transformation ou une modernisation de leurs
services, ce qui leur a permis d’être concurrentiels dans un
environnement déréglementé. La SCP suggère que ce processus soit sa
mission au cours des cinq à 10 prochaines années.
La SCP souligne que la déréglementation réussie des marchés postaux de
l’Allemagne, des Pays-Bas
, de la Suède, de l’Autriche, etc., a
été précédée d’une transformation et d’une modernisation de
leurs services postaux. En revanche, elle souligne l’échec de
l’expérience du Royaume-Uni, où la Royal Mail a du mal à se moderniser
après sa déréglementation.
Clarifier et financer ses objectifs
d’intérêt public (OIP)
Postes Canada maintient que les objectifs d’intérêt public, au-delà
de l’obligation d’assurer un service universel, devraient être
explicites, transparents et consignés dans un arrangement ou un contrat de
service entre le gouvernement et la SCP. À la base de ce genre
d’arrangement d’intérêt public, Postes Canada devrait être
indemnisée aux taux commerciaux pour la prestation de ces services à des
niveaux correspondants à ceux du marché. Les tarifs postaux augmentés ne
devraient pas être la source de financement pour les objectifs
d’intérêt public non relatifs à l’obligation d’assurer un
service universel.
Modifier le moratoire sur la fermeture des bureaux
de poste ruraux
Après 14 années, Postes Canada suggère que le moratoire sur la fermeture
des bureaux de poste ruraux imposé par le gouvernement devrait être révisé,
pas éliminé, et mis à jour à la lumière des nouvelles circonstances. Cela
lui donnera davantage de flexibilité en permettant d’ajuster son
réseau de vente au détail aux conditions changeantes du marché, tout en
maintenant un service de qualité dans les régions rurales.
À cette fin, la SCP propose les éléments suivants
:
- une définition claire et mise à jour de ce que constitue une région
rurale afin de fournir le fondement pour un réseau et des normes de
service appropriés. La définition de Statistique Canada pourrait
s’appliquer;
- la création de ce qu’elle appelle une norme de service axée sur
la proximité, afin d’établir un critère géographique pour son
obligation à maintenir ou à fournir des comptoirs postaux (par exemple, 80
% des comptoirs ruraux à moins de 7,5 kilomètres d’un comptoir
postal);
- l’examen périodique du réseau à la lumière de ces critères;
- le maintien d’un processus transparent de consultation des
collectivités pour tout changement proposé.
Autonomie financière
Postes Canada soutient qu’à moins qu’elle atteigne
l’autonomie financière, sa capacité à respecter son obligation, et son
engagement envers son actionnaire d’assurer un service universel, ne
peut pas être garanti. L’autonomie financière ne consiste pas
seulement à rentrer dans ses frais. Elle suggère un niveau de capacité qui
peut, entre autres, financer la modernisation continue qui maintiendra la
SCP concurrentielle et capable de satisfaire aux besoins des clients et de
respecter l’obligation d’assurer un service universel. Pour
satisfaire cet objectif, elle soutient qu’elle nécessite un cadre
clair et efficace pour la viabilité financière, qui pourrait comprendre une
plus grande flexibilité financière et une meilleure garantie de revenus
qu’elle ne possède à l’heure actuelle. Le financement commercial
des OIP et des ajustements au réseau seraient deux éléments importants. Un
troisième besoin comprendrait les changements suivants à
l’établissement des tarifs postaux :
- le retrait de la formule de plafonnement actuelle (modification des
tarifs aux deux tiers de l’IPC), qui a gardé le tarif de base de la
poste-lettres artificiellement bas et bien en-dessous des tarifs postaux
de l’Europe;
- la création d’un régime de tarification qui harmoniserait tous
les tarifs postaux, y compris les articles postaux réglementés dans le
privilège exclusif de la SCP, avec les conditions du marché;
- la SCP devrait avoir la pleine autonomie sur la tarification et le
gouvernement ne devrait s’interposer que dans des circonstances
exceptionnelles;
- d’après Postes Canada, c’est la concurrence accrue,
directement de la part des concurrents et indirectement par la concurrence
dans les produits et leur substitution, qui a à toutes fins utiles
déréglementé les tarifs au Canada.
Avec ce régime de tarification, la SCP vise un allègement de
l’incertitude financière qui entoure son régime de pension.
L’incertitude et l’imprévisibilité peuvent se transformer
rapidement en d’énormes exigences financières sur sa liquidité et son
budget, ce qui mine ses plans d’investissement et de modernisation.
Postes Canada recommande qu’elle conserve l’obligation de
financer entièrement son régime de pension de façon continue. Cependant,
elle demande :
- à ce qu’elle soit soustraite aux règles de solvabilité
des régimes établies par le BSIF, l’organisme de réglementation des
pensions;
- ou que le gouvernement du Canada déclare officiellement
qu’il financerait tout déficit, au cas où la SCP cesse
d’exister.
Transformation et modernisation de la
poste
D’après Postes Canada, la transformation de la poste n’est
pas une option qui peut être reportée. Elle est au cœur du plan de la
SCP pour l’atteinte de l’autonomie financière et le maintien de
l’obligation d’assurer un service universel et de la qualité du
service.
Le plan de modernisation de la poste comprend l’amélioration et le
remplacement de bâtiments, l’achat d’un nouvel équipement de tri
pour faciliter la réduction du tri manuel du courrier; l’adoption de
nouvelles technologies pour soutenir l’équipement de tri et mieux
gérer les normes de distribution; le développement d’une meilleure
capacité de service électronique et la formation et la gestion du
changement. Par la modernisation du réseau et l’arrivée de nouvelles
technologies, Postes Canada croit qu’elle sera en mesure de fournir un
meilleur service et des innovations, de réaliser la compétitivité sur le
marché et d’atteindre l’équilibre financier.
Postes Canada estime que le nouvel investissement de capitaux requis sera
de l’ordre de 3 milliards de dollars au cours des sept prochaines
années, en plus des 200 millions de dollars en moyenne dépensés annuellement
pour l’entretien régulier des infrastructures. Elle considère que cet
investissement peut être recouvré par le biais d’une productivité
accrue dans les huit ans suivant l’achèvement. La SCP soutient
qu’elle a une occasion unique et conjoncturelle d’initier une
telle transformation, comme un grand groupe de ses employés (27 000) vont
partir à la retraite ou quitteront la Société au cours de la prochaine
décennie.
De quoi Postes Canada croit-elle avoir besoin pour
effectuer cette transformation?
Premièrement, elle doit accroître sa capacité financière pour aider à
financer ce plan, comme il a été établi lors des discussions sur la
tarification, les pensions, le réseau rural, les tarifs commerciaux pour les
OIP, et ainsi de suite.
Deuxièmement, elle a besoin d’un accès accru aux marchés de
capitaux, ainsi que d’un pouvoir d’emprunt étendu, qui passent
de la limite actuelle de 300 millions de dollars à un montant révisé
approprié pour le financement de ses besoins de capitaux au cours du plan de
modernisation.
Troisièmement, elle doit apporter des ajustements à sa culture et ses
pratiques internes d’exploitation, comme l’énonce la section
suivante.
Culture interne
Selon Postes Canada, l’autonomie financière ne peut être atteinte
sans deux importants changements à sa culture interne et à ses pratiques
d’exploitation. L’un des changements concerne ses employés, et
l’autre concerne les pratiques de son conseil et de sa direction.
Postes Canada déclare qu’elle ne peut pas transformer elle-même
toute la culture des employés associée à l’influence des conventions
du STTP et la culture et les pratiques qui en sont issues. À cette fin, elle
demande :
- une évaluation publique indépendante des changements qui seraient
requis dans la convention du STTP afin de rendre la SCP
concurrentielle;
- un engagement de la part du gouvernement à appuyer l’objectif de
la prochaine série de négociations collectives, qui viserait à rédiger une
convention collective qui contribuerait à la création d’une
autonomie financière pour la SCP;
- une mesure gouvernementale pour créer un régime d’actionnariat
des employés.
Postes Canada recommande également la création d’un environnement
de gouvernance plus clair et plus efficace, pour permettre à son conseil
d’honorer sa responsabilité quant à la poursuite efficace des
objectifs des actionnaires. Cela exigerait une clarification et un
renforcement du rôle du conseil, de la manière suivante :
- le comité de sélection du conseil devrait avoir un rôle dans
l’élaboration des recommandations à l’actionnaire afin de
nommer les meilleurs directeurs qualifiés ayant de l’expérience sur
le plan commercial, administratif et de la gestion;
- le conseil devrait se voir conférer le pouvoir de recruter, nommer et
évaluer le rendement du PDG de la SCP;
- le conseil devrait se voir conférer le pouvoir d’effectuer des
transactions pouvant atteindre 250 millions de dollars sans
l’approbation du gouvernement;
- le conseil devrait avoir le pouvoir de déterminer s’il doit
verser des dividendes, particulièrement dans des périodes de
réinvestissement considérable;
- les plans d’entreprise devraient continuer à être approuvés par
le gouvernement, mais ils seraient considérés comme approuvés par le
gouvernement après 60 jours si le gouvernement choisit de ne pas
répondre.

Dans les pages précédentes, le Comité consultatif a fait état de ce
qu’il a appris de ses analyses du marché, des consultations avec les
citoyens et les organismes canadiens ainsi que de leurs mémoires, de ses
analyses des services postaux internationaux ainsi que de ses discussions
avec eux et des consultations avec Postes Canada ainsi que de son examen
approfondi de la Société au cours de l’examen stratégique.
Par le biais de ce processus, le Comité consultatif a été impressionné
par un certain nombre de questions :
- les Canadiens continuent de valoriser la poste et le service postal
universel;
- l’exploitation d’un système postal moderne est très
complexe;
- le marché de la poste change, la poste-lettres traditionnelle prend
moins d’importance et les articles postaux concurrentiels deviennent
plus importants dans la composition du marché de la poste;
- les Canadiens n’ont pas une compréhension réaliste de ces
difficultés ou des défis financiers auxquels fait face Postes Canada;
- les Canadiens ont différentes expériences avec Postes Canada et
s’attendent à des changements dans les politiques et les processus,
mais ne souhaitent pas de changement radical dans le régime postal
actuel;
- il existe suffisamment de talent, d’expertise et
d’expérience au sein du conseil et de la direction de Postes Canada,
dans la plupart des secteurs, pour assurer sa réussite, dans le bon
environnement financier et stratégique;
- l’expérience de certains services postaux internationaux
démontre que les accords de gouvernance appropriés peuvent contribuer de
façon appréciable à la création d’un service postal viable.
Compte tenu de ce qu’il a appris, le Comité consultatif croit
qu’il devrait centrer son attention sur cinq volets dans le cadre de
la formulation des recommandations pour un nouvel environnement financier et
stratégique actualisé et amélioré pour Postes Canada.
En premier lieu, l’obligation d’assurer un service universel
est au cœur du service postal effectué par une société d’État.
L’actionnaire devrait préciser clairement au service postal ses
attentes relativement à l’obligation d’assurer un service
universel au XXIe siècle. Le Comité consultatif croit qu’il
existe un besoin immédiat d’établir une compréhension claire, concrète
et transparente de l’obligation d’assurer un service
universel.
En deuxième lieu, le Comité consultatif est convaincu qu’il
n’est pas réaliste de considérer l’objectif du système postal,
c’est-à-dire la prestation de l’obligation d’assurer un
service universel, sans considérer comment cette obligation doit être
assumée. En bref, la « fin » ou les objectifs de la politique postale ne
devraient pas être considérés indépendamment des « moyens » ou des outils
menant à cette fin. Le Comité consultatif était impressionné par la
modernisation de certains services postaux à l’étranger, qui
présentent un contraste frappant avec la situation de Postes Canada. Le
Comité consultatif est d’avis qu’il y a un besoin urgent de
régler les questions de désuétude, de moderniser le système et le réseau de
la poste au Canada, afin de maintenir sa compétitivité et d’aider sa
productivité. Le Comité consultatif considère ce besoin comme étant lié
intégralement à son obligation d’assurer un service universel.
En troisième lieu, Postes Canada n’est pas en mesure de moderniser
son réseau à moins d’avoir la capacité financière de le faire. Le
Comité consultatif était impressionné par la façon dont certains services
postaux internationaux ont obtenu et développé l’autonomie financière
qui leur a permis de continuer à mettre à jour et moderniser leurs
activités, de sorte qu’ils ont eu la capacité de respecter leur
obligation d’assurer un service universel. Le Comité consultatif croit
qu’il est absolument impératif de prendre les mesures nécessaires pour
assurer une autonomie financière à long terme pour Postes Canada.
En quatrième lieu, les discussions portant sur les services postaux ont
fait état d’importantes craintes et préoccupations concernant
l’avenir des services postaux dans les régions rurales du Canada. Le
Comité consultatif conteste l’idée selon laquelle la prestation
d’un service de qualité dans les régions rurales du Canada va à
l’encontre de l’objectif d’autonomie financière et de
modernisation de la poste. Le Comité consultatif est d’avis que
l’actionnaire doit formuler, exposer et communiquer une compréhension
claire et transparente des rôles et responsabilités de Postes Canada dans
les régions rurales du Canada.
En cinquième lieu, comme il a été mentionné ci-dessus, le Comité consultatif a été frappé par les expériences de certains services postaux
internationaux, qui ont démontré que des accords de gouvernance appropriés
pouvaient contribuer appréciablement à l’évolution et au développement
d’une poste viable. Il y a de l’incertitude dans le système
canadien quant au degré d’autonomie dont devrait bénéficier Postes Canada et au degré de contrôle que devrait exercer l’actionnaire. Le
Comité consultatif croit qu’il existe un besoin urgent de clarifier,
de rendre transparent et de concrétiser les rôles, les responsabilités et
les pouvoirs respectifs du gouvernement (actionnaire), du conseil
d’administration et de la direction de Postes Canada.
La partie II traitera de ces cinq importants
volets à titre de fondement pour les recommandations du Comité consultatif
dans la partie III.
Partie I : Notes en bas de page
[1] Strategic Counsel, 2007
[2] Parmi ceux qui étaient de cet avis, il y avait
le CTC, l’ONAP et le Conseil des Canadiens avec
déficiences.
[3] Le Comité consultatif a reçu 23 500 cartes
postales contre la déréglementation par suite d’une initiative du
STTP.
[4] Une opinion exprimée par le CTC, Coalition
for seniors, l’ONAP et le CCPA.
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