Le gouvernement du Canada
a mandaté le
Comité consultatif
pour examiner les objectifs d’intérêt public de Postes
Canada et sa capacité à demeurer autonome financièrement. On a également
demandé au Comité d’évaluer si le Cadre stratégique et financier
pluriannuel de 1998 est toujours pertinent pour Postes Canada.
Cet
examen stratégique prépare le terrain pour les prochaines étapes de
l’évolution de Postes Canada.
Ces prochaines étapes doivent tenir compte
du fait que le monde de la poste a été transformé par de nouvelles
conditions de marché, la mondialisation et des changements
technologiques. L’objectif de l’examen stratégique est d’aider à
améliorer la capacité de Postes Canada
à honorer ses responsabilités par
le biais du développement ou de l’adjonction de politiques ou d’outils
appropriés qui lui permettront de faire face à ces nouvelles conditions
de la poste. Parallèlement, l’objectif de l’examen stratégique est de
trouver de nouveaux moyens pour l’actionnaire (le gouvernement du
Canada) d’exposer et de communiquer à Postes Canada
ses buts sociaux et
ses attentes par rapport au système postal, alors que la Société évolue
et devient une société plus autonome, capable d’assumer ses
responsabilités dans un nouvel environnement postal stimulant.
L’analyse du Comité consultatif
dans la partie II
servira de fondement pour la présentation et l’explication,
dans la partie III, des recommandations que le Comité consultatif
présente au ministre, notamment un cadre financier et de service dans un
environnement de gouvernance transparent. Ce cadre et ces
recommandations visent deux buts : établir un degré approprié
d’autonomie et de capacité d’entreprise pour Postes
Canada, de sorte
qu’elle ait les outils pour réussir à s’adapter aux nouvelles conditions
de marché et à ses responsabilités relatives à l’obligation d’assurer un
service universel et, à la fois, concevoir une nouvelle manière
améliorée pour l’actionnaire (le gouvernement) de clarifier, d’exposer
et de communiquer ses objectifs à la SCP. Aucun de ces buts ne devrait
l’emporter sur l’autre : ils devraient être réalisés en parallèle.
Le Cadre de référence de l’examen stratégique, ainsi que l’opinion des
Canadiens et de Postes Canada que le Comité consultatif
a recueillie, nous amènent à conclure que cinq enjeux importants
devraient retenir notre attention à mesure que nous analysons les
besoins de
et de son actionnaire et que nous formulons des recommandations quant
aux mesures à prendre.
Premièrement, l’obligation d’assurer un service universel est au cœur du service
effectué par une société d’État chargée de la poste. S’il n’y avait pas d’obligation d’assurer un service universel,
il n’existerait pas de besoin d’avoir une société appartenant à l’État pour se charger du système de la poste.
L’actionnaire doit clarifier ses attentes concernant l’obligation d’assurer un service universel au XXIe siècle et
le gouvernement du Canada
ainsi que Postes Canada
doivent élaborer une
compréhension commune de l’obligation d’assurer un service universel et de ce qu’elle implique.
Deuxièmement, la manière dont l’obligation d’assurer un service universel
doit être remplie en pratique ne peut pas, de façon réaliste, être dissociée
du principe de l’obligation d’assurer un service universel : la « fin » ou
les objectifs de la politique postale ne peuvent pas être considérés
indépendamment, de façon réaliste, des « moyens » ou des outils à cette fin,
particulièrement dans un environnement complexe comme le monde de la poste.
Les efforts et les développements de modernisation dans plusieurs services
postaux à l’étranger contrastent de façon frappante avec la situation de
Postes Canada, où subsiste un besoin urgent de moderniser le système et le
réseau de la poste pour permettre à Postes Canada
de réussir à respecter son
obligation d’assurer un service universel.
Troisièmement, il n’est pas réaliste de s’attendre d’une poste à ce
qu’elle modernise son réseau et ses processus à moins qu’elle n’ait la
capacité financière de le faire. Plusieurs services postaux à l’étranger
ont obtenu et développé l’autonomie financière qui leur a permis de
mettre à jour et de moderniser leurs activités, de sorte qu’ils ont la
capacité de respecter leurs engagements par rapport à l’obligation
d’assurer un service universel : Postes Canada
doit avoir accès aux
outils appropriés dont elle a besoin pour maintenir son autonomie
financière, afin de pouvoir moderniser ses activités de sorte qu’elle
ait la capacité d’assumer avec succès son obligation d’assurer un
service universel.
Quatrièmement, l’avenir des services postaux dans les régions rurales du
Canada exige une attention particulière. La continuation d’un outil
d’intervention directe comme le moratoire sur la fermeture des bureaux
de poste ruraux, en vigueur depuis 1994, est représentative du fait que
peu d’attention sur le plan conceptuel et des politiques a été porté à
ce domaine. On doit formuler, articuler et communiquer une compréhension
claire et transparente des rôles et responsabilités de Postes Canada
dans les régions rurales du Canada.
Cinquièmement, l’expérience de plusieurs services postaux à l’étranger
démontre que les accords de gouvernance ou les arrangements
institutionnels appropriés peuvent contribuer de façon importante à la
création d’une politique relative aux services postaux viables et
efficaces. Il y a de l’incertitude dans le système canadien quant au
degré d’autonomie de l’entreprise dont devrait bénéficier Postes Canada
et au degré de contrôle que devrait exercer l’actionnaire. À cette étape
de l’évolution de Postes Canada, il est nécessaire de clarifier, de
rendre transparent et de concrétiser les rôles, les responsabilités et
les pouvoirs respectifs du gouvernement (actionnaire), du conseil
d’administration et de la direction de Postes Canada. Cela créera un
environnement de politiques et de gouvernance qui encouragera la prise
de décisions efficaces et opportunes concernant l’obligation d’assurer
un service universel, la poste en milieu rural, la modernisation et la
viabilité financière.

Dans le Cadre de référence assigné au Comité consultatif,
le ministre
présente un certain nombre de principes qui nous amènent à considérer
l’obligation d’assurer un service universel comme étant au cœur de nos
considérations :
- Postes Canada ne sera pas privatisée et demeurera une société
d’État;
- Postes Canada doit maintenir un service postal universel,
efficace et économiquement viable;
- Postes Canada continuera d’agir comme instrument de politique
d’intérêt public en assurant la prestation de services postaux aux
Canadiens.
L’obligation d’assurer un service universel est au cœur du service
postal au Canada. Cela est implicite dans l’engagement continu du
gouvernement envers une société d’État chargée de la poste. S’il
n’existait pas d’obligation d’assurer un service universel, c’est à-dire,
s’il n’existait pas d’objectifs relativement à la poste pour l’ensemble
du pays et de ses citoyens, il n’y aurait alors pas de besoin réel
d’avoir une entité appartenant au gouvernement vouée au système postal.
Le système postal ne serait pas un objet de politique publique pour le
gouvernement, qui n’aurait, dans ce cas, pas de responsabilité pour les
systèmes postaux et de courrier.
Lorsque le ministère des Postes a été transformé en une société d’État
en 1981, la définition de l’obligation d’assurer un service universel
était restée vague. On prévoyait que Postes Canada
fournirait un service
habituel et fondamental qui répondrait aux besoins des Canadiens, avec
des niveaux de service qui seraient semblables dans les collectivités de
taille comparable. Ce manque de spécificité a donné à la Société un
certain degré de flexibilité pour s’adapter à un environnement
nouvellement commercialisé. Près de trois décennies plus tard,
l’environnement postal canadien a considérablement changé. On peut
soutenir aujourd’hui que le manque de clarté concernant ce qui est, ce
qui devrait être ou ce qui pourrait être compris dans l’obligation
d’assurer un service universel de Postes Canada
crée des défis et de la
confusion pour Postes Canada, ses actionnaires et ses clients.
La question est : « Quelle est (ou quelle devrait être) l’obligation
d’assurer un service universel de Postes Canada aujourd’hui et dans un
avenir prévisible? »
Cette question est particulièrement importante, étant donné
l’engagement continu du gouvernement à l’égard de l’exploitation du
système postal par l’entremise d’une société d’État. Le gouvernement a
choisi la forme d’une entreprise autonome pour l’exécution de ses
attentes relatives à la poste, plutôt qu’une forme ministérielle (ou
privée). Il y a de bonnes raisons pour cette décision, étant donné la
complexité et la nature des activités de la poste moderne, qui ont été
confirmées par des décisions gouvernementales semblables dans le monde
industrialisé. Le Comité consultatif
est d’avis que, à mesure que Postes
Canada évolue en tant qu’entité légale et qu’elle se développe et
pourrait obtenir un jour davantage d’autonomie d’entreprise, il est
essentiel que le gouvernement clarifie et précise ses attentes
concernant les implications de l’obligation d’assurer un service
universel. Le cadre d’exploitation de Postes Canada devrait à la fois
être le reflet de ses objectifs d’entreprise et relatifs à l’obligation
d’assurer un service universel. S’il ne le fait pas, la confusion
persistera du côté du public et de l’entreprise et il est fort probable
que les considérations commerciales l’emporteront sur l’obligation
d’assurer un service universel ou les considérations sociales.
Bien que la certitude absolue soit impossible, particulièrement dans un
monde en évolution, le Comité consultatif
croit que l’obligation
d’assurer un service universel devrait être précisée. Cette position
fondamentale a centré la discussion sur les quatre autres enjeux
importants devant être examinés dans cette section :
- La nature de l’attente relativement à l’obligation d’assurer un
service universel implique le besoin d’un réseau postal. La
modernisation de ce réseau est intégrale à la capacité de Postes
Canada à honorer son obligation d’assurer un service universel;
- La nature et la spécificité des attentes du gouvernement par
rapport à l’obligation d’assurer un service universel façonneront,
en retour, le modèle de gestion et ainsi, les exigences financières
de Postes Canada
à long terme;
- Les attentes du gouvernement face à l’obligation d’assurer un
service universel façonneront les attentes par rapport au service
postal dans les régions rurales du Canada, ainsi que sa nature;
- L’explication et la communication claire des attentes par
rapport à l’obligation d’assurer un service universel aideront à
préciser les obligations, les droits, le privilège, les tâches et
les responsabilités respectifs de l’actionnaire (le gouvernement),
le conseil d’administration de Postes Canada, de la direction de
Postes Canada
ainsi que des Canadiens et des clients de la poste.
(i) L’obligation d’assurer un service universel
Le Comité consultatif
croit que trois dimensions de l’obligation
d’assurer un service universel doivent être précisées : les principes et
les pratiques de l’obligation d’assurer un service universel; sa
dimension physique ou de réseau, et ses conséquences financières.
Malgré le fait que l’expression obligation d’assurer un service
universel est utilisée couramment, on s’entend très peu au Canada ou à
l’échelle internationale sur ce que comporte cette obligation. Cela
reflète partiellement la confusion entourant les objectifs concernant
l’obligation d’assurer un service universel et les mécanismes utilisés
pour les atteindre. Bien qu’on s’entende généralement sur les buts de
l’obligation d’assurer un service universel, il y a désaccord quant à la
manière dont l’obligation d’assurer un service universel doit être
respectée et des différences régionales quant à ce qui devrait être
fait. Ces mécanismes ont varié au fil du temps et entre les différents
pays, étant donné les différentes conditions, priorités et capacités
nationales. Les principes de l’obligation d’assurer un service universel
doivent être complétés par des pratiques et des spécifications
opérationnelles. Dans la dernière analyse, il incombe au gouvernement de
préciser, de clarifier et de mettre à jour périodiquement quels
mécanismes ou outils seront utilisés pour atteindre les objectifs de
l’obligation d’assurer un service universel.
La Loi sur la SCP exige de Postes Canada
qu’elle « maintienne un service
postal habituel et fondamental ». Dans ce contexte, les éléments
particuliers et essentiels de l’obligation canadienne d’assurer un
service universel ont évolué et désignent maintenant les éléments
suivants :
- Le service postal sera universel;
- Le service postal sera abordable;
- Le service postal sera opportun;
- Le service postal sera accessible à tous les Canadiens, quel que
soit l’endroit où ils vivent;
- Le service postal fournira un service de qualité.
Bien que ce ne soit pas explicite, il est généralement admis que
l’obligation d’assurer un service universel s’applique autant aux
entreprises et aux organismes qu’aux habitants du Canada, étant
donné la mission traditionnelle de la poste de permettre aux
Canadiens de communiquer entre eux et d’autoriser le secteur des
affaires et le marché à prendre de l’expansion et à se développer
avec l’aide du système de la poste. Ainsi, on peut supposer que
l’obligation d’assurer un service universel exige de Postes Canada
qu’elle livre les lettres et les colis à chaque adresse commerciale
et résidentielle au Canada. Postes Canada
a exposé les éléments de
cette responsabilité dans son mémoire à l’examen stratégique,
lorsqu’elle a déclaré que son rôle est de fournir un service de base
de distribution des lettres et des colis à toutes les personnes et
toutes les entreprises tous les jours, peu importe leur emplacement.
Il peut y avoir un vaste consensus sur les principes de l’obligation
d’assurer un service universel, selon lequel le système postal est
universel, abordable, opportun et accessible dans la prestation d’un
service de qualité de distribution du courrier et des colis à tous les
Canadiens et toutes les entreprises à la grandeur du pays. Ce qui n’est
pas clair, ou qui ne fait pas consensus, c’est ce que signifie chacun
des éléments et comment ils devraient être réalisés. Par exemple, en
combien de temps une lettre devrait-elle être livrée de la Ville A à la
Ville B? La livraison devrait-elle se faire à la porte, à l’adresse, à
la route, à la localité, à la région? Combien devrait coûter la
livraison d’une lettre ou d’un colis? Comment le courrier devrait-il
être distribué? Combien de jours par semaine la livraison devrait-elle
être effectuée?
Le respect de l’obligation d’assurer un service universel exige de
Postes Canada
qu’elle développe et qu’elle maintienne un réseau composé
de mécanismes, de processus et d’installations pour recueillir, trier et
distribuer le courrier et les colis et qu’elle donne aux citoyens et aux
entreprises accès au système postal. Il semblerait raisonnable de
présumer que ce réseau comprendra une gamme d’éléments, allant des
boîtes aux lettres aux bureaux de poste, des unités de boîtes postales
(distribution) aux établissements de tri. Par extension,
l’infrastructure du système postal fait alors partie intégrante de
l’obligation d’assurer un service universel, mais cela génère également
beaucoup d’incertitude quant à la nature précise, aux éléments et à la
portée du réseau postal. Combien devrait-il y avoir de boîtes aux
lettres et à quelle proximité devraient-elles être des Canadiens?
Combien de bureaux de poste devrait-il y avoir et comment devraient-ils
être répartis?
Enfin, il n’est pas clair si l’obligation d’assurer un service universel
implique un engagement financier illimité pour la respecter, bien qu’il
soit évident que les coûts financiers de l’obligation d’assurer un
service universel varieront en fonction de la manière dont l’obligation
d’assurer un service universel est définie et mise en œuvre. Lorsque
Postes Canada
a été créée, le Parlement lui a donné dans la loi le
mandat d’être autonome financièrement et a manifesté son intention de ne
plus financer le service postal à partir de fonds de fonctionnement
généraux. La mesure législative a donc reflété très clairement le
principe selon lequel les usagers assument les coûts. C’est-à-dire que
dorénavant, les usagers plutôt que les contribuables paieront pour le
service postal. Ce point sera abordé ci-dessous, mais on constate que le
financement de l’obligation d’assurer un service universel était assuré
traditionnellement en fournissant des revenus garantis par le biais d’un
privilège exclusif à la poste pour la poste-lettres (un monopole). Il
était entendu que, en échange du privilège exclusif, le tarif du service
de poste-lettres serait rendu abordable en garantissant que le tarif du
service serait le même, peu importe la distance parcourue par la lettre.
Ce qui peut encore être considéré est ce que devrait être la portée du
privilège exclusif : des lettres pesant moins de 50 grammes? 100
grammes? 250 grammes? 500 grammes? Cette donnée a varié à l’échelle
internationale et au fil du temps. Au Canada, par exemple, le privilège
exclusif couvre les lettres pesant moins de 500 grammes. D’autres
questions comprennent les aspects suivants : quelle importance devrait
avoir le privilège exclusif? Quel est le tarif approprié pour les
services sous ce monopole?
(ii) L’obligation d’assurer un service universel en pratique
En termes généraux, l’obligation d’assurer un service universel au
Canada à l’heure actuelle comprend les aspects suivants :
- tout Canadien devrait, par le biais du système postal, pouvoir
communiquer, faire des transactions avec tout autre Canadien, et
envoyer ou recevoir un colis, un livre, un magazine, un périodique
ou un journal à toute adresse;
- il devrait y avoir un ensemble de réseaux nationaux de collecte,
de livraison et d’accès qui permet de le faire de façon opportune;
- ce service devrait être fourni dans le cadre de normes
raisonnables et à des prix raisonnables et abordables.
Ce sont les principes sur lesquels le système postal canadien a
été fondé et dont Postes Canada
est responsable. Le Comité
consultatif est d’avis que l’obligation d’assurer un service
universel est la mission première de Postes Canada.
En outre, il
croit également que les attentes concernant cette mission première
devraient être claires et précises.
Le Comité consultatif
estime approprié et opportun pour le
gouvernement de préciser chacun de ces éléments de façon claire et
concrète. Il est de cet avis parce qu’il y a une telle incertitude
au Canada par rapport à ce que signifient ces principes sur le plan
opérationnel, surtout compte tenu des changements démographiques et
de l’environnement concurrentiel et technologique. Le Comité
consultatif suggérera que la détermination des buts en pratique de
l’obligation d’assurer un service universel devrait être inscrite
dans une sorte de protocole de service entre le gouvernement du
Canada et Postes Canada, avec l’obligation explicite que ce
protocole soit révisé à l’occasion. Ce protocole de service
deviendrait essentiellement une entente contractuelle entre le
gouvernement et Postes Canada, établissant leur compréhension
commune de l’obligation d’assurer un service universel ainsi que
leurs attentes par rapport à cette obligation. Cela deviendrait un
document public, affiché sur le site Web de Postes Canada
et
accessible à tous les Canadiens et les clients du service postal.
Ce qui suit est une présentation de certains éléments qui
pourraient, d’après le Comité, servir de fondement pour cette
discussion entre Postes Canada
et le gouvernement.

Service : normes de livraison
La dimension de service de l’obligation d’assurer un service
universel est un secteur où le gouvernement a déjà précisé ses attentes
en ce qui concerne les normes de livraison de Postes Canada.
Le principe
est autant général (qualité) que concret (les niveaux de service
devraient être les mêmes pour les collectivités avec les mêmes
caractéristiques générales). Les Canadiens semblent généralement
satisfaits avec la norme de livraison de la poste-lettres de deux,
trois, quatre jours (deux, trois et quatre jours respectivement pour les
destinations locales, régionales et nationales). Le Comité consultatif
croit que cette norme devrait être maintenue et que Postes Canada
devrait continuer de surveiller le rendement par rapport à la norme et
en rendre compte dans son rapport annuel.
Service : période de livraison de cinq jours
La pratique courante au Canada veut que la livraison du courrier se
fasse en cinq jours.
Le Comité consultatif
est conscient qu’il existe des limites pratiques
ou financières à la livraison du courrier à chaque adresse cinq jours
par semaine, particulièrement dans les régions éloignées du pays.
Certains pays ont établi une approche selon laquelle la poste garantit
qu’un certain pourcentage (très haut) de la population reçoit un service
quotidien et que des portions du reste de la population reçoivent le
service un certain nombre de fois par semaine. Le Comité consultatif
suggère que Postes Canada
examine l’utilisation de ce genre d’approche
au Canada pour que le gouvernement l’étudie. Le Comité suggère également
que la liste de ces régions du pays qui ne reçoivent pas le courrier
cinq jours par semaine devrait être approuvée par le gouvernement,
rendue publique et révisée régulièrement.
Mode de livraison
Un des principes de l’obligation d’assurer un service universel est
que le courrier et les colis devraient être livrés à toutes les adresses
résidentielles et commerciales au Canada, peu importe leur emplacement.
Dans un pays de la taille du Canada, cela constitue un véritable défi,
non seulement à cause de la géographie, mais également à cause de
l’addition évidente d’environ 200 000 nouvelles adresses postales par
année. Postes Canada
utilise divers mécanismes pour effectuer ces
livraisons. L’entretien de ce réseau de distribution est une question
opérationnelle très préoccupante pour Postes Canada, malgré que
l’utilisation de « boîtes postales communautaires » plutôt que la
livraison à domicile soit devenue la norme dans tous les nouveaux
quartiers urbains et les banlieues.
Tableau 5 : Pourcentage de distribution par mode de livraison – Points de remise
Source : Société canadienne des postes
Le Comité consultatif
croit que les mécanismes de service traditionnels
pour la livraison aux domiciles individuels, par exemple, les facteurs
effectuant la livraison à domicile ou la livraison au bout des entrées
de cour, devraient toujours pouvoir être réexaminés à la lumière des
changements démographiques et technologiques. Plusieurs pays établissent
une formule ou un processus par lequel la poste établit le mode de
livraison approprié pour les différents ensembles de conditions. Postes
Canada devrait continuer à élaborer et mettre en œuvre les approches de
livraison les plus appropriées afin d’honorer son obligation d’assurer
un service universel. Si l’on considère des changements aux modes de
livraison, le Comité consultatif
est d’avis que la liste de
collectivités/clients concernés ainsi qu’un plan de mise en œuvre et un
processus pour la discussion du plan avec les collectivités/clients
concernés devraient faire l’objet d’une discussion avec le gouvernement,
avant d’être rendus publics, et que cette liste devrait être révisée et
mise à jour régulièrement.
Prix
Comme c’est le cas à l’heure actuelle, le tarif de base des lettres
pesant moins que 30 grammes ne devrait pas varier d’un bout à l’autre du
pays, peu importe la distance parcourue. On devrait continuer de
déterminer ce tarif par le biais d’une formule établie par règlement et
approuvée par le gouvernement.
La tarification des autres produits à l’intérieur du privilège exclusif
(lettres et petits paquets entre 31 et 500 grammes) devrait continuer
d’être établie par le processus de réglementation établi et d’être
approuvée par le gouvernement.
Finances
Le gouvernement a établi le principe selon lequel les usagers du service
postal, plutôt que les contribuables, devraient payer pour ce service. À
l’intérieur de ce cadre, le privilège exclusif de Postes Canada
de la
poste-lettres est le fondement financier de l’obligation d’assurer un
service universel. Aux termes du nouveau Protocole de service que le
Comité proposera, le gouvernement devrait examiner régulièrement la
portée précise du privilège exclusif, à la lumière des conditions
changeantes du marché et des coûts et de la productivité de la poste,
ainsi qu’en ce qui concerne tout changement à la définition ou à la
pratique de son obligation d’assurer un service universel. Le
Comité consultatif
recommandera le maintien du niveau actuel du privilège
exclusif, à l’exception que le courrier international de départ ne fera
plus partie du monopole de Postes Canada.
Le réseau de vente au détail
Un des principes de l’obligation d’assurer un service universel est
que tous les Canadiens et toutes les entreprises devraient avoir accès
au service postal, peu importe leur emplacement. Cela exige de Postes
Canada qu’elle maintienne un réseau de comptoirs postaux à la grandeur
du pays, où les Canadiens peuvent acheter des services postaux, déposer
et ramasser des colis, et ainsi de suite. La réalisation de cet objectif
– l’obligation d’assurer un service universel – entraîne des défis
opérationnels, et la manière dont Postes Canada
relève les défis a
parfois été controversée, particulièrement par rapport à l’utilisation
de comptoirs privés et à la fermeture de bureaux de poste plus
traditionnels détenus et gérés par Postes Canada.
Bien qu’il semble que cette controverse soit essentiellement terminée
dans les régions urbaines, une dernière préoccupation urgente est
l’emplacement de bureaux de poste et de comptoirs postaux,
particulièrement dans les régions périphériques, rurales et éloignées.
Une autre analyse du réseau rural de la poste sera présentée dans une
section ultérieure du rapport.

(iii) Objectifs d’intérêt public
Les objectifs d’intérêt public (OIP) sont des objectifs stratégiques
relatifs à la poste qui sont déterminés par le gouvernement, mais qui ne
tombent pas sous la portée de l’obligation d’assurer un service
universel. Le Comité consultatif
croit qu’il est important de faire une
nette distinction entre les deux.
Envois francs de port pour le gouvernement et documentation
à l’usage des aveugles
Deux programmes, les envois francs de port pour le gouvernement et la
documentation à l’usage des aveugles, doivent être fournis par Postes
Canada en vertu de la Loi sur la Société canadienne des postes. Postes
Canada reçoit actuellement des crédits annuels de 22,2 millions de
dollars pour la prestation de ces services.
Pour ce qui est du premier programme, la Loi reconnaît l’importance
des communications entre les Canadiens et leur gouvernement fédéral en
fournissant des privilèges de transmission en franchise du courrier
entre les Canadiens et le Gouverneur général, les députés, les
présidents du Sénat et de la Chambre des communes, le bibliothécaire
parlementaire, le Commissaire à l’éthique et le conseiller en éthique du
Sénat. Les députés de la Chambre des communes ont également droit
d’envoyer jusqu’à quatre bulletins parlementaires à leurs électeurs
chaque année civile. De plus, Postes Canada
offre aux députés un tarif
comportant un important rabais pour la médiaposte au-delà de leurs
quatre transmissions en franchise. Ce tarif est en vigueur depuis 1995.
La pratique d’offrir des privilèges de transmission en franchise du
courrier pour la documentation à l’usage des aveugles a été instaurée en
1898. L’obligation selon laquelle la documentation à l’usage des
aveugles est exemptée de tous frais postaux fait partie de la Convention
de l’Union postale universelle (UPU). Les conditions pour les privilèges
de transmission en franchise du courrier sont établies dans la
réglementation de Postes Canada.
Programme d’aide aux publications (PAP)
Le PAP du gouvernement du Canada
est géré par le ministère du
Patrimoine canadien, en collaboration avec Postes Canada.
Le
programme prévoit des coûts de distribution postale
subventionnés pour les publications canadiennes admissibles.
Postes Canada
a participé à la distribution de publications
canadiennes avant même la Confédération. En tant qu’autorité de
la politique, le ministère du Patrimoine canadien examine le
PAP.
Programme aliments-poste
Postes Canada fournit un service commercial de fret aérien pour
la nourriture envoyée à un certain nombre de collectivités du
Nord dans le cadre du Programme aliments-poste, qui est géré par
le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien. Dans le
cadre de ce programme, les expéditions de nourriture fraîche
sont envoyées à des collectivités du Nord désignées à des tarifs
subventionnés par le gouvernement, encourageant par le fait même
une bonne santé et de bonnes habitudes alimentaires auprès des
habitants du Nord.
Tarif des livres de bibliothèque
Le tarif des livres de bibliothèque a été introduit dans le cadre du
Programme d’aide aux publications en 1939. Postes Canada
gère le
programme par le biais de la provision de tarifs postaux inférieurs aux
coûts pour les livres de bibliothèque envoyés entre les expéditeurs et
les destinataires autorisés, principalement dans les régions rurales du
Canada. Puisque le tarif des livres de bibliothèque n’est plus considéré
comme faisant partie du Programme d’aide aux publications, aucun
ministère fédéral n’est actuellement désigné comme l’autorité de
politique pour ce programme.
Postes Canada s’est traditionnellement vue confier la responsabilité de
donner suite à ces OIP, parfois selon les coutumes et les conventions et
parfois en raison d’une décision consciente du gouvernement. Il y a eu
une tendance de simplement fusionner ces OIP à l’obligation de la
Société d’assurer un service universel et de prévoir qu’ils seraient
financés par les revenus généraux de la poste. En grande partie, le
Comité consultatif
ne partage pas ce point de vue.
Premièrement, on a demandé à Postes Canada
de s’acquitter de ses
responsabilités de façon à être autonome financièrement. Les OIP
imposent à la SCP un fardeau financier inopportun. Deuxièmement, Postes
Canada a également été créée selon un modèle voulant que les coûts du
service postal soient payés par les usagers de la poste, plutôt que les
contribuables. Par principe, le Comité consultatif
croit que le coût des
OIP devrait être assumé par le gouvernement, c’est-à-dire, par ces
ministères qui ont la responsabilité stratégique des programmes appuyés
par ces OIP, et non pas par les usagers généraux de la poste.
Il existe un certain nombre d’OIP qui, d’après Postes Canada, n’ont
pas d’aide financière appropriée. Ceux-ci comprennent la transmission en
franchise du courrier du gouvernement (décrite dans la Loi sur la
Société canadienne des postes) et l’aide aux publications, aux livres de
bibliothèque, à l’approvisionnement alimentaire par la poste et aux
colis pour le Nord. Le service de transmission en franchise du courrier
pour la documentation à l’usage des aveugles est une catégorie à part,
puisqu’il s’agit d’une obligation nationale relative à la poste associée
à l’appartenance à l’Union postale universelle et elle est décrite dans
la Loi sur la Société canadienne des postes. Postes Canada
reçoit
actuellement des crédits annuels de 22,2 millions de dollars pour la
prestation de la transmission en franchise du courrier du gouvernement
et de la documentation à l’usage des aveugles. Postes Canada
a indiqué
que ce montant n’a pas été révisé depuis plusieurs années et qu’il ne
tient pas compte des fluctuations de volumes ou de changements dans le
type de courrier envoyé.
Postes Canada souligne que la transmission en franchise du courrier
du gouvernement a été, au mieux, financée partiellement et les données
récentes révèlent que ce service est utilisé de plus en plus par les
parlementaires. En plus de la transmission en franchise du courrier, les
députés peuvent envoyer des articles de médiaposte à un tarif à rabais
important, ce qui, d’après le Comité consultatif,
n’a pas été révisé
depuis le milieu des années 1990. Dans son mémoire, Postes Canada
a
indiqué qu’elle a perdu 12 millions de dollars en revenus pour la
transmission en franchise du courrier du gouvernement et la
documentation à l’usage des aveugles en 2007.
À la suite d’une entente avec le ministère des Affaires indiennes et du
Nord canadien, le gouvernement du Canada
dédommage Postes Canada
pour la
différence entre les coûts, pour la Société, de livraison des biens
admissibles dans le cadre du programme aliments-poste, et les frais
d’affranchissement payés par les expéditeurs. Le programme
aliments-poste pour le Nord a été raisonnablement financé par les
usagers et devrait continuer d’être financé de cette façon. On souligne
cependant que dans son mémoire, Postes Canada
exprime l’avis qu’elle
devrait avoir droit à des majorations commerciales ainsi qu’à recouvrer
un montant additionnel de 9 millions de dollars en revenus selon le
programme de 2007.
Le Programme d’aide aux publications (PAP) est un objectif d’intérêt
public auquel Postes Canada
fournit du financement dans le cadre d’une
directive du gouvernement. Bien que Postes Canada, en tant que
fournisseur de services postaux à tous les Canadiens, livrait déjà des
publications avant la Confédération, elle n’a pas le mandat de
promouvoir la culture canadienne en subventionnant les tarifs postaux
pour les publications canadiennes. Cette responsabilité incombe au
ministère du Patrimoine canadien. Le Comité consultatif
estime que
l’aide financière que Postes Canada
fournit au PAP devrait prendre fin
en mars 2009, comme indiqué dans la directive du gouvernement à
l’intention de Postes Canada.
Dans son mémoire, Postes Canada a indiqué qu’il n’existe aucune exigence
officielle selon laquelle Postes Canada
doit fournir le tarif des livres
de bibliothèque (TLB), mais les pressions exercées par le public pour le
faire ont toujours été fortes. Il y a des appels en cours de la part des
bibliothèques afin de garder les tarifs bas et d’élargir la portée du
TLB afin d’inclure d’autres articles que les livres. Postes Canada
estime avoir perdu 6 millions de dollars en revenus pour le programme en
2007. Le Comité consultatif
n’a pas été en mesure de désigner d’évidence
un ministère pour soutenir ce programme.

Conclusion
En principe, Postes Canada ne devrait pas avoir à subventionner ou payer
d’une autre façon pour ces objectifs d’intérêt public qui ne font pas partie
de façon explicite de l’obligation d’assurer un service universel. Si un
ministère ou un organisme gouvernemental propose des activités d’intérêt
public comme celles ci-dessus, le gouvernement devrait soumettre le service
à un appel d’offres, et proposer des ententes contractuelles là où existent
de telles options.
Dans le Cadre de référence assigné au Comité consultatif, le ministre
présente un certain nombre de principes qui nous amènent à considérer
comme étant essentielle à l’examen stratégique la capacité physique de
Postes Canada
à tenir ses engagements :
- Postes Canada doit maintenir un service postal universel,
efficace et économiquement viable;
- Postes Canada continuera de fonctionner dans un environnement
commercial et devrait atteindre un taux de rendement des capitaux
propres raisonnable.
En outre, le Cadre de référence (IV. Portée, Partie A – Marché et
concurrence) amène le Comité consultatif
à se demander comment les
besoins et les changements au chapitre de la technologie, de la
concurrence et des caractéristiques socioéconomiques de la clientèle ont
façonné le marché des services postaux et les différents produits
connexes.
Lors de l’étude de la modernisation, on devrait reconnaître
officiellement que Postes Canada
est un secteur du groupe de sociétés de
Postes Canada, qui comprend également Purolator.
Pour que le secteur de Postes Canada puisse être efficace, il doit avoir
des outils et des processus adéquats pour lui permettre de mener à bien
ses fonctions obligatoires et ses responsabilités, y compris son
obligation d’assurer un service universel, avec un certain rendement du
point de vue de l’efficacité, des coûts, des calendriers et de la
qualité de service. En outre, Postes Canada
a besoin d’une bonne
capacité d’utiliser la technologie et les techniques de pointe
disponibles pour contrôler ses principaux générateurs de coûts et de
demeurer économiquement viable. De même, étant donné que le système
postal existe dans un environnement de communications fortement
compétitif, Postes Canada
devrait avoir une certaine capacité et un
service technologiques qui lui permettront de satisfaire aux normes
commerciales, des clients et de la concurrence ainsi qu’aux attentes
relatives aux produits et aux services de son marché.
Une grande partie de l’histoire de l’évolution de la poste moderne peut
être racontée par la description d’applications successives de la
technologie afin de s’adapter à l’urbanisation/banlieusardisation et la
croissance de la population. Ces changements ont été constants et
incessants, et ont rendu le système postal de plus en plus complexe,
coûteux et technologique. Dans la dernière partie de l’après-guerre, le
ministère des Postes du Canada s’est presque effondré sous le poids des
volumes croissants de courrier générés par la croissance économique et
de la population et par la complexité associée à l’augmentation du
nombre d’adresses et de points de livraison. Aucune quantité de
ressources humaines additionnelles n’aurait été suffisante pour lutter
contre ces pressions de façon rationnelle sur le plan économique.
L’application de nouvelles technologies au processus postal, le code
postal, l’équipement de tri des lettres, les lecteurs optiques et les
établissements modernes de tri, a permis à la poste moderne de faire
face à la complexité et aux volumes croissants. Effectivement, il est
juste de décrire le secteur de la poste comme une industrie de « réseau
» ou d’infrastructure, qui utilise en grande partie des établissements
et de l’équipement perfectionnés pour mener ses activités.
Le Canada était à l’avant-garde des services postaux dans les années
1970, lorsque le pays a établi un programme de modernisation de la
poste. Le programme, qui ne s’est pas réalisé sans écueils, a vu le
Canada investir des centaines de millions de dollars pour moderniser ses
établissements et son équipement de tri. Avec cette vague de
modernisation dans les années 1970, le Canada a placé la barre haute
pour les activités de poste moderne. Comme résultat de cette initiative
de modernisation, les coûts de main-d’œuvre comme proportion des
dépenses totales ont chuté de 75,4 % en 1981 à 68 % en 1991.[ 1 ]
Malheureusement, ce fut la dernière vague de modernisation
transformatrice de la poste au Canada. Plusieurs services postaux en
Europe et dans le monde, ainsi que des entreprises privées de courrier
par messager et de courrier express, ont adopté la dernière génération
de technologies de la poste, des lecteurs de code à barres à
l’équipement de tri sophistiqué qui peut trier les lettres aux routes
postales et de la technologie de pistage et de repérage qui permet aux
clients d’effectuer le suivi de leurs produits en temps réel. Les
avancées de ces concurrents ont laissé pour compte Postes Canada, qui
essaie désespérément de maintenir et de retaper une infrastructure
technologique vieillissante tout en accusant un retard du point de vue
concurrentiel, commercial et des services.
Le réseau de Postes Canada
est large et élaboré, comprenant entre
autres les éléments suivants :
-
21 établissements de traitement du courrier;
-
500 postes de facteurs dans plus de 300 installations;
-
1 850 itinéraires de transporteur de courrier;
-
16 700 itinéraires de facteur;
-
33 000 boîtes aux lettres publiques;
-
60 000 armoires de relais;
-
environ 120 000 boîtes postales communautaires (représentant environ
trois millions de points de remise);
-
6 600 routes des postiers en régions rurales et dans les banlieues;
-
72 500 employés de Postes Canada (temps plein/temps partiel et
filiales).
Postes Canada a analysé ses besoins et ses aspirations de
modernisation et de viabilité financière avec le Comité consultatif
au
cours de l’examen stratégique. Le Comité consultatif
trouve convaincante
l’analyse de Postes Canada
en ce qui concerne ses questions de désuétude
et la modernisation.
La majeure partie des investissements dans l’infrastructure de Postes
Canada a été centrée sur le maintien de ses activités : du remplacement
et de l’amélioration du petit équipement des installations et des
systèmes d’exploitation, des systèmes d’information/infrastructure de la
technologie de l’information, à la reconstitution et au maintien
continus de matériel de manutention, de mobilier urbain et de véhicules.
Postes Canada signale que la grande partie de son infrastructure a
dépassé sa durée de vie utile et que la plupart de ses bâtiments ont
plus de 40 ans et ont un besoin urgent de modernisation. Des experts
indépendants ont vérifié cela, et le Comité consultatif
le confirme,
ayant visité un certain nombre d’établissements à Montréal, à Ottawa, à
Toronto et à Vancouver. Le Comité consultatif
a également examiné des
établissements postaux modernes aux États-Unis et de concurrents de
Postes Canada
du secteur privé. De l’avis du Comité consultatif,
il
semble évident que Postes Canada
a sous-investi dans son infrastructure
de façon importante, tant en ce qui concerne la résolution des questions
de désuétude qu’en ce qui concerne le maintien de ses établissements et
de son équipement à jour. On peut soutenir que le sous-investissement
dans l’infrastructure s’est propagé parmi les entreprises d’État, où les
ressources limitées et l’obligation de fournir des services au plus bas
prix possible ont coupé des investissements prévus pour les résultats
futurs. Peu importe ses causes, le sous-investissement a rendu Postes
Canada incapable de profiter des avantages potentiels des technologies
actuelles afin de moderniser ses activités à l’avantage de ses employés
et de ses clients. Le Comité consultatif
partage l’opinion de Postes
Canada selon laquelle elle fait face à d’importants défis de désuétude
qui doivent être relevés dans des délais raisonnables afin de mettre son
infrastructure à un niveau acceptable et de continuer à remplir son
mandat.
Il ne fait aucun doute que Postes Canada accuse un retard par rapport
aux autres services postaux pour ce qui est des technologies. Cela
tranche singulièrement par rapport aux périodes antérieures, lorsque le
Canada était un chef de file mondial dans l’adoption et l’utilisation
efficace des technologies innovatrices. Plusieurs sinon tous les
principaux services postaux examinés par le Comité consultatif
ont
modernisé leurs opérations, ou sont en voie de le faire, afin de
profiter des avantages qu’offre la technologie de pointe aux services
postaux et à leurs clients. Selon ses examens des services postaux à
l’étranger, ainsi que ses discussions avec ceux-ci, le
Comité consultatif
est d’avis que Postes Canada
accuse un important retard par
rapport à ses concurrents nationaux dans l’adoption et le déploiement de
technologies de pointe pour la manutention des lettres et des colis et
la gestion de l’information. Conséquemment, Postes Canada
n’est pas en
mesure de profiter des avantages et des possibilités que
l’infrastructure moderne et à jour faciliterait, notamment :
- productivité et contrôle des coûts accrus;
- meilleure santé et sécurité des travailleurs;
- service à la clientèle amélioré;
- meilleure capacité à répondre aux besoins en évolution des
clients;
- meilleure capacité à être autonome à l’avenir.
Il faudra un investissement important pour moderniser et
normaliser les établissements, l’équipement et les processus de
Postes Canada, pour introduire la technologie de pointe dans les
secteurs de gestion des bases de données, du suivi et du repérage
des lettres et des colis et pour améliorer et réaliser son potentiel
dans le secteur du commerce électronique. L’estimation actuelle se
chiffre autour de 3 milliards de dollars sur les sept prochaines
années, en plus des 200 millions de dollars en moyenne par année qui
sont dépensés actuellement pour l’entretien continu et les
programmes d’infrastructure habituels. Postes Canada
a commencé à
mettre en œuvre ses plans de modernisation avec le remplacement de
son installation de Winnipeg, dont les coûts sont estimés à plus de
65 millions de dollars. Postes Canada
a également élaboré des plans
pour le reste de son réseau.
Le Comité consultatif
est d’avis que les concepts influençant les plans
de modernisation de Postes Canada
sont satisfaisants et que la Société
doit procéder dans les plus brefs délais si elle doit assurer sa
prospérité à long terme. Le Comité consultatif
partage l’opinion de
Postes Canada
sur la nécessité de régler rapidement les questions de
désuétude et introduire les nouvelles technologies. Cela permettra à la
Société de répondre aux attentes de ses clients et de son actionnaire
qui veulent qu’elle soit concurrentielle et autonome financièrement.
Pour que les avantages du programme de modernisation se
concrétisent, un engagement fondé sur des principes et impliquant un
processus de modernisation de plusieurs milliards de dollars met en
relief un certain nombre de questions complémentaires, notamment :
- les attentes associées à l’obligation d’assurer un service
universel ainsi que sa nature;
- le financement et l’autonomie financière;
- les questions de gouvernance dans la relation entre
l’actionnaire et Postes Canada
;
- la relation de Postes Canada avec sa main-d’œuvre.
Le but ultime du programme de modernisation est de maintenir et de
renforcer la capacité de Postes Canada
à honorer son obligation
d’assurer un service universel de façon satisfaisante et efficace. Comme
il est mentionné dans la section précédente, l’obligation d’assurer un
service universel exige ces investissements dans l’infrastructure afin
de régler la désuétude et de se moderniser, puisqu’il est tout
simplement inconcevable que Postes Canada
puisse continuer à respecter
l’obligation d’assurer un service universel sans des établissements, de
l’équipement et de l’infrastructure électronique modernes, à jour et
efficaces. Sans cela, les niveaux de service se détérioreront, les
volumes seront perdus, les prix monteront et Postes Canada
perdra du
terrain par rapport à ses concurrents. Dans ce contexte, il est
impératif que l’obligation d’assurer un service universel soit
éclaircie, bien définie et bien comprise par toutes les parties : Postes
Canada, son conseil d’administration, le gouvernement (actionnaire) et
les Canadiens. En outre, d’après le Comité consultatif,
la clarification
de l’obligation d’assurer un service universel doit comprendre les
niveaux de service et les attentes des régions rurales.
Les questions financières seront examinées attentivement dans la
prochaine section. Pour l’instant, le Comité consultatif
souligne qu’un
engagement de principe impliquant une transformation de la poste de
plusieurs milliards de dollars entraîne plusieurs exigences et
implications financières, à savoir si le plan de transformation doit
réussir et cela, sans nuire à la viabilité financière de Postes Canada.
Comme nous le verrons ci-après, ces exigences et ces implications
comprennent un accès accru aux fonds, une politique de tarification
révisée, une politique révisée sur le versement des dividendes et les
attentes par rapport aux profits. Le Comité croit également qu’il est
impératif que les questions de désuétude et de modernisation soient
réglées séparément et à part des questions liées aux exigences relatives
au fonds de pension.
Ces investissements de capitaux donneront lieu à d’énormes pressions et
attentes par rapport à la relation entre l’actionnaire et la Société.
Cette question sera examinée en profondeur ci-après dans la section du
rapport sur la gouvernance. Pour l’instant, le Comité consultatif
souligne que pour réussir le plan de modernisation, le gouvernement et
le conseil d’administration de Postes Canada
doivent bien s’entendre
respectivement sur leurs rôles, leurs responsabilités et leurs
obligations de rendre compte au sujet du développement, de
l’approbation, du financement, de l’exécution et des besoins en
communications relatifs au plan. Un des thèmes clés de ce rapport est
l’évolution et le point de vue de Postes Canada
concernant ce qui
pourrait être appelé un « continuum de l’autonomie de la Société », et
un plan de transformation de plusieurs milliards de dollars nécessite de
la clarté concernant cette question.
Un autre facteur très important qui découle de la modernisation et de la
transformation de la poste est la réponse de la main-d’œuvre de Postes
Canada à l’introduction de nouvelles technologies. Cela ne comprend pas
uniquement la réaction des syndicats de la poste, mais aussi les
conséquences des nouvelles technologies pour les travailleurs. Au-delà
de l’éventuelle introduction de nouveaux produits et services, les
raisons fondamentales de l’introduction de nouvelles technologies sont
de mener les activités de façon plus efficace (c.-à-d. améliorer la
productivité) et de gérer de grands volumes à des coûts raisonnables,
tout en rendant le milieu de travail plus sain, sécuritaire et même plus
écologique.
Si l’histoire de la poste moderne peut être racontée par le biais d’une
description d’applications successives de technologies, un grand
chapitre de cette histoire a été la forte réaction des syndicats à ces
changements technologiques. Ces réactions se centraient principalement
sur la réduction et/ou la restructuration des emplois. En effet, la
récente modernisation de plusieurs services postaux à l’étranger
renforce ces résultats. Le plan de modernisation de Postes Canada
propose de minimiser les conséquences sur la main-d’œuvre actuelle en
prévoyant le non-remplacement des employés qui prennent leur retraite ou
qui donnent leur démission. Le Comité consultatif
suggère que Postes
Canada devrait être mandatée d’examiner en profondeur ses plans de
modernisation, pour améliorer la productivité et adapter les effectifs
dans la mesure où c’est faisable face aux initiatives de modernisation.
Cela serait fait pour améliorer les niveaux de service et l’efficacité
générale des opérations.
Ensemble, la concurrence accrue provenant des communications
électroniques et des nouveaux concurrents réduisent la croissance du
secteur de la poste, de sorte que Postes Canada
doit limiter ses coûts
et accroître sa productivité et sa compétitivité si elle veut survivre.
Le gouvernement doit reconnaître que la survie et la prospérité de
Postes Canada
seront en grande partie déterminées par la capacité de la
Société à réaliser des améliorations sur le plan de la productivité,
apporter des changements dans les tarifs postaux et/ou (potentiellement)
modifier l’obligation d’assurer un service universel et les niveaux de
qualité. Une approche fondée sur des principes à un plan de
modernisation de plusieurs milliards de dollars nécessite un important
engagement à l’amélioration de la productivité par le biais de la
modernisation de l’infrastructure. Cela aura inévitablement des
répercussions sur la nature des emplois à Postes Canada
et cela doit
être communiqué clairement à toutes les parties dans le cadre du
processus normal d’approbation qui accompagnera les programmes de
modernisation.
Selon le Comité consultatif, si l’on veut réaliser les avantages de la
modernisation et de la viabilité à long terme de Postes Canada
et gérer
l’incidence sur les employés de manière juste et équitable, la seule
approche pratique est que toutes les parties règlent ces questions de
manière proactive.
Le Comité consultatif
a entendu la demande de Postes Canada, qui
souhaite que les services d’une tierce partie soient retenus pour
évaluer si des éléments de ses conventions collectives actuelles
limitent le plan de modernisation et, par le fait même, la future
autonomie de Postes Canada.
Le Comité consultatif
a également entendu la
demande du STTP, voulant que le Comité ne se prononce pas sur les
conséquences des conventions collectives actuelles à moins d’en être
parfaitement informé. Dans ce contexte, et en considérant une approche
proactive aux conséquences de la modernisation sur l’effectif ainsi que
sur l’autonomie future de Postes Canada, le Comité consultatif
recommandera que le gouvernement donne suite à la suggestion de Postes
Canada d’examiner les conséquences des conventions collectives actuelles
dans la perspective de leur incidence, positive et négative, sur la
viabilité à long terme de Postes Canada.
Parallèlement, Postes Canada
devrait être chargée d’évaluer ses plans de modernisation quant à la
façon dont ces plans seront touchés, le cas échéant, par une obligation
clarifiée d’assurer un service universel.
Dans le même esprit, le Comité soutient l’idée d’un régime
d’actionnariat des employés comme moyen d’accroître la participation et
l’appui des employés au processus de modernisation.

Dans le Cadre de référence qui se rapporte au Comité consultatif,
le
ministre présente des principes directeurs qui nous dictent de
considérer l’autonomie financière de Postes Canada
comme une
préoccupation centrale pour l’examen stratégique :
- Postes Canada doit maintenir un service postal universel,
efficace et économiquement viable;
- Postes Canada continuera de fonctionner dans un environnement
commercial et devrait atteindre un taux de rendement des capitaux
propres raisonnable.
De plus, à la section D du Cadre de référence, on demande au
Comité consultatif
d’examiner les objectifs financiers et les objectifs de
rendement de Postes Canada
et de déterminer si le Cadre stratégique et
financier pluriannuel de 1998 est toujours approprié compte tenu du
marché en évolution et des conditions commerciales, technologiques et
internationales, ainsi que de l’obligation d’assurer un service
universel et des questions de modernisation qui ont été discutées plus
tôt dans le présent rapport.
Les gouvernements canadiens se sont toujours attendus à ce que Postes
Canada remplisse son mandat sur le plan de l’exploitation et de
l’obligation d’assurer un service universel sans subvention publique.
C’est-à-dire que l’on a demandé à Postes Canada
d’être autonome
financièrement et de verser des dividendes annuels, tout en respectant
son obligation d’assurer un service universel. Le mandat de Postes
Canada en ce qui a trait à l’exploitation et aux aspects financiers est
intégré dans la Loi sur la Société canadienne des postes, en vigueur
depuis 1981 et qui établit à titre d’objectif pour Postes Canada
ce qui
suit : « la nécessité de mener à bien ses activités de manière autonome
sur le plan financier tout en fournissant un service normalisé qui
répond aux besoins de la population canadienne et qui est semblable
entre les collectivités de la même taille ».
Postes Canada ne reçoit pas de crédits du gouvernement pour appuyer
son obligation d’assurer un service universel. Elle doit compter sur les
revenus nets découlant de ses activités, complétés par les fonds qu’elle
peut emprunter à des conditions acceptables, pour appuyer ses activités
continues et financer les investissements nécessaires. Si Postes Canada
n’est pas en mesure de produire les fonds nécessaires et d’y avoir accès
à long terme, sa capacité de remplir constamment son obligation
d’assurer un service universel sera de plus en plus menacée. L’évolution
du marché et de la société accentue ce défi, menaçant la compétitivité
de Postes Canada
dans des secteurs importants traditionnellement
rentables et créant potentiellement une demande pour des services dans
des nouveaux créneaux. Postes Canada
doit disposer des ressources
financières et de la souplesse nécessaires pour satisfaire aux
préférences des consommateurs en constante évolution, s’adapter aux
changements technologiques et maintenir sa compétitivité.
De ce fait, il est évident que Postes Canada
doit atteindre un certain
niveau d’autonomie financière si elle veut réussir à remplir ses
obligations à long terme. Cela représente une question embêtante pour le
Comité consultatif
et pour les décideurs : Que signifie l’autonomie
financière pour une société d’État, surtout pour une société qui doit
respecter de nombreuses obligations sociales et combler de nombreuses
attentes connexes?
À la suite de l’examen du mandat de Postes Canada
réalisé en 1995
(examen Radwanski), le gouvernement fédéral a conclu une entente quasi
contractuelle avec Postes Canada
en 1998 – le Cadre stratégique et
financier pluriannuel. Un élément clé de l’entente était l’établissement
d’objectifs de rendement financier précis qui fixent des indices de
référence pour ce qui était alors considéré comme représentant
l’autonomie financière pour la société. Certains mémoires reçus par le
Comité consultatif
ont soulevé des préoccupations en ce qui a trait à la
définition de l’autonomie financière dans ces termes, puisque cela
semble ne pas tenir compte de la nature particulière d’une société
d’État [ 2 ]. Certains avancent qu’une société d’État comme Postes Canada
ne
doit pas accorder la même priorité à l’atteinte des objectifs
commerciaux, car elle est également tenue de remplir un mandat politique
et social important qu’une entreprise du secteur privé ne remplirait
normalement pas.
Le Comité consultatif
croit qu’il existe de nombreuses raisons qui
justifient l’établissement d’indices de référence relativement au
rendement financier des sociétés d’État, notamment :
- Ils fournissent une mesure pour l’imputabilité et le rendement;
- Les entreprises comme Postes Canada
doivent être en mesure de
produire suffisamment de ressources pour couvrir leurs coûts
d’exploitation courants;
- De plus, elles doivent atteindre, en moyenne, des marges de
profit adéquates pour servir de réserve à la Société lors des
ralentissements financiers et économiques périodiques qui pourraient
compromettre sa capacité à financer les activités essentielles;
- Le maintien des marges de profit adéquates est également
nécessaire pour couvrir le coût des achats et des investissements
requis, y compris le renouvellement de l’infrastructure et les mises
à niveau connexes;
- Des marges de profit adéquates sont nécessaires pour répondre
aux demandes du gouvernement afin d’appuyer, grâce aux versements de
dividendes et d’impôts, les priorités générales en matière de
dépenses publiques.
(i) La situation financière actuelle
D’après son rapport annuel de 2007, Postes Canada
a réalisé des profits au cours des 13 dernières années.
Récemment, son rendement s’est toutefois avéré inférieur aux objectifs financiers consolidés qui ont été fixés dans le
Cadre financier de 1998. Vous trouverez à l’appendice G d’autres détails sur les données financières antérieures.
Postes Canada faisait initialement des progrès quant à l’atteinte des objectifs prescrits dans le Cadre de 1998. Vers 2004, la Société avait atteint ou dépassé les objectifs financiers établis dans le Cadre, à l’exception du coefficient d’endettement, et avait commencé à verser l’équivalent de 40 % de ses revenus nets au gouvernement sous la forme de dividendes (tableau 6).
Tableau 6 : Rendement en ce qui concerne l’atteinte des objectifs du Cadre financier

Source : Rapports annuels de Postes Canada
À noter :Les éléments en
caractères gras représentent les cas où les objectifs du Cadre ont été
atteints ou dépassés. Les bénéfices consolidés renvoient au Groupe
Postes Canada.
Plus récemment, la capacité de Postes Canada
à atteindre ses
objectifs financiers s’est amenuisée. Le rendement des capitaux
propres a atteint son apogée (15 %) en 2005 pour chuter à un faible
3,8 % en 2007, niveau qui se situe largement en deçà de l’objectif
du Cadre, établi à 11 %. Dans la même veine, le rapport coûts
d’exploitation/revenus a augmenté de 96,2 % en 2005 à 98,3 % en
2007. Il est donc maintenant supérieur à l’objectif de 97 % établi
dans le Cadre. L’incapacité récente de Postes Canada
à atteindre les
objectifs fixés dans le Cadre financier reflète les défis
grandissants qu’elle doit relever au chapitre des coûts
d’exploitation et des revenus :
- Les coûts d’exploitation consolidés de Postes Canada ont
augmenté d’un taux annuel moyen de 3,2 % de 2006 à 2007;
- Alors que les revenus consolidés découlant des activités ont
augmenté en moyenne de 2,5 % au cours de la même période.
La différence entre les taux de croissance est encore plus grande
lorsqu’on se penche sur le secteur Postes Canada :
- Les revenus découlant des activités ont augmenté d’un taux
annuel moyen de seulement 1,7 % de 2006 à 2007;
- À l’opposé, les coûts d’exploitation ont augmenté d’un taux
annuel moyen de 2,9 %.
(ii) Défis liés aux revenus
Pour ce qui est des revenus, on peut cerner quatre questions précises qui ont miné la capacité de
Postes Canada
à
rationaliser les revenus de manière à contribuer à l’autonomie financière :
- Le plafonnement du tarif intégré au Cadre de 1998;
- L’affaiblissement du marché poste-lettres confronté aux défis
liés au marché et à la concurrence;
- Les faibles revenus associés aux augmentations de volume
compensatoires pour ce qui est des produits concurrents;
- Le fléchissement de la valeur du privilège exclusif qui couvre
l’obligation d’assurer un service universel et qui contribue aux OIP.
Le Cadre de 1998 a imposé un plafonnement du tarif de base des lettres,
prévoyant que le prix des timbres pour les lettres du régime intérieur d’au
plus 30 grammes connaîtrait une augmentation maximale représentant deux
tiers du taux d’augmentation de l’indice des prix à la consommation (IPC).
Postes Canada
et le STTP ont dit au Comité consultatif
que la formule
utilisée pour le plafonnement ne reflète pas adéquatement les tendances des
coûts réels auxquels Postes Canada
est confrontée. Si le prix des timbres
avait augmenté à un taux équivalent à celui de l’IPC, et si cela n’avait eu
aucun impact sur la demande du consommateur pour ce qui est des services
poste-lettres, le prix actuel d’un timbre serait de 62 cents et non de 52
cents, et Postes Canada
aurait réalisé des centaines de millions de dollars
de revenus supplémentaires au cours de la dernière décennie.
Les changements structurels et concurrentiels au sein du marché ont miné
la demande en matière de produits postaux. En 2003, le volume de
courrier transactionnel (ou d’envois poste-lettres) livré par Postes
Canada représentait près de 50 % des volumes totaux dans les secteurs
d’activités combinés exécutés au cours de cette année (tableau 7). Le
taux annuel moyen de croissance de ce secteur a chuté de 0,3 % de 2004 à
2007 et le nombre d’envois de courrier transactionnel a chuté de 1,6 %
en 2007. Au bout du compte la part du courrier transactionnel par
rapport aux volumes totaux se situe sous la barre des 46%.
Tableau 7: Volume par secteur d’activités

Éléments calculés en fonction de données tirées du rapport annuel de 2007
Nonobstant la tendance des envois poste-lettres, le volume matériel
des articles transférés par la Société sur les marchés concurrentiels a
augmenté. En termes de volume, la croissance des produits livrés a
atteint un pic en 2006, avec un taux de croissance de 3,7 %, et a connu
un ralentissement en 2007, lorsque le taux de croissance d’un exercice à
l’autre est descendu à 1,5 %. Le ralentissement du volume de courrier
transactionnel a été contrebalancé, dans une certaine mesure, par l’élan
de la croissance dans d’autres secteurs, comme le publipostage. Le
nombre d’articles livrés grâce au marketing direct a augmenté de 47 %
par rapport aux totaux combinés des livraisons en 2003 et jusqu’à près
de 52 % en 2007. Toutefois, ces volumes compensatoires ne se sont pas
traduits par des revenus compensatoires adéquats ou équivalents. Comme
Postes Canada
le souligne, il faut près de deux articles de médiaposte
avec adresse de 35 cents ou sept articles de médiaposte sans adresse de
huit cents, pour remplacer un envoi poste-lettres de 52 cents. Les
virages structurels en ce qui a trait à la composition des articles
livrés par Postes Canada
ont érodé les revenus de base de la Société.
L’obligation d’assurer un service universel et les obligations d’intérêt
public entraînent des coûts importants pour Postes Canada.
Traditionnellement, Postes Canada se fiait à ses marchés monopolistiques
pour produire les revenus nécessaires pour remplir son obligation
d’assurer un service universel et ses obligations d’intérêt public.
Toutefois, l’évolution des préférences du marché mine la demande dans
les secteurs traditionnels, ce qui affaiblit le soutien qu’apporte ce
secteur. Postes Canada
a souligné au Comité consultatif
qu’un écart
financier de 0,5 milliard de dollars existe maintenant entre les revenus
générés par les secteurs traditionnellement monopolistiques et les coûts
combinés relatifs à l’obligation d’assurer un service universel et aux
politiques d’intérêt public.
(iii) Augmentation des coûts
Postes Canada est également confrontée au défi de résister une
pression à la hausse des coûts. Les dépenses consolidées en matière
d’exploitation de Postes Canada
ont augmenté à un taux annuel moyen de
4,1 % de 2003 à 2007. Le taux de croissance des dépenses consolidées en
matière d’exploitation a pris de la vitesse au cours de cette période,
allant de 2,7 % en 2003 à 6,5 % en 2006. Postes Canada
a réussi tant
bien que mal à restreindre cette lancée en 2007, en contrôlant
étroitement les coûts administratifs et discrétionnaires, en réduisant
les dépenses liées au régime de retraite et en limitant les coûts de
livraison du courrier en milieu rural. De ce fait, les coûts
d’exploitation en 2007 (estimés à 7 346 M$) étaient de 125 M$ de moins
que prévu. La plupart des dépenses consolidées de Postes Canada
sont des
coûts fixes, déterminés par le service universel et la mise en œuvre
d’objectifs d’intérêt public, l’augmentation rapide des coûts de
main-d’œuvre et une infrastructure vieillissante. Sans des changements
structurels, il existe peu d’occasions de contrôler les coûts à long
terme par le biais de mesures discrétionnaires.
Figure 2: Coûts consolidés en matière d’exploitation

Sources: Rapports annuels de Postes Canada
À cet égard, il y a trois questions qui suscitent un intérêt
particulier :
- Les contraintes liées à la gestion des coûts associés à
l’obligation d’assurer un service universel;
- Les coûts élevés de la main-d’œuvre;
- Les coûts relatifs au régime de retraite.
Au cours de l’examen stratégique, Postes Canada a souligné que le
moratoire sur la fermeture des bureaux de poste ruraux a eu pour
effet que les services ruraux sont demeurés inchangés. Cela exerce
une pression financière sur Postes Canada.
Bien que 60 % de son
réseau postal soit situé dans des zones non urbaines désignées, 80 %
des Canadiens vivent dans des zones urbaines. Une grande partie des
coûts engagés par ces bureaux de poste ruraux sont fixes, et ne sont
certainement pas inférieurs à ceux des bureaux de poste établis dans
des zones urbaines. Toutefois, une demande rurale limitée signifie
que les revenus produits par le réseau rural actuel sont souvent
insuffisants pour couvrir les coûts. Cela illustre bien que le choix
des instruments nécessaires à la réalisation de l’obligation
d’assurer un service universel entraîne des conséquences financières
pour Postes Canada.
Souvent, la société n’est pas en mesure de
modifier ces instruments afin de limiter les coûts.
L’exploitation de Postes Canada est relativement exigeante en
main-d’œuvre. De ce fait, les coûts de main-d’œuvre changeants ont
un impact important sur les tendances pour ce qui est des coûts
d’exploitation généraux. La hausse des salaires et des avantages
sociaux, combinée aux dispositions contractuelles qui semblent
limiter la souplesse de la main-d’œuvre, ont eu pour résultat que
les taux de croissante des coûts de main-d’œuvre dépassent les coûts
d’exploitation totaux. Cela représente un grand défi pour Postes
Canada sur le plan de l’autonomie financière.
Le régime de retraite de Postes Canada est régi par la Loi sur les
normes de prestations de pension (loi fédérale). Le régime fait
l’objet de différentes évaluations actuarielles, y compris le besoin
de déterminer les dépenses et les fonds requis, autant sur une base
permanente que sur une base de solvabilité. Le régime est plus que
pleinement financé sur une base continue. Toutefois, les variations
liées aux obligations auxquelles elle est confrontée pour veiller à
ce que le fonds de retraite soit continuellement financé selon une
approche de solvabilité peuvent se révéler radicales. Une évaluation
axée sur l’approche de solvabilité sert à déterminer si Postes
Canada dispose des ressources suffisantes dans le fonds de retraite
pour produire suffisamment de revenus pour couvrir les
responsabilités inhérentes au régime si la Société devait être
liquidée. Les estimations du niveau de financement nécessaire
réalisées à l’aide d’une approche de solvabilité peuvent fluctuer de
manière importante avec les changements aux taux d’escompte et aux
évaluations boursières. Postes Canada
soutient qu’il n’est pas
nécessaire d’insister pour que le régime de retraite soit financé en
utilisant une évaluation de solvabilité, car la Société ne peut être
liquidée sans une loi du Parlement et la possibilité que cela se
produise est quasiment inexistante.
(iv) Le défi de la modernisation
Les installations et l’équipement de Postes Canada sont des
préoccupations urgentes, surtout dans le contexte des discussions sur la
viabilité financière. Une très grande partie de l’infrastructure
physique de Postes Canada
est vieille et inefficace. La plupart de ses
21 installations de traitement ont plus de 40 ans. De plus, son
équipement de tri ne peut être exploité aussi efficacement qu’il le
devrait ou assurer des services de suivi des colis en temps opportun et
les outils d’expédition en ligne sont de plus en plus demandés par les
consommateurs. L’incapacité de mettre à niveau les édifices et
l’équipement vieillissants et inefficaces risque de compromettre la
santé et la sécurité des employés, d’entraîner une augmentation accrue
des coûts d’exploitation au fil du temps et de porter atteinte à
l’environnement.
Pour assurer la viabilité financière de Postes Canada
au cours des
prochaines années, il faudra des investissements importants pour
moderniser les activités de la Société. Postes Canada
a lancé un plan de
renouvellement de son infrastructure physique avec un programme de mise
à niveau et de remplacement des édifices qui, combiné à des
investissements dans un nouvel équipement de tri, permettra de réduire
considérablement le recours au tri manuel du courrier.
Le remplacement d’équipement désuet permettra de réaliser des économies
importantes en coûts annuels. Sous réserve de son succès, le programme
de modernisation postale permettra également d’accroître la
compétitivité de la Société et de veiller à ce que l’obligation
d’assurer un service universel demeure adéquatement financée. Les
estimations de Postes Canada
suggèrent que le plan de modernisation
pourrait permettre de réaliser des économies annuelles avant 2015, et à
la société de rentrer dans ses frais sur une période de huit ans.
Afin de mener à bien ce plan de modernisation, Postes Canada
aura besoin
d’un accès accru et important à des ressources financières. Le coût du
plan de modernisation postale prévu est estimé à 3 milliards de dollars,
en plus des coûts d’investissement continus nécessaires pour maintenir
des activités régulières. Les faibles marges de profit et les niveaux
d’emprunt actuels de Postes Canada
remettront en question sa capacité à
obtenir le financement nécessaire pour investir dans ses
immobilisations. L’écart de financement est évalué à 1,7 milliard de
dollars à moins que Postes Canada
n’emprunte ces fonds. Afin de combler
cet écart financier, une souplesse supplémentaire quant aux niveaux
d’endettement sera requise. Des ajustements internes et des changements
organisationnels seront nécessaires pour rehausser les marges de profit
de Postes Canada
à court terme pour aider à combler l’écart et à
maximiser la capacité de la Société à obtenir des emprunts à des
conditions favorables.
(v) Objectifs financiers et Cadre financier de 1998
Après la réalisation de l’examen Radwanski, les sociétés Toronto
Dominion Securities Inc. et Dresdner, Kleinwort, Benson (désigné sous le
nom de TDSI) ont été engagées par le gouvernement pour évaluer la
situation financière de Postes Canada.
En 1997, TDSI a proposé de
nombreux objectifs financiers à Postes Canada
qui, s’ils sont atteints,
permettraient à cette dernière d’être autonome financièrement, en
présumant un taux d’augmentation des prix des timbres pour les envois
poste-lettres équivalant au deux tiers du taux de changement de l’IPC.
Dans son rapport, TDSI a défini l’autonomie financière comme la
condition à laquelle la situation financière de Postes Canada
correspondrait à celle d’une entreprise du secteur privé exploité au
sein d’un marché semblable. En termes pratiques, cela signifie que
Postes Canada
devrait être en mesure d’emprunter sur les marchés publics
selon des conditions compatibles avec une cote de solvabilité BBB sans
une garantie gouvernementale. De plus, TDSI a tenté de déterminer les
niveaux de rendement des capitaux propres et de dividendes que Postes
Canada devrait maintenir afin d’attirer des investisseurs tout en
remplissant son mandat d’intérêt public.
Les objectifs proposés par TDSI ont fourni un point de départ pour
l’élaboration de l’entente relative au Cadre financier de 1998 entre le
gouvernement du Canada
et Postes Canada.
La version finale du Cadre a
été influencée par l’étude de TDSI, mais les objectifs finaux diffèrent
quelque peu de ceux recommandés par TDSI. Le Comité consultatif
est
d’avis que cela reflète le point de vue du gouvernement à savoir que le
statut de société d’État de Postes Canada
rend difficile l’établissement
d’un cadre conforme aux recommandations de TDSI. De plus, des
changements importants entraînant une certaine incertitude quant à
l’environnement économique des services postaux ont amené le
gouvernement à refondre les objectifs de 1997 proposés par TDSI.
Comme mentionné précédemment, des facteurs internes et externes ont
rendu les objectifs financiers décrits dans le Cadre financier de 1998
difficiles à atteindre au cours des dernières années.
De façon générale, le Comité consultatif
croit que les circonstances qui
ont motivé le gouvernement en 1998 ont considérablement changé et qu’il
serait approprié de revoir et d’actualiser le Cadre stratégique et
financier pluriannuel de 1998. Cela ne représenterait pas une démarche
inhabituelle. Des administrations postales homologues exploitées selon
un cadre financier semblable ont un processus de renouvellement
périodique en place pour les objectifs financiers. Plus précisément, un
tel changement est justifié en raison de ce qui suit :
- Le contexte commercial a grandement changé au cours de la
dernière décennie et la récente crise financière a aggravé cette
question;
- Postes Canada doit fonctionner au sein d’un marché de plus en
plus concurrentiel et dans des conditions d’exploitation et de
marché changeantes – découlant de la perte du marché principal en
raison de la substitution électronique et de la présence accrue de
concurrents internationaux dans cette ère de mondialisation;
- Postes Canada a besoin d’un investissement en capital important
pour remédier à la désuétude et pour se moderniser – pour remplacer
l’équipement désuet, supprimer les inefficacités liées aux
installations vieillissantes, maintenir les normes de service et
retenir les offres concurrentielles;
- Postes Canada est confrontée à des tensions croissantes liées
aux coûts dans le cadre d’un régime d’établissement des prix
restrictifs;
- Les bouleversements actuels du marché financier auront
vraisemblablement pour résultat un financement accru en ce qui a
trait au régime de retraite et une perte de la période d’exonération
de cotisations;
- Le régime actuel d’établissement des prix limite la production
de revenus pour recouvrir les coûts et financer les investissements
en capital, de ce fait, le financement d’un organisme indépendant
est nécessaire puisque les dépenses en capital prévues dépassent le
flux de trésorerie disponible de Postes Canada.

De plus, les objectifs financiers du Cadre de 1998 ont, dans la
plupart des cas, perdu leur valeur ou leur fondement initial ou ne sont
plus appropriés :
Bénéfice avant intérêts et impôts (BAII)
- Un objectif comme celui-ci doit être examiné périodiquement pour
les changements liés aux activités commerciales, aux marchés
financiers et au marché postal;
- Un objectif fixe ne permet aucune souplesse en ce qui a trait à
l’inflation, à la croissance, à l’exploitation ou à l’établissement
des prix;
- Des changements importants se sont produits au cours des 10
dernières années.
Rendement des capitaux propres (RCP)
- Cet objectif doit être établi dans le contexte de la structure
du capital et des risques commerciaux;
- Le RCP doit être examiné périodiquement pour les changements
liés aux activités diversifiées de Postes Canada, à la souplesse en
ce qui concerne l’exploitation et l’établissement des prix, aux
marchés financiers et au marché postal;
- Des changements importants se sont produits au cours des 10
dernières années.
Coefficient pour le versement des dividendes
- À l’heure actuelle, ce coefficient est rigide et se rattache
exclusivement au RCP, plutôt qu’au stade d’exploitation de Postes Canada
dans le cycle économique;
- Le versement de dividendes moins élevés pourrait être approprié au cours
des périodes de croissance ou d’investissement en capital important;
- Le coefficient pour le versement des dividendes ne tient pas compte des
services offerts au gouvernement à des taux hors marché.
Coefficient d’endettement
- Le coefficient devrait nécessiter l’inclusion des contrats de
location-exploitation capitalisés à titre de dette;
- Un objectif fixe n’offre pas la souplesse nécessaire au cours
d’un cycle d’investissement.
Ratio de productivité
- Ce n’est pas une mesure financière généralement reconnue;
- Cet objectif ne prévoit pas les coûts ponctuels (restructuration
ou intégration),
les investissements spécifiques (modernisation) ou les reports de
coûts;
- Il favorise des solutions à court terme plutôt que les décisions
stratégiques à long terme pour atteindre l’objectif;
- L’objectif ne tient pas compte de la capacité de modifier ou
d’améliorer la structure de coûts;
- Des changements importants se sont produits au cours des 10
dernières années.
Augmentations des prix des timbres
- Une structure de coûts rigide limite sérieusement la capacité de
Postes Canada
à réaliser des gains d’efficience;
- La formule de l’IPC ne reflète pas les coûts importants de la
SCP liés à la main-d’œuvre ni ceux liés au carburant et au
transport;
- L’approche actuelle ne reflète pas les besoins en matière de
renouvellement du capital ou les besoins de la Société.
(vi) Créer un cadre financier révisé
À la partie III du rapport, le
Comité consultatif
présentera les ingrédients de base d’un cadre financier
révisé pour Postes Canada, à des fins d’illustration. Ces éléments se
trouvent à l’annexe II. Conjointement avec le nouveau Protocole de
service, cela créera un cadre contractuel entre le gouvernement du
Canada et Postes Canada.
Le reste de cette section présentera les
considérations du Comité en ce qui a trait à la création d’un cadre
financier révisé et des composantes ou objectifs de base connexes.
Contexte
En prenant en considération un cadre financier révisé, le
Comité consultatif
a étudié et examiné de nombreuses administrations postales
homologues florissantes comme celles de l’Autriche, de l’Australie, de
la Nouvelle-Zélande et de la Suède. Une analyse de ces régimes postaux a
confirmé l’importance du cadre financier qui guide des sociétés postales
pour assurer l’autonomie financière et fournir un cadre de travail
efficace qui comprend des dispositions pour le renouvellement, la mise
en œuvre et l’évaluation. Ces régimes partagent de nombreuses
composantes principales qui ne font pas partie du Cadre financier de
1998, dont :
- La capacité d’établir le prix des timbres;
- Des évaluations de rendement fréquentes;
- Les répercussions liées aux objectifs non atteints;
- Un processus d’examen annuel pour veiller à ce que les objectifs
tiennent compte des dynamiques commerciales et économiques en
évolution.
Le Comité consultatif
a étudié et examiné des secteurs et des
entreprises ayant des similarités avec Postes Canada, comme les
télécommunications, les pipelines et les services publics, et les
services de messagerie. Historiquement, Postes Canada
était comparée à
des services publics de style monopolistique (pipelines, gaz et
électricité), soit comme une entreprise disposant d’une grande
infrastructure, connaissant une croissance lente et sûre au sein d’un
secteur exclusif monopolistique avec un mandat social dans un
environnement réglementé. Cependant, la technologie et la mondialisation
ont créé un environnement de plus en plus concurrentiel pour Postes
Canada, la rendant en apparence plutôt semblable à une entreprise de
communications ayant une grande infrastructure nécessitant des dépenses
en capital continues fonctionnant dans un secteur économique mature dont
certains secteurs sont en concurrence. De plus, comme elle est
propriétaire de Purolator, Postes Canada
œuvre au sein du marché
concurrentiel des services de messagerie.
Le Comité consultatif
est d’avis qu’un cadre financier doit également
tenir compte de ce qui suit :
- Les risques commerciaux et les caractéristiques financières uniques
de Postes Canada
;
- Le besoin d’offrir des mesures incitatives pour contrôler les coûts;
- Le besoin de programmes de dépenses en capital intensifs et
périodiques et la nécessité de demeurer à jour sur le plan
technologique;
- La vulnérabilité du bénéfice de Postes Canada par rapport à
l’économie et à l’évolution des dynamiques du marché;
- Le besoin d’une cote d’évaluation d’investissements solide auprès
des agences d’évaluation du crédit.
En ce qui concerne le processus, le Comité suggère que le Cadre
financier révisé soit établi en collaboration entre le gouvernement et
le conseil d’administration de Postes Canada
:
- La négociation et la mise en œuvre du Cadre financier révisé
nécessiteront vraisemblablement une période de transition importante;
- Le rendement de Postes Canada par rapport aux fourchettes des
objectifs du cadre devrait être examiné annuellement avec le
gouvernement;
- Des explications détaillées du rendement et un plan de résolution
pour les objectifs non atteints devraient être fournis;
- Les fourchettes proposées quant aux objectifs devraient être
examinées annuellement pour déterminer si les objectifs sont toujours
appropriés, compte tenu des marchés financiers, de l’industrie et des
activités de Postes Canada.
Composantes du Cadre financier révisé
Après avoir examiné et analysé la situation financière de Postes
Canada, le Comité a relevé deux impératifs importants :
-
Pour ce qui est de l’exploitation dans les conditions actuelles, Postes
Canada doit produire des revenus marginaux ou obtenir le financement de
l’ordre de 1,7 milliard de dollars pour combler les besoins en matière
d’investissements en capital de son programme de modernisation. Le
Comité est d’avis que Postes Canada aura de la difficulté à produire
suffisamment de revenus pour financer le processus de modernisation;
-
Le programme de modernisation en soit est une nécessité, mais il ne
représente pas une condition suffisante pour que Postes Canada puisse
atteindre et maintenir son autonomie financière. En plus de ce
programme, les augmentations des prix des timbres prescrites dans le
Cadre financier révisé pourraient être nécessaires.
Le besoin lié aux revenus marginaux fournit un genre de « test » ou
d’objectif pour l’autonomie financière, et donne un aperçu de ce qu’un
cadre financier révisé devrait établir – si le Cadre financier se révèle
un outil constructif et pas simplement un modèle vide et officiel. Dans
ce contexte, pour que Postes Canada puisse devenir autonome sur le plan
financier, elle devrait être en mesure de produire ce qui suit :
- Un flux de trésorerie suffisant pour financer les dépenses en
capital, les fonds de roulement et le paiement des dividendes;
- Un ratio BAIIDA (bénéfice avant intérêts et impôts, dépréciation
et amortissement)/intérêts-dépenses expliqué ci-après, de sorte
qu’une garantie du gouvernement ne sera pas requise pour augmenter
le capital sur le marché de la dette;
- Un taux de rendement des capitaux propres acceptable d’un point
de vue commercial.
Pour l’élaboration d’un cadre financier proposé révisé, le
Comité consultatif
s’est concentré sur les éléments suivants :
- Un ensemble d’objectifs financiers concentrés sur la structure
du capital, la rentabilité et la politique sur le versement des
dividendes, qui ensemble fournissent une évaluation précise et
informative du rendement financier;
- Un objectif de productivité doit être inclus pour démontrer que le
plan de modernisation a des résultats positifs;
- La capacité d’établir les prix pour le secteur poste-lettres liée
aux coûts de Postes Canada.
Le Comité a également pris en considération ce qui suit :
-
Élaborer un cadre qui reflète les pratiques exemplaires des
administrations postales homologues;
-
Créer un cadre qui combine/équilibre les paramètres des secteurs
semblables – télécommunications, pipelines et services publics et
services de messagerie;
-
Encourager l’efficacité et l’indépendance interne tout en offrant de
la souplesse;
-
Exiger une évaluation périodique pour veiller à ce que les
changements liés à l’environnement d’exploitation et aux conditions
économiques soient pris en considération;
-
Établir des fourchettes pour les objectifs individuels afin de
refléter le fait que les conditions du marché changent et que les
besoins en matière d’investissement et de rendement de Postes Canada
changent également. À la partie III, le Comité présente un cadre « dynamique » qui présente différents objectifs ou paramètres pour
chacune des trois phases : l’investissement, la transition et l’état
permanent.
Le Cadre financier devrait être examiné chaque année pour veiller à
ce que les fourchettes des objectifs demeurent appropriées pour
l’environnement en tout temps. Le Cadre financier devrait également être
conçu de manière à refléter l’évolution des besoins de Postes Canada
en
matière d’investissement en capital et de modernisation, selon un cycle
d’investissement à long terme. La gestion du cadre doit faire partie du
processus annuel du budget et de la planification stratégique. Le cadre
devrait être examiné chaque année et les changements devraient être
assujettis à l’approbation du gouvernement. L’exploitation du cadre
nécessitera une explication détaillée et un plan d’action précis pour
les objectifs non atteints.
Les principaux objectifs financiers mettent l’accent sur la structure du
capital de Postes Canada, son objectif de rentabilité et la politique
sur le versement des dividendes qu’elle doit respecter. Ensemble, selon
le Comité consultatif, ces éléments devraient fournir une évaluation
précise et informative de la capacité et du rendement financier.
En ce qui a trait à la structure du capital (qui comprend les contrats
de location-exploitation), les objectifs devraient appuyer ce qui suit :
- La capacité de Postes Canada d’obtenir une cote d’évaluation
d’investissements solide requise pour être en mesure d’avoir accès
aux marchés des capitaux d’emprunt;
- La capacité de Postes Canada d’établir un niveau approprié de
fonds renouvelables pour couvrir ses dettes et ses coûts de
location.
Nouveaux paramètres et indicateurs financiers proposés
TDSI a été engagé à titre de consultant au Comité. TDSI a
une vaste expérience et l’habitude de la collaboration avec
le gouvernement du Canada
et Postes Canada
en ce qui
concerne les indicateurs du rendement financier et la
surveillance connexe.
Trois paramètres sont proposés pour évaluer le potentiel du levier
financier de Postes Canada
et sa liquidité. Le premier paramètre est la
dette totale par rapport au ratio BAIIDAL. Le BAIIDAL fait référence au
bénéfice avant intérêts et impôts, à la dépréciation, à l’amortissement
et au loyer. Ce paramètre est un très bon indicateur de rendement
financier et un bon indicateur de la rentabilité. Le ratio dette/BAIIDAL
démontre la dette relative au flux de trésorerie. Un ratio trop bas
indiquerait que Postes Canada
est sous-financée et un ratio trop élevé
qu’elle est surendettée. La section « État permanent » du Cadre
financier révisé présente un ratio allant de 2,5 à 3,5. Le deuxième
paramètre est la dette totale par rapport au capital comptabilisé, qui
fournit également une évaluation de la façon dont la société utilise son
levier financier. La section « État permanent » du Cadre financier
révisé propose un ratio de 45 à 55 %. Une fois atteints, ces deux ratios
appuieront la capacité de Postes Canada
à obtenir une cote d’évaluation
d’investissements appropriée pour être en mesure d’avoir accès aux
marchés des capitaux d’emprunt.
La liquidité de Postes Canada
peut être évaluée par le BAIIDAL moins les
dépenses en capitalisation, divisé par le ratio dépenses en
capital/intérêts, dépenses en capitalisation faisant référence aux
dépenses en capital liées à l’entretien. Ce ratio démontre la capacité
de la Société à produire un flux de trésorerie suffisant pour couvrir
les frais d’intérêts une fois les dépenses en capital liées à
l’entretien engagées. Le ratio reflète une estimation des fonds
renouvelables produits par les activités qui peuvent être utilisés pour
couvrir la dette et les coûts de location. La section « État permanent »
du cadre révisé présente une fourchette entre 1,5 et 2,5.
Pour ce qui est de la rentabilité, le Conseil consultatif suggère que
les ratios soient établis dans les secteurs suivants : une marge BAIIDA
et un objectif relatif au rendement des capitaux propres (RCP). Comme il
a été mentionné précédemment, le ratio bénéfice avant intérêts et
impôts, dépréciation et amortissement est un bon indicateur de la
rentabilité et un paramètre largement utilisé pour évaluer les fonds
renouvelables produits. La section « État permanent » du Cadre révisé
présente un chiffre entre 10 et 15 %.
En ce qui a trait à la politique sur les dividendes, le
Comité consultatif
suggère que des fourchettes moins élevées pour le versement
seraient appropriées pendant que Postes Canada
met en place un programme
de modernisation à grande échelle, et que ces fourchettes pourraient
être augmentées à mesure que Postes Canada
sort du cycle
d’investissement intensif et qu’elle retrouve une condition plus normale
et un état permanent. Le cadre suggère une fourchette de versement de 50
à 60 % en situation d’état permanent, après la modernisation (période
durant laquelle la fourchette pourrait être établie entre 0 et 20 %). Le
ratio dividendes et le RCP fournissent de bons indicateurs approximatifs
de ce que Postes Canada
doit démontrer au marché pour être en mesure
d’attirer des investisseurs. Le Cadre révisé présente un RCP de 12,5 à
17,5 %.
Comme il a été mentionné précédemment, les ratios et les paramètres pour
chacun de ces indicateurs financiers devraient être présentés dans un
cadre dynamique, qui noterait les objectifs appropriés de chacune des
phases d’investissement, de transition et d’état permanent.
Le Comité recommande fortement l’établissement d’un ratio de
productivité, qui n’est pas au sens strict un ratio financier. Mais il
est important de s’assurer que le plan de modernisation porte fruit. Un
ratio de productivité possible serait (les coûts d’exploitation plus la
dépréciation) divisés par les revenus, ce qui donnerait une mesure des
dépenses totales engagées par rapport aux revenus. Un autre est une
marge BAIIDA – (les bénéfices moins les coûts d’exploitation) divisés
par les revenus, ce qui donne une estimation du bénéfice avant impôts
par rapport aux revenus. Cet exercice se concentre sur le montant des
charges ayant un effet sur la trésorerie (principalement les frais de
main-d’œuvre) nécessaires pour produire des revenus.
En ce qui concerne l’établissement des prix, le Comité consultatif
ne
croit pas qu’un rendement axé sur le plafonnement des prix des timbres –
comme dans le Cadre de 1998 – est approprié, compte tenu de la nature
actuelle de la structure de coûts rigide de Postes Canada.
Un nouveau
régime d’établissement des prix des timbres devrait être lié à un indice
national qui reflète les composantes qui dictent les coûts de Postes
Canada, soit la main-d’œuvre et le transport. Les hausses de prix dans
le contexte de cet indice devraient être contrôlées par Postes Canada
et
les hausses supérieures à cet indice devraient être assujetties à
l’approbation du gouvernement. Un indice d’établissement des prix
devrait :
- Offrir à Postes Canada une certaine souplesse commerciale;
- Permettre à la Société d’aller au-delà du recouvrement des
coûts;
- Refléter la structure de coûts de Postes Canada qui est dominée
par les coûts liés à la main-d’œuvre et au transport.
Le Comité n’a pas formulé d’indice approprié en ce qui a trait au
dernier point, mais recommande que tout indice choisi devrait, à
tout le moins, représenter le plein IPC.
Évaluation et incidences
Le Cadre financier révisé est présenté à la partie III (annexe II) à
des fins d’illustration et il est axé sur des calculs fournis par des
consultants professionnels. Postes Canada
sera-t-elle en mesure
d’atteindre l’autonomie financière grâce à un rendement conforme aux
normes du Cadre financier révisé? Cela peut être mis à l’essai avec un
scénario d’état permanent qui présume ce qui suit :
- Une croissance plus faible du volume postal dans une fourchette
modérée : déclin de 0,9 % des envois poste-lettres, croissance de 3 %
des colis, croissance de 4 % de la médiaposte avec adresse et de 3,5 %
pour celle sans adresse;
- Des dépenses opérationnelles accrues pour le groupe relatives au
plan d’entreprise;
- Un déficit de solvabilité du régime de retraite en raison du
rendement inférieur à celui prévu sur les actifs du régime en 2008
et en 2009;
- Une augmentation de deux cents du prix du timbre en 2009
uniquement.
Dans un scénario d’état permanent comme celui-ci, il est peu probable
que Postes Canada
puisse devenir autonome sur le plan financier, même
avec l’exécution fructueuse du programme de modernisation. Il faut
souligner que l’autonomie financière est très sensible aux prévisions
relatives aux volumes, qui sont difficiles à prévoir. Si les volumes
d’envois poste-lettres déclinent, même légèrement plus que prévu (- 1,5
%), et que la croissance dans d’autres secteurs est plus faible (les
colis à un état stable et la médiaposte à 1 et 2 %), alors les manques à
gagner deviennent considérables et possiblement hors de contrôle.
Afin d’atteindre les niveaux d’optimisation ciblés sur le plan financier
nécessaires pour obtenir des fonds sur les marchés de la dette, des
revenus supplémentaires seront requis. Pour ce qui est des coûts, cet
aspect sera partiellement réglé en limitant les OIP, et/ou en réglant
les questions relatives aux avantages sociaux et au régime de retraite,
et/ou en s’attaquant à la proportion élevée de coûts fixes. En ce qui
concerne les revenus, cet aspect nécessitera des augmentations des prix
des timbres en 2010 et au-delà, comme suit :
- L’augmentation proposée de deux cents en 2009, suivie par une
augmentation de trois cents en 2010 et de hausses annuelles de 3 %
par la suite;
- L’augmentation proposée de deux cents en 2009, suivie par une
augmentation de cinq cents en 2010 et de hausses annuelles d’un cent
par la suite.
En bref, une certaine souplesse relativement à l’établissement des
prix et à l’exploitation sera nécessaire pour que Postes Canada
puisse
terminer son programme de modernisation et maintenir son autonomie
financière.

Dans le Cadre de référence assigné au Comité consultatif,
le ministre
présente des principes directeurs qui nous dictent de tenir compte du
statut spécial des services postaux en milieu rural :
- Postes Canada doit maintenir un service postal universel,
efficace et économiquement viable;
- Postes Canada continuera d’agir comme instrument d’intérêt
public en assurant la prestation de services postaux aux Canadiens.
Le Comité consultatif
croit que l’avenir des services postaux en
milieu rural du Canada requiert une attention particulière. Cela est
devenu clair dans le cadre de nos consultations, discussions et
délibérations, et de notre examen des faits nouveaux du secteur
postal au Canada. Dans le Cadre de référence, on demande au Comité
consultatif de tenir compte de la prestation de services postaux
efficaces à tous les Canadiens, y compris dans les milieux ruraux,
les petites villes et les collectivités éloignées.
Ses déclarations et ses gestes au cours des dernières années
témoignent du fait que le gouvernement du Canada
croit que les
services postaux en milieu rural sont une question d’intérêt public
importante - du moratoire sur la fermeture des bureaux ruraux mis en
place depuis 15 ans, à la directive de 2006 ordonnant à Postes
Canada de rétablir et de maintenir, lorsque cela pouvait se faire en
toute sécurité, la livraison du courrier aux boîtes à lettres en
bordure des routes en milieu rural.
Le maintien d’un instrument de politique clair comme le moratoire
sur la fermeture des bureaux de poste ruraux et la mise en place
d’une directive tout aussi claire sur les boîtes aux lettres rurales
témoignent du fait que ce secteur de politique n’est pas réglé.
Postes Canada
et le gouvernement ne sont pas parvenus à une vision
mutuelle de la dimension des services ruraux dans le contexte de
l’obligation d’assurer un service universel de Postes Canada.
Le
Comité consultatif
est d’avis que la formulation, l’articulation et
la communication d’une vision claire et transparente des rôles et
des responsabilités de Postes Canada
dans les milieux ruraux grâce à
une obligation redéfinie d’assurer un service universel pourraient
grandement contribuer à réduire les frictions et les possibilités de
mésententes futures entre les parties concernées.
Le Comité consultatif
désire clarifier un élément clé dès le départ.
Le maintien d’un service postal efficace dans les milieux ruraux du
Canada fait partie intégrante de l’obligation d’assurer un service
universel, ainsi que de l’objectif final et des activités
fondamentales de Postes Canada.
De ce fait, la prestation de
services postaux ruraux ne devrait pas être conceptualisée comme un
objectif d’intérêt public, comme défini précédemment. En parallèle,
la façon dont l’obligation d’assurer un service universel dans les
milieux ruraux est exécutée devrait pouvoir faire l’objet de
discussions comme toutes autres dimensions de ladite obligation et
du système postal.
(i) Le réseau postal rural
Le fondement des récentes discussions sur la politique postale au
Canada est le moratoire sur la fermeture des bureaux de poste ruraux
imposé par le gouvernement fédéral en 1994. Le moratoire a fait
suite à une période prolongée de rationalisation des bureaux de
poste dans les zones urbaines et rurales au Canada à la fin des
années 1980 et au début des années 1990. Cette rationalisation
faisait partie intégrante des efforts de Postes Canada
pour
contrôler ses coûts au cours de cette période et comprenait d’autres
changements en ce qui a trait à la prestation de service, comme
l’introduction de boîtes postales communautaires dans les banlieues.
Il est intéressant de souligner qu’aucun gouvernement subséquent n’a
mis un terme à la rationalisation mise en œuvre au Canada à la fin
des années 1980 et au début des années 1990, ni en milieu urbain ni
en milieu rural.
Pour ce qui est des bureaux de poste urbains, l’initiative comprenait la
fermeture de bureaux de poste de la société et l’ouverture de comptoirs
postaux privés dans le contexte d’opérations commerciales privées. Dans
les milieux ruraux, cela comprenait la fermeture de bureaux de poste
dans des villes présentant une diminution de la population et/ou peu ou
pas d’activités postales. Vers 1992, 30 % du réseau rural avait été
modifié ou était en voie de l’être. Environ 1 245 bureaux de poste ont
été fermés, alors que 1 000 autres ont été remplacés par des comptoirs
postaux et 250 par des boîtes postales communautaires. [ 3 ]
Ce bref examen des changements à la prestation de service à la fin
des années 1980 et au début des années 1990 sert à démontrer que les
initiatives de Postes Canada
pour contrôler les coûts n’étaient pas
limitées aux milieux ruraux. La fermeture de bureaux de poste de la
Société, l’introduction des comptoirs postaux et l’avancée des super
boîtes aux lettres ou des boîtes postales communautaires étaient des
initiatives controversées et perturbatrices, mais qui ont depuis pris
leur place dans la convention postale générale. Les résidants urbains
continuent de recevoir leur courrier, mais selon différents modes de
prestation – y compris la cueillette du courrier à des boîtes postales
communautaires. En parallèle, de nombreux bureaux de poste de la Société
ont été fermés et les services postaux sont de plus en plus accessibles
par le truchement de comptoirs postaux et de différents détaillants. Les
buts de la prestation et de l’accès sont demeurés les mêmes, mais les
instruments pour les atteindre ont changé.
La situation en milieu rural est semblable, malgré une différence
qualitative en raison de la gamme plus restreinte d’options disponibles.
Néanmoins, la question est la même : comment opérationnaliser les buts
de l’obligation d’assurer un service universel grâce à des instruments
qui sont appropriés pour le marché en évolution et les conditions
démographiques.
Il existe une anxiété considérable au sein des collectivités rurales en
ce qui a trait à toute initiative qui semble amoindrir ou supprimer les
services postaux ruraux. Cela est lié non seulement à fermeture des
bureaux de poste, mais également aux processus utilisés pour réaliser
ces fermetures et ces rationalisations. Le Comité consultatif
comprend
l’importance de ces bureaux de poste en milieu rural pour la viabilité
économique, l’identité et le sentiment d’importance sociale d’une
collectivité. Toutefois, un bon nombre des bureaux de poste existants de
la société étaient établis dans des conditions très différentes des
conditions actuelles et reflétaient des besoins, modes de vie, facteurs
économiques, tendances commerciales, routes et modes de transport et
possibilités de communication différents.
Postes Canada a souligné au Comité consultatif
que, compte tenu de ces
obligations commerciales et de ses réalités financières, la Société
voudrait instaurer un certain niveau de rationalisation financière et
économique au sein de son réseau en milieu rural, en mettant l’accent
sur les éléments suivants :
- Certains (peut-être plusieurs) bureaux de poste ruraux ne sont pas
rentables à exploiter et représentent une perte nette et coûtent plus
chers qu’un régime de franchises;
- Il y a souvent plusieurs bureaux de poste très sous-utilisés
dans un secteur, tandis qu’un comptoir postal pourrait desservir
tout le monde de manière rentable;
- Dans certains cas, lorsque des exploitants quittent les bureaux
de poste existants, il est difficile, voire impossible, de trouver
un maître de poste substitut pour exploiter l’installation;
- Le processus actuel pour fermer ou remplacer un bureau de poste
rural est pénible, coûteux et chronophage;
- De nombreuses collectivités qui se trouvent sur la liste du
moratoire sont devenues plus urbaines que rurales et devraient être
retirées de la liste.
Postes Canada aimerait modifier le moratoire pour refléter la conjoncture de
la démographie et du marché. Elle propose l’introduction d’une approche axée sur
la proximité dans les termes suivants :
- 98 % des Canadiens seront à 15 kilomètres ou moins d’un comptoir
postal;
- 85 % des foyers canadiens en milieu urbain seront à 2,5
kilomètres ou moins d’un comptoir postal;
- 80 % des foyers en milieu rural seront à 7,5 kilomètres ou moins
d’un comptoir postal.
Le Comité consultatif
croit que l’examen du moratoire sur la
fermeture des bureaux de poste ruraux a déjà trop tardé, étant donné
que de nombreux facteurs ont changé dans de nombreux milieux ruraux
du Canada depuis que le Cadre de 1998 a été établi. Le Comité
consultatif est d’avis qu’un nouveau mécanisme plus explicite
devrait être élaboré pour remplacer le moratoire. Il devrait
contenir des règles et des lignes directrices procédurales claires
qui préserveraient et respecteraient les besoins en matière de
services postaux des milieux ruraux, tout en offrant à Postes Canada
une certaine souplesse pour composer avec les nouvelles questions
tout en répondant aux besoins liés aux services des Canadiens en
milieu rural.
Le Comité croit que toutes les parties – collectivités rurales,
utilisateurs de comptoirs postaux ruraux, Postes Canada
et le
gouvernement – profiteraient si le gouvernement remplaçait
l’approche actuelle par un énoncé de principes clair dans le cadre
de l’obligation d’assurer un service universel qui délimite ce que
le gouvernement attend de Postes Canada
quant aux services postaux
ruraux à long terme. Idéalement, cet énoncé serait complété par des
références précises dans le Protocole de service, qui serviraient à
clarifier les attentes et les responsabilités en ce qui a trait au
nombre de comptoirs postaux ruraux et à leur emplacement, et aux
niveaux d’accès et de service qui doivent être offerts aux Canadiens
en milieu rural. Ces obligations précises seront élaborées grâce à
un processus de consultation dirigé par Postes Canada, dont les
conclusions et l’approche seront clairement expliquées et approuvées
par le gouvernement et qui deviendra par la suite un document public
qui sera affiché sur le site Web de Postes Canada
et qui reflétera
directement le plan d’activités et le plan d’entreprise de Postes
Canada.
Le Comité consultatif
suggère une approche en deux volets pour
établir cette nouvelle obligation liée aux services postaux ruraux.
Tout d’abord, Postes Canada
et le gouvernement doivent convenir
d’une nouvelle définition de ce qui devrait être considéré de
caractère « rural » aux fins des services postaux et cette
définition devrait refléter les tendances actuelles quant à la
population. Le Comité recommande que la nouvelle définition soit
établie initialement pour des « collectivités de 10 000 habitants ou
moins ». Par la suite, un mécanisme devrait être établi pour fixer
les attentes à l’égard de Postes Canada
quant aux services postaux
dans les milieux ruraux. Ce mécanisme devrait permettre à Postes
Canada d’obtenir une certaine souplesse pour traiter les questions
nouvelles et les cas où des options moins coûteuses pourraient être
mises en place avec peu ou pas d’incidence sur les collectivités
desservies.
La première étape consisterait à redéfinir ce qui constitue une
collectivité rurale, en utilisant la définition susmentionnée. Cela
retirerait de la liste certaines collectivités qui ont pris de
l’expansion et qui ne peuvent plus être considérées rurales. Voici
certains exemples : Abbotsford, Colombie-Britannique; Lethbridge,
Alberta; Timmins, Ontario; Boucherville, Québec et Moncton,
Nouveau-Brunswick.
La deuxième étape – la création d’un mécanisme pour établir les
attentes relatives aux services postaux ruraux – consisterait à
élaborer et à adopter un critère de proximité, semblable à celui
proposé par Postes Canada
dans sa présentation au Comité
consultatif. Toutefois, le critère tiendrait compte de 100 % des
Canadiens actuellement desservis en milieu rural par des comptoirs
postaux, plutôt que les 98 % reflétés dans la proposition de Postes
Canada. Cela sera le point de départ pour dresser une liste des
collectivités rurales actuellement desservies. La liste démontrerait
le rayon de service maximal actuellement en place, ainsi que la
population ou le nombre d’adresses desservies. Il est proposé que
Postes Canada
travaille sur le critère de proximité grâce à un
processus de consultation nécessitant la participation directe des
Canadiens qui vivent dans les milieux ruraux. À titre de point de
départ, le Comité suggère que la composante rurale de la Fédération
canadienne des municipalités soit considérée comme un instrument de
consultation initiale pour aider à établir le critère de proximité,
à élaborer davantage le concept proposé et à mettre à l’essai son
acceptabilité.
Comme les collectivités rurales du Canada continuent d’évoluer et
que leur démographie change, il s’avère important que Postes Canada
jouisse d’une certaine souplesse pour traiter les questions
nouvelles, notamment :
- La perte catastrophique d’une installation existante;
- Le besoin de traiter les pertes financières continues et
importantes lorsque des dispositions différentes avec des
collectivités adjacentes pour rationaliser les services n’auront
aucune incidence importante sur le service ou l’accès et offriraient
un niveau de service acceptable pour les collectivités directement
touchées;
- Les problèmes majeurs à trouver du personnel de remplacement
pour les installations situées en milieu rural;
- D’autres situations nouvelles que Postes Canada
détermine et
que, après consultation, le gouvernement et la collectivité jugent
appropriées.
Le Comité croit également que Postes Canada
devrait être autorisée à
considérer le recours à des comptoirs postaux privés pour tous les
scénarios susmentionnés, en autant que les niveaux de service existants
sont maintenus ou améliorés.
Pour veiller à ce que la SCP respecte ses engagements continus quant à
la prestation de services ruraux, ces services devraient être intégrés
aux exigences de l’obligation d’assurer un service universel et précisés
dans le Protocole de service. De plus, le conseil d’administration de
Postes Canada
devrait être tenu responsable par le ministre à des fins
de conformité. Selon ce scénario, toute rationalisation ou fermeture
d’un service postal serait divulguée publiquement et par la suite
examinée à titre de point permanent à l’ordre du jour de la réunion
annuelle du ministre et du conseil d’administration. Le
Comité consultatif
est d’avis que l’ombudsman devrait être désigné comme la
partie à laquelle le public ou les collectivités directement touchées
peuvent exprimer leurs préoccupations relativement au processus ou à
l’approche utilisée par la SCP. L’ombudsman présentera ses conclusions
de manière publique au président du conseil d’administration avec ses
recommandations pour des mesures correctives, si la chose est jugée
appropriée.
Pour protéger davantage les services postaux ruraux, le protocole
devrait préciser le nombre minimal de comptoirs postaux que la SCP doit
maintenir dans les milieux ruraux du Canada. Comme point de départ, le
nombre devrait être établi à 20 comptoirs postaux de moins que ceux qui
existent actuellement dans les milieux ruraux. Cela donnerait à Postes
Canada une certaine marge de manœuvre pour mettre au point le modèle
existant de consultation des collectivités et permettrait au conseil
d’administration, aux actionnaires et aux collectivités rurales
d’établir un niveau de confort en ce qui a trait au processus à mesure
qu’il se déroule. Des ajustements annuels à ce nombre pourraient par la
suite être envisagés dans le cadre des critères mis de l’avant en
concomitance avec le plan d’entreprise de Postes Canada.
Le nombre
révisé devra être approuvé spécifiquement et indépendamment par le
ministre au cours du processus d’approbation régulier.
(ii) Livraison du courrier dans les boîtes aux lettres au bout des entrées de cour
La section précédente portait principalement sur l’accès des Canadiens vivant en milieu rural
à un réseau postal, à des comptoirs postaux et à des détaillants, où ils peuvent acheter des produits
postaux et déposer ou ramasser un colis, etc. Il existe une deuxième dimension aux discussions concernant
les services postaux dans les milieux ruraux du Canada, et c’est la livraison du courrier en milieu rural.
En 2006, dans le contexte d’un examen approfondi de la santé et de la sécurité de la livraison du courrier
dans les boîtes aux lettres au bout des entrées de cour en milieu rural, le gouvernement a établi une directive
enjoignant à
Postes Canada de restaurer et maintenir la livraison du courrier en milieu rural aux boîtes aux
lettres en bordure de la route tout en respectant les lois canadiennes relatives à la santé
et à la sécurité.
La livraison au bout des entrées de cour – fondamentalement
à une boîte en bordure de la route au bout de l’entrée de cour d’une propriété –
a commencé au tournant du XXe siècle dans le sud de l’Ontario. Elle s’est par la suite
étendue pour inclure environ 800 000 adresses individuelles desservies par Postes Canada,
principalement en Ontario, au Québec et dans les
Maritimes, ainsi que certains cas dans l’Ouest.
De nombreux facteurs des postes en milieu rural ont logé des plaintes
et exprimé des préoccupations liées à la santé et la sécurité
relativement aux conditions dangereuses associées à la livraison à
différentes adresses au bout des entrées de cour. Après enquête, le
Programme du travail de Ressources humaines et développement des
compétences Canada a émis de nombreuses ordonnances de cessation et
d’abstention à l’intention de Postes Canada, demandant de cesser la
livraison à certaines boîtes aux lettres au bout des entrées de cour.
Cela est précisément lié à des situations où les véhicules de livraison
ne pouvaient pas se garer entièrement hors de la route pour déposer le
courrier dans les boîtes aux lettres au bout des entrées de cour, posant
ainsi des risques potentiels et sérieux de collisions entre les
véhicules de livraison et ceux circulant sur la route.
Postes Canada a entrepris un examen de la sécurité de la circulation
en réponse à ces préoccupations et aux ordres juridiques, et a
interrompu le service aux boîtes aux lettres où des conditions
dangereuses ont été confirmées. Le service postal a été maintenu en
déplaçant la boîte individuelle ou en changeant le point de cueillette à
un bureau de poste local ou une boîte postale communautaire.
Il y avait également une question de santé ou d’ergonomie liée à la
nature répétitive des mouvements nécessaires pour s’étirer au-dessus du
siège passager du véhicule de livraison afin d’insérer le courrier dans
les boîtes aux lettres au bout des entrées de cour. Dans la plupart des
cas, ces situations ont été réglées en ajoutant un assistant pour aider
le facteur à effectuer la livraison.
En regardant de plus près, il est clair que cette question reflète
l’évolution au cours des dernières décennies des tendances en matière de
démographie, de transports et de communications au Canada. Bon nombre
des résidences touchées sont situées sur des routes qui étaient par le
passé peu achalandées. Maintenant, ces mêmes résidences sont sur des
rues et des routes très fréquentées, et il existe des risques sérieux
d’accidents et de blessures pour les personnes qui livrent le courrier
et pour les autres automobilistes. Dans ce contexte et après des
discussions avec Postes Canada et le Programme du travail de Ressources
humaines et Développement des compétences Canada, le Comité consultatif
croit que les examens de la sécurité de la circulation entrepris par
Postes Canada étaient non seulement nécessaires, que dans certains cas
ils avaient déjà trop tardé, surtout étant donné les changements, au fil
du temps, liés à la vitesse de circulation et à l’utilisation de la
route.
Le Comité consultatif croit également que, à long terme, il sera
essentiel de réexaminer cette méthode de livraison du courrier. Bon
nombre des collectivités desservies grâce à cette méthode ont changé au
fil des années. Les résidants disposent généralement d’un véhicule
motorisé qui leur permet de faire des emplettes et de vaquer aux
affaires courantes dans les collectivités et les centres commerciaux à
proximité. Avec l’expansion des services Internet haute-vitesse partout
au Canada, y compris dans les milieux ruraux, on s’attend à ce que les
volumes de courrier diminuent au fil du temps. Comme le Comité considère
que les préoccupations liées à la sécurité associées à ce mode de
livraison sont légitimes, et compte tenu des différents rythmes de vie
quotidienne et de la disponibilité accrue de la capacité des
communications électroniques en milieu rural au Canada, le Comité
consultatif suggère que Postes Canada remette sérieusement en question
la pertinence et la viabilité à long terme de ce mode de livraison du
courrier. Le Comité consultatif croit qu’un processus proactif de
mobilisation de la collectivité devra être exécuté pour examiner les
services actuels et prendre en considération des options acceptables qui
pourraient être mises en œuvre pour les collectivités concernées et qui
permettraient d’éliminer les risques de blessure pour le personnel de
Postes Canada et de refléter de manière plus adéquate des modes de vie
courants.
Les discussions relatives à la livraison au bout des entrées de cour
soulèvent une question d’ordre général pour Postes Canada et ses
collectivités, à savoir comment établir les instruments les plus
appropriés et rentables pour respecter l’obligation d’assurer un service
universel en différentes circonstances. Les méthodes existantes – comme
la livraison au bord de la route et la livraison à domicile – sont
décidément pratiques pour les consommateurs et sont souvent perçues
comme un droit. Le temps est peut-être venu de décider si ces
considérations l’emportent sur les coûts réels engagés – coûts qui sont
non seulement assumés par les contribuables, mais aussi par les
utilisateurs de services postaux, y compris tous ceux qui ne reçoivent
pas ce qu’ils considèrent comme un service « supérieur ». Le Comité
consultatif croit qu’il serait opportun, dans le contexte de la capacité
de Postes Canada d’être autonome financièrement à long terme, que la
Société entame une discussion avec les Canadiens sur le compromis entre
les coûts de prestation de ces services par rapport à la valeur des
services reçus.
À titre de première étape pour lancer la discussion, le Comité
consultatif suggère que Postes Canada intègre dans son rapport annuel un
aperçu des méthodes de livraison qu’elle utilise, en indiquant le nombre
d’adresses desservies pour chaque méthode de livraison, les coûts financiers
et l’incidence environnementale de chacune de ces méthodes en fonction du
coût par unité. À un certain point, des décisions difficiles devront être
prises en ce qui a trait à la valeur nette pour les utilisateurs de services
postaux canadiens de poursuivre ces modes supérieurs de livraison. Selon le
Comité, une discussion éclairée adéquate permettra de prendre les décisions
les plus appropriées pour les Canadiens et Postes Canada.

Dans le Cadre de référence assigné au Comité consultatif,
le ministre
présente de nombreux principes directeurs qui nous dictent de considérer
la gouvernance de Postes Canada
comme vitale pour l’examen stratégique :
- Postes Canada ne sera pas privatisée et demeurera une société
d’État;
- Postes Canada doit maintenir un service postal universel,
efficace et économiquement viable;
- Postes Canada continuera de fonctionner dans un environnement
commercial et devra atteindre un taux de rendement des capitaux
propres raisonnable.
De plus, dans le Cadre de référence (IV. Portée, partie D – Objectifs
financiers et de rendement) on demande au Comité consultatif
ce qui suit
:
- Déterminer si les paramètres établis dans le Cadre stratégique
et financier pluriannuel de 1998 sont toujours valides et s’ils
donnent lieu à une obligation de rendre compte adéquate;
- Déterminer si le cadre stratégique et financier est approprié
pour assurer la compétitivité fructueuse de Postes Canada
sur le
marché et le respect de ses obligations d’intérêt public;
- Établir des objectifs financiers et des objectifs de rendement
pour Postes Canada
qui reflètent ses doubles objectifs privés et
commerciaux et qui appuient ses efforts pour améliorer la structure
de coûts et l’efficacité et qui permettront de combler les besoins
futurs en matière d’infrastructure;
- Déterminer comment les normes de prestation de service seront
établies.
Le régime de gouvernance de Postes Canada
à titre de société d’État est
principalement établi dans la Loi sur la gestion des finances publiques (LGFP)
et la Loi sur la Société canadienne des postes (Loi sur la SCP), et ce régime
est opérationnalisé par le biais des relations de la Société avec le ministre
responsable, le ministère du portefeuille du ministre (Transports Canada), le
Secrétariat du Conseil du Trésor, le ministère des Finances et le Bureau du
Conseil privé.
Le Cadre de référence de l’examen stratégique reflète l’importance
que le ministre responsable de Postes Canada
accorde aux questions
difficiles de la gouvernance et de l’obligation de rendre compte de
Postes Canada, qui appartient au gouvernement du Canada, mais qui est
exploitée par une société d’État indépendante. Comment peut-on assurer
l’imputabilité et les normes de service tout en comblant les attentes –
relativement aux facteurs financiers et à l’obligation d’assurer un
service universel – si on veut que la SCP soit autonome sur le plan
financier et fructueuse et viable sur le plan commercial?
Dans son rapport de situation de 2005 sur la gouvernance des sociétés
d’État, la vérificatrice générale a souligné que les « responsabilités
et les attentes du gouvernement relativement aux sociétés d’État
devaient toujours être clarifiées ». Les représentants du gouvernement
ont indiqué au Comité consultatif
que des progrès avaient été réalisés
depuis et que le Comité n’a rien vu ou entendu qui suggère que la
Société n’est pas adéquatement surveillée. Toutefois, le
Comité consultatif
juge que le modèle de gouvernance actuel doit être amélioré.
Comme mentionné à la partie I, l’expérience de nombreuses
administrations postales à l’étranger démontre que des ententes de
gouvernance ou des accords institutionnels appropriés peuvent grandement
contribuer à la création de services postaux viables et d’une politique
postale efficace. Le Comité consultatif
croit que le manque de clarté
découle de l’incertitude du système canadien quant à l’autonomie dont
Postes Canada
devrait jouir.
Ce n’est pas vraiment surprenant, étant donné que le contexte de
gouvernance de Postes Canada
est essentiellement unique. Il y a peu,
s’il y en a, d’autres sociétés d’État commerciales de la trempe de
Postes Canada
sur le plan de l’importance financière et de la
complexité. Ce qui rend très difficile l’établissement de règles et
d’approches générales.
L’incertitude non plus n’est pas surprenante, compte tenu de l’évolution
du statut de Postes Canada
en 1980 qui est passé de celui de ministère à
celui d’une entité commerciale regroupant différentes sociétés
fonctionnant dans un marché de plus en plus concurrentiel. À chaque
étape, son besoin d’autonomie d’entreprise et de pouvoir a changé. En
parallèle, le gouvernement a dû modifier ses besoins quant à
l’obligation de rendre compte à mesure que l’autonomie de la Société
s’est accrue. Le gouvernement a également changé au cours de cette
période, et il en va de même pour les orientations politiques,
idéologiques et stratégiques. Donc, il y a eu une évolution fluide, mais
pas nécessairement harmonieuse en ce qui a trait à la quête d’autonomie
de Postes Canada
et au niveau d’obligation de rendre compte et de
contrôle exigé par le gouvernement. Il n’est pas surprenant que la
perception des deux parties en ce qui concerne le pouvoir, la
responsabilité et les fonctions n’ait pas toujours été équilibrée.
Le Comité consultatif
croit que ce qui est nécessaire à ce stade de
l’évolution est la mise à jour, la clarification, la transparence et
l’opérationnalisation des rôles, des responsabilités et des pouvoirs
respectifs de gouvernement (actionnaire), du conseil d’administration et
de la haute direction de Postes Canada.
Cela créera un environnement de
politique et de gouvernance qui favorisera la réflexion efficace et en
temps opportun pour appuyer les décisions et les mesures en ce qui
concerne l’obligation d’assurer un service universel, les services
postaux en milieu rural, la modernisation et la viabilité financière.
(i) L’évolution historique de la relation de gouvernance
La relation entre l’administration gouvernementale à titre
d’actionnaire et l’autonomie de Postes Canada
en tant que société d’État
est depuis le début dynamique, complexe et changeante.
Lorsque le projet de loi C-42 a transformé le ministère des Postes en
Société canadienne des postes, cela a retiré les activités postales du
contrôle gouvernemental quotidien et les a placées sous la coupole d’une
société d’État financièrement indépendante du gouvernement. D’entrée de
jeu, la relation de gouvernance entre le gouvernement et Postes Canada
était un mélange d’autonomie et de contrôle. Le mélange a évolué au fil
du temps et a brouillé quelque peu les sentiments de pouvoir et de
responsabilité des deux parties au cours des dernières années.
Le projet de loi C-42 a accordé une certaine autonomie d’entreprise à
Postes Canada
:
- Il a entraîné la création d’un conseil d’administration
indépendant de 11 personnes, composé de neuf administrateurs, d’un
PDG et d’un président responsable d’établir les stratégies et les
plans de la Société pour l’approbation gouvernementale;
- Le conseil a reçu le pouvoir de nommer une équipe de gestion
professionnelle et ses employés ne faisaient plus partie de la
fonction publique;
- Postes Canada s’est vu accorder une certaine indépendance
financière par le gouvernement en recevant un privilège exclusif (ou
monopolistique) pour les envois poste-lettres;
- Il n’y aurait pas d’organisme de réglementation indépendant en
ce qui a trait aux activités de Postes Canada
et il n’y aurait plus
de ministère ou de secrétariat des postes auquel Postes Canada
devait se rapporter.
Cette autonomie d’entreprise était équilibrée et prévoyait une
obligation de rendre compte à l’actionnaire (le gouvernement) de
plusieurs façons :
- Un ministre responsable de Postes Canada
a été désigné;
- Le président du conseil, les directeurs et le PDG ont été nommés
par le gouvernement;
- Les vice-présidents de la Société ont été nommés par le conseil,
mais approuvés par le gouvernement (cela a changé depuis);
- Le gouvernement devrait approuver les plans d’entreprise et les
budgets;
- Postes Canada devait présenter des rapports annuels au Parlement
et ceux-ci devaient faire l’objet de l’examen d’un comité
parlementaire;
- Le gouverneur en conseil aurait le pouvoir absolu quant à la
modification des prix et des règlements;
- Postes Canada ne pouvait pas acquérir des actions des compagnies
ou des entreprises sans l’approbation du gouvernement;
- Postes Canada ne pouvait emprunter, accumuler des dettes ou
vendre des propriétés sans l’approbation du ministre des Finances;
- Le gouvernement exerçait un pouvoir directeur qu’il pouvait
utiliser pour contraindre Postes Canada
à prendre des mesures qui
n’auraient pas été prises autrement;
- Le gouvernement avait le pouvoir de vérifier les livres de
Postes Canada.
En sus de ce pouvoir officiel et direct, les buts du projet de loi C-42
ont entraîné l’établissement de deux objectifs opérationnels que Postes
Canada devait respecter, dont elle devait rendre compte et qui devaient
orienter ses activités et des pratiques :
- Postes Canada devait exercer ses activités de manière autonome
sur le plan financier;
- Postes Canada devait offrir une « norme de service qui réponde
aux besoins des Canadiens et semblable entre les collectivités de
taille comparable ».
Donc, alors que le projet de loi C-42 a donné un statut d’entité
autonome à Postes Canada
et, par le fait même, la possibilité d’agir
comme une entreprise commerciale et d’être autonome financièrement,
l’autonomie de Postes Canada
était contrebalancée par le pouvoir
important exercé par le gouvernement.
La relation qui a suivi entre le pouvoir du gouvernement et l’autonomie
d’entreprise n’a pas été des plus faciles. Dans les débuts de Postes
Canada – au début et au milieu des années 1980 – cela a partiellement
reflété le fait que les objectifs de Postes Canada
étaient assez
nébuleux et que de nombreux liens du processus étaient mal définis. En
ce qui a trait aux premiers, la signification de l’autonomie financière
n’était pas claire, pas plus que le mode d’établissement ou d’évaluation
des normes de service. En ce qui a trait aux derniers, le processus
d’approbation du gouvernement faisait intervenir différents organismes,
notamment le Conseil du Trésor, le ministère des Finances, le BCP et
tout autre ministère que le ministre dirigeait. Les questions comme les
modifications des prix soumises au processus de réglementation du
gouvernement étaient toujours controversées sur le plan politique.
Le gouvernement a exercé son pouvoir de manière drastique après cette
période, lorsqu’il a rejeté le plan d’entreprise de 1985 de Postes
Canada et qu’il a remplacé le PDG de la Société. Le gouvernement a par
la suite « clarifié » de nombreuses analyses et caractéristiques
générales du projet de loi C-42 en élaborant le plan d’entreprise de
1986 de la Société. Ce plan, et les initiatives qui ont suivi, ont donné
une forme plus concrète aux objectifs de Postes Canada
:
- Le gouvernement a donné à Postes Canada
la consigne d’équilibrer son
budget pour l’exercice 1987-1988, de produire un excédent en 1989 et de
produire des dividendes de 300 M$ et un rendement des capitaux propres
de 14 à 15 % avant 1994;
- Cette consigne a été élargie lorsque la SCP a été inscrite à
l’annexe de la Loi sur la gestion des finances publiques (LGFP),
annexe III (partie II) comme société d’État fonctionnant dans
l’environnement d’un marché concurrentiel;
- Des normes de livraison ont également été établies (deux jours
pour les envois locaux, trois jours pour les envois régionaux et
quatre jours pour les envois nationaux).
Ce moment a été marquant pour l’évolution de Postes Canada, car
il fonctionnait dans un environnement où les attentes de
l’actionnaire étaient raisonnablement claires quant aux aspects
financiers et aux services.
Tout aussi important, lorsque le gouvernement a clarifié ses
objectifs stratégiques, Postes Canada
a acquis l’autonomie
d’entreprise nécessaire pour réaliser les objectifs liés aux aspects
financiers et aux services établis par le gouvernement. Du milieu
des années 1980 au début des années 1990, Postes Canada
a introduit
des initiatives conçues pour atteindre les objectifs du
gouvernement. Cette autonomie a été utilisée, entre autres choses,
pour augmenter l’usage des boîtes postales communautaires (limitant
ainsi la livraison à domicile); donner en sous-traitance le tri et
la livraison des colis; fermer ou transformer 30 % du réseau rural;
franchiser les bureaux de poste urbains; accroître la mécanisation
postale et réduire les emplois à temps plein de 10 000 employés;
procéder à l’établissement des prix en fonction du marché pour ce
qui est de ses produits concurrentiels; limiter le soutien financier
aux services postaux publics comme les services de
postes-publications et acheter Purolator pour faire son entrée sur
le marché des services de messagerie.
D’importantes réactions publiques et politiques ont suivi l’introduction
de ces mesures. Le ministre responsable de Postes Canada
a détourné ces
réactions et a défendu l’autonomie de Postes Canada, en maintenant que
ces mesures étaient adéquatement conçues et qu’elles visaient à
satisfaire aux attentes du gouvernement.
Selon le Comité, les développements réalisés à cette période n’ont pas
été accompagnés de faits nouveaux corrélatifs en matière de gouvernance
au sein du gouvernement. La transparence et la concentration ne se sont
pas améliorées et la gouvernance est demeurée trop dépendante du pouvoir
du ministre responsable de Postes Canada.
Le gouvernement en place a
flirté avec l’idée d’un organisme de réglementation indépendant, mais
n’y a pas donné suite.
Le portrait politique a effectué un virage en 1993 et le gouvernement a
par la suite communiqué des objectifs à Postes Canada
en réponse à ce
qui était alors considéré comme la trop grande concentration de la
Société sur l’atteinte des objectifs financiers au détriment de ses
obligations sociales. Le gouvernement est intervenu pour rétablir un
juste équilibre entre les buts sociaux et financiers de Postes Canada.
Voici quelques exemples des mesures prises :
- Un moratoire sur la fermeture et la conversion des bureaux de
poste ruraux a été mis en œuvre et est maintenu encore aujourd’hui;
- Le gouvernement n’a pas permis une augmentation des tarifs. Une
hausse a par la suite été approuvée, mais les tarifs ont été gelés
jusqu’en 2000;
- Un examen du mandat (l’examen Radwanski) a été réalisé afin de
réexaminer et de rétablir l’équilibre entre les buts sociaux et
financiers de Postes Canada
;
- Le gouvernement a rehaussé les normes de service de Postes
Canada et a exigé une étude minutieuse indépendante.
En parallèle, le gouvernement a confirmé que Postes Canada
pourrait
demeurer active dans les secteurs concurrentiels et commerciaux au-delà
des limites étroites des envois poste-lettres et qu’elle pourrait
demeurer propriétaire de Purolator. De plus, le gouvernement n’a pas
exigé que Postes Canada
revienne sur ses réalisations en matière de
transformation en société des dernières années, comme les fermetures des
bureaux de poste, le franchisage et la rationalisation, et il a continué
de couper les subventions postales (p. ex., aux éditeurs). Le
gouvernement a par la suite transformé l’environnement corporatif de
Postes Canada
en la désignant à titre de société d’État dans la Loi de
l’impôt sur le revenu, qui exige que la SCP paie des impôts comme toute
autre entreprise du secteur privé.
En 1998, le gouvernement a créé le Cadre stratégique et financier
pluriannuel, une initiative aussi importante que le projet de loi C-42
et le plan d’entreprise de 1996 pour ce qui est de l’évolution de la
relation de Postes Canada
avec son actionnaire.
Le Cadre articulait les attentes financières du gouvernement, le
plafonnement du tarif de base des lettres et certaines attentes
relatives aux services, en fonction d’une série d’objectifs
quantitatifs. Parallèlement, il confirmait également l’autonomie de
Postes Canada
dans un environnement concurrentiel élargi. D’une façon
générale, l’idée était que, une fois le Cadre en place, Postes Canada
aurait l’autonomie nécessaire pour exécuter son programme commercial
selon les paramètres du Cadre. De plus, le fait que le Cadre a été
annoncé de manière discrète et modeste a donné à la SCP un certain
niveau de protection et lui a permis d’accroître son autonomie.
Le Cadre définissait un peu plus clairement les attentes du
gouvernement, mais cette définition demeurait toutefois assez générale
et quelque peu évasive. Par exemple, le Cadre a été imposé en sus
d’autres initiatives du gouvernement, comme le moratoire sur la
fermeture des bureaux de poste, ce qui a dressé un portrait complexe des
attentes du gouvernement. Une fois encore, ces réalisations n’étaient
pas accompagnées de faits nouveaux corrélatifs en matière de gouvernance
au sein du gouvernement.
Au cours des dernières années, le gouvernement a articulé et concrétisé
certaines attentes en ce qui a trait aux services postaux, bien que
souvent de manière réactive en circonstances contraignantes. Récemment,
il a utilisé son pouvoir directeur pour établir et préciser à Postes
Canada ses objectifs stratégiques dans deux secteurs. Premièrement, en
réponse aux mesures de Postes Canada
pour régler les questions de santé
et de sécurité de certains facteurs en milieu rural, le gouvernement a
demandé à Postes Canada
de restaurer et de maintenir la livraison du
courrier en milieu rural aux boîtes aux lettres en bordure de la route
qui étaient desservies en date du 1er septembre 2005 et d’établir un
plan opérationnel pour régler cette question. Deuxièmement, le
gouvernement a demandé à Postes Canada
de continuer d’offrir du soutien
financier au Programme d’aide aux publications jusqu’au 31 mars 2009.
Plus récemment, le gouvernement a introduit le projet de loi C-14, qui
proposait de retirer le privilège exclusif de Postes Canada
en ce qui a
trait au courrier international de départ, ouvrant ainsi ce secteur du
marché postal à la concurrence du secteur privé. Le projet de loi est
mort au Feuilleton lorsque le Parlement a été dissous en septembre 2008.
En résumé, l’autonomie d’entreprise de Postes Canada
a pris de
l’expansion au cours du dernier quart de siècle. Comme cela s’est-t-il
produit?
- Les nominations au conseil d’administration et à la haute direction
ont été de plus en plus axées sur l’expertise et l’expérience
financières et commerciales;
- Le gouvernement a établi des objectifs et des buts financiers de
plus en plus clairs et concrets qui favorisent les activités
financières et commerciales de Postes Canada
ainsi que son
rendement;
- Le gouvernement a précisé que Postes Canada
peut agir selon le
modèle d’une entreprise commerciale au sein des marchés
concurrentiels;
- Le gouvernement a établi des normes de service grâce auxquelles
Postes Canada
peut mener à bien des activités viables et des
décisions opérationnelles;
- Postes Canada
a été autorisée à exercer une certaine autonomie
pour l’établissement des prix au sein des marchés concurrentiels.
En parallèle, le gouvernement a exercé son pouvoir à titre
d’actionnaire en maintenant une solide relation d’imputabilité avec
Postes Canada
:
- Il a conservé et exercé son pouvoir de nomination, notamment
pour le conseil d’administration, le président et le PDG;
- Il a établi des objectifs de plus en plus concrets en ce qui a
trait aux aspects financiers et aux services; il a également formulé
des directives exigeant que Postes Canada
prenne des mesures qu’elle
n’aurait pas prises autrement;
- Il a conservé son pouvoir d’approuver les plans d’entreprise et
les budgets de Postes Canada
et continué d’exercer son pouvoir
relativement aux prix, aux acquisitions, aux fusions et aux
vérifications.
(ii) Incidences
Quel est l’impact cumulatif de ces réalisations sur l’environnement
de gouvernance des services postaux au Canada?
Premièrement, la toile institutionnelle ou décisionnelle pour les
questions postales est dense et un peu obscure. Elle met en jeu
différents intervenants du gouvernement et de la Société. Du côté de la
Société, il y a le président du conseil, les directeurs, les comités du
conseil et le PDG. Du côté de l’actionnaire, il y a le ministre
responsable, les ministres du Conseil du Trésor, le ministre des
Finances, le Bureau du Conseil privé et les équipes de soutien
collectives, le gouverneur en conseil et le Parlement. Chacun de ces
intervenants assume divers pouvoirs, responsabilités et rôles en ce qui
concerne le régime postal canadien, qui est également assujetti à la Loi
sur la gestion des finances publiques, à la Loi sur la Société
canadienne des postes, à différents règlements, à d’autres lois et au
Cadre stratégique et financier pluriannuel. Les intervenants et les
instruments principaux de cette toile institutionnelle sont illustrés
ci-après.
Figure 3 : Intervenants et instruments principaux en matière de réglementation
Un élément clé de la présentation de Postes Canada
dans le cadre de
l’examen stratégique est lié aux accords de cette dernière avec son
actionnaire (le gouvernement), qui semblent inhiber le recours au
pouvoir et l’expertise du conseil, rendant ainsi la SCP moins preste
qu’elle devrait être à mesure qu’elle tente d’atteindre la viabilité
commerciale et concurrentielle, ainsi que l’autonomie financière. Postes
Canada laisse sous-entendre que la surveillance du gouvernement est
disproportionnée, ce qui a pour résultat que les approbations des plans
d’entreprise, de certaines transactions commerciales et de certains
emprunts peuvent prendre beaucoup de temps et des occasions du marché
peuvent être ratées en raison du processus prolongé lié à la
surveillance. Ce processus a donné lieu à un environnement où un excès
de prudence inhibe le développement financier et commercial de la SCP.
Figure 4 : Processus actuel d’approbation du plan d'entreprise et des opérations restreintes
Par ailleurs, le gouvernement a la responsabilité de veiller à ce que
les sociétés d’État comme Postes Canada
soient bien gérées et à ce
qu’elles remplissent leurs obligations d’intérêt public de manière
responsable sur le plan financier. En réalité, les ministres sont
imputables au Parlement pour l’efficacité générale des sociétés d’État
de leur portefeuille et doivent répondre des activités des sociétés
devant le Parlement. Le ministère du portefeuille du ministre, le
ministère des Finances et le Bureau du Conseil privé assurent une
fonction difficile en ce qui a trait aux plans d’entreprise et aux
autres activités des sociétés nécessitant des approbations du
gouvernement. Postes Canada
est peut-être une société d’État
indépendante, mais le fait est que la société existe à titre
d’instrument d’intérêt public et ses activités financières et son
rendement ont une incidence directe sur les résultats finaux du
gouvernement du Canada
. Pour ces raisons, les représentants du
gouvernement ont des motifs légitimes de se préoccuper des activités de
Postes Canada.
Après avoir considéré les deux points de vue, et plus précisément la
façon dont les choses se sont déroulées au cours des dernières années,
le Comité consultatif
a conclu qu’il serait opportun de prendre du recul
et de clarifier de nouveau les différents rôles, responsabilités et
pouvoirs des intervenants principaux au sein de l’environnement de
gouvernance des services postaux canadiens.
Au risque d’une simplification excessive, on pourrait dire qu’il y a de
la part de la Société un manque de compréhension de la mesure dans
laquelle les activités postales fonctionnent dans un environnement
limité par les objectifs et les attentes d’intérêt public, lesquels
relèvent de l’actionnaire, nonobstant les attentes commerciales et
financières de la Société. Dans le même ordre d’idées, il existe un
certain manque de compréhension de la part de l’actionnaire et de ses
différents représentants de la mesure dans laquelle il articule ses
attentes en matière d’intérêt public dans un environnement limité par
des impératifs commerciaux et financiers. Ces impératifs font partie
intégrante de la réalité quotidienne de la Société.
Cette situation découle vraisemblablement de l’intensification du
développement simultané de l’autonomie d’entreprise, du style et de la
culture de Postes Canada, ainsi que des efforts de l’actionnaire visant
à maintenir une articulation rigoureuse des objectifs postaux publics
dans un environnement de plus en plus commercial et concurrentiel. Le
Comité consultatif
est d’avis qu’il n’y a tout simplement pas de bons
liens établis entre les processus de la Société et ceux de
l’actionnaire.
Cela constitue une situation cruciale pour l’avenir de Postes Canada
et
des services postaux au Canada. Sans une vision et une clarification
mutuelles des attentes et des objectifs, il ne sera pas possible, d’une
part, de préciser et de clarifier les attentes relatives à l’obligation
d’assurer un service universel qui est au cœur de l’environnement
postal, ce qui signifie que, d’une autre part, il n’y aura pas de vision
claire de ce en quoi consiste un réseau approprié pour mener à bien
l’obligation d’assurer un service universel ni du mode de financement
nécessaire pour assurer le respect de cette obligation de manière stable
et autonome à long terme.
(iii) Leçons tirées de l’étranger
Le Comité consultatif
a souligné précédemment que les administrations
postales efficaces exploitées dans le contexte d’accords de gouvernance
encouragent de façon simultanée les pratiques commerciales modernes et
l’attention à l’égard des obligations d’intérêt public. Ces accords de
gouvernance assignent des responsabilités et des pouvoirs clairs et
transparents à chacune des équipes de gestion, des conseils et des
actionnaires, pour assurer l’exploitation responsable et efficace des
administrations postales. Ces accords tentent de veiller à ce que ni les
considérations commerciales ni les objectifs d’intérêt public ne
dominent au détriment des autres. Dans la mesure où les accords de
gouvernance sont fructueux (ainsi que le rendement des services
postaux), ils entraînent peu de frictions.
Une caractéristique commune de ces accords est qu’ils fournissent tous
une hiérarchie des responsabilités claire, transparente et distincte
pour les questions financières (droits du propriété/actionnaire) et
sociales (réglementation). Cela est au cœur de la gouvernance : comment
établir un accord clair, transparent et responsable qui encourage
simultanément le rendement commercial et l’atteinte des objectifs
sociaux selon un certain équilibre – sans que le gouvernement ne
contrôle (ou ne néglige) trop la société, ce qui inhiberait l’atteinte
des objectifs de l’une ou l’autre des parties.
Lorsque les administrations postales appartiennent à 100 % au
gouvernement, il y a seulement un actionnaire. Même dans le contexte
d’une économie d’entreprise conçue et déterminée par le gouvernement,
l’intérêt de l’actionnaire est établi, articulé et communiqué à
l’administration postale et il est exercé. Celui-ci est normalement
communiqué par l’entremise du conseil d’administration, nommé
exclusivement ou principalement par l’actionnaire, et de la haute
direction. Le conseil est tenu d’agir conformément aux principes
commerciaux solides et de maintenir et rehausser la valeur et les
résultats financiers pour l’actionnaire. Il recrute et supervise
l’équipe de la haute direction, qui établit les budgets et les plans à
des fins d’examen et d’approbation par le conseil. Le conseil interagit
et communique avec un ministère actionnaire au sein du gouvernement,
conformément aux attentes convenues. La nature de la relation entre le
conseil et le ministère actionnaire est rendue claire et prévisible, la
supervision est « légère » dans la mesure où le gouvernement fait
confiance au conseil et idéalement, l’interaction entre l’actionnaire et
le conseil est libre et régulière. Cette forme de communication libre et
directe est également exercée entre le ministère actionnaire et la haute
direction de l’administration postale.
Le gouvernement est tenu en raison d’aspects sociaux et d’intérêt public
de veiller à ce que l’administration postale maintienne l’obligation
d’assurer un service universel, s’acquitte de ses obligations, assure un
niveau de qualité et de service satisfaisant et atteigne les objectifs
sociaux qu’il a fixés. Dans une certaine mesure, les objectifs sociaux
peuvent sembler opposés aux objectifs financiers.
De nombreux pays gèrent parfois les objectifs sociaux et financiers
conflictuels des administrations postales en confiant à un ministre,
autre que celui chargé de superviser les questions financières, la tâche
de veiller sur les objectifs sociaux et réglementaires. Ce principe de
séparation des fonctions de propriétaire (actionnaire, responsable
financier) des fonctions réglementaires ou sociales est maintenant bien
ancré. En fonction de ce modèle, les attentes réglementaires ou sociales
du gouvernement sont clarifiées et quantifiées, et supervisées par un
organisme de réglementation ou un ministère qui interagit avec
l’administration postale pour établir, réexaminer et mettre en œuvre ces
attentes et ces objectifs sociaux (intérêt public) d’une manière ouverte
et prévisible. Un autre ministère possédant l’expertise et le mandat
appropriés est chargé de superviser les objectifs financiers de
l’administration postale et les principes d’ouverture et de
prévisibilité sont appliqués à l’établissement, à la surveillance et à
la modification des attentes financières. Le Comité consultatif
croit
que le temps est venu de considérer l’introduction à long terme d’un
modèle de gouvernance des services postaux de ce genre au Canada.
(iv) Les questions liées à la gouvernance nécessitant de l’attention
Le Comité consultatif
souligne que le conseil d’administration de
Postes Canada
a établi un comité de nominations et qu’il maintient un
profil des compétences pour le conseil. Le Comité consultatif
soutient
que la matrice d’expérience du conseil devrait être revue régulièrement,
pour veiller à ce que les membres possèdent les compétences nécessaires
pour exercer une diligence raisonnable dans tous les secteurs, y compris
la modernisation, l’autonomie financière, l’obligation d’assurer un
service universel et les autres obligations d’intérêt public. En ce qui
a trait à ce dernier point, le Comité consultatif
croit qu’il serait
approprié qu’un représentant plus direct de l’actionnaire siège au
conseil d’administration de la Société – un sous-ministre ou un
sous-ministre délégué, actuel ou ancien, – pour fournir de la
sensibilité en matière d’intérêt public au sein du conseil
d’administration.
Le Comité suggère également de revoir la pratique actuelle considérant
le PDG comme membre du conseil d’administration ayant droit de vote,
compte tenu de l’évolution de Postes Canada
et en prenant pour acquis le
désir du gouvernement de renforcer les rôles et les responsabilités du
conseil. Le fait que le PDG ne soit plus considéré comme un membre du
conseil d’administration, ce qui est une pratique assez courante du
secteur privé, contribuerait possiblement à accroître l’acceptation des
décisions du conseil et à fournir un haut niveau d’imputabilité à
l’actionnaire. Cela permettrait également une discussion mieux ciblée
entre le conseil d’administration et le ministre relativement aux
questions comme la désignation, l’examen du rendement et la rémunération
du PDG, tous des aspects qui ont été soulevés à titre de préoccupation
sérieuse par les membres, anciens et actuels, du conseil
d’administration.
Le Comité consultatif
croit que le conseil d’administration actuel de
Postes Canada exerce ses fonctions de manière compétente et raisonnable
à titre de conseil d’une « exploitation commerciale », tâche qui lui a
été confiée en vertu de la Loi sur la Société canadienne des postes.
Toutefois, le Comité consultatif
croit que les décisions de la Société
sont souvent perçues comme non compatibles avec les objectifs d’intérêt
public et les sensibilités du gouvernement et que toute mésentente qui
en découle est le fruit de l’absence d’une vision commune des attentes
du gouvernement et des exigences de Postes Canada
dans ces secteurs. Par
ailleurs, comme le Comité l’a suggéré, l’élaboration d’un Protocole de
service aiderait à clarifier les choses pour tout le monde.
Le Comité consultatif
est d’avis que le gouvernement et le conseil
d’administration de Postes Canada
doivent clairement comprendre les
rôles, les responsabilités et les obligations de rendre compte des deux
parties liés à l’obligation d’assurer un service universel, au plan de
modernisation, aux attentes relatives aux services postaux ruraux, au
fondement de l’autonomie financière, de son élaboration à son
approbation en passant par le financement, l’exécution et la
communication. Il faut établir un lien et une vision clairs en ce qui a
trait aux responsabilités et aux obligations de rendre compte
respectives de la Société et du gouvernement.
En plus de clarifier les rôles et les attentes, il est également
important de clarifier ce qui doit être « contrôlé » par le gouvernement
au moyen du processus qu’il emploie pour approuver les plans
d’entreprise et les opérations restreintes de Postes Canada.
En outre,
une entente doit être conclue quant à la fréquence et à la coordination
des interactions requises entre les parties et leurs représentants
respectifs au cours de l’élaboration du plan d’entreprise et des plans
de dépenses en capital. Dans le cadre de cette approche, il y aura une
relation claire et directe entre le gouvernement et la haute direction
de Postes Canada, y compris une articulation claire des attentes, des
rencontres régulières entre le conseil d’administration et le ministre
et des interactions efficaces au niveau du travail.
Le Comité consultatif
recommande que le gouvernement prenne appui sur
l’expertise en matière de surveillance postale déjà en place à
Transports Canada pour établir une équipe de surveillance postale
interministérielle ou un groupe de travail présidé par Transports Canada
et composé de cadres supérieurs de Transports Canada et des organismes
centraux. Le groupe de travail aurait pour but de parvenir à un
consensus gouvernemental sur les questions postales et de communiquer et
articuler le point de vue du gouvernement quant à ces questions. Il
s’avérait important pour le gouvernement de s’assurer de maintenir une
capacité suffisante et un niveau d’expérience et de connaissance des
services postaux au sein du groupe de travail afin que les interactions
avec Postes Canada
se passent de façon alerte et éclairée.
À long terme, le Comité consultatif
croit que les responsabilités ayant
trait aux fonctions financières (actionnaire) et aux fonctions sociales
(réglementation) devraient être séparées, et qu’il devrait y avoir des
différents processus d’imputabilité et des ministères de surveillance
différents. À cet égard, le Comité consultatif
suggère que le
gouvernement prenne en considération les modèles de gouvernance des
administrations postales de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, dans
lesquels les responsabilités et les pouvoirs financiers sont assignés à
un ministère (p. ex., le ministère des Finances) alors que les
responsabilités et les pouvoirs sociaux sont assignés à un autre (p.
ex., le ministère des Transports).
(v) Une proposition à examiner ultérieurement
La Loi sur la gestion des finances publiques et la Loi sur la Société canadienne des postes attribuent
des responsabilités et des rôles précis à des intervenants désignés du gouvernement (p. ex., le « ministre approprié »,
le ministre des Finances, le Conseil du Trésor et le gouverneur en conseil).
Le Comité ne suggère pas une révision complète du cadre, mais plutôt une mise au point du modèle de gouvernance.
Les ingrédients du futur régime de gouvernance devraient prendre
appui sur les pratiques de saine gouvernance examinées précédemment et
englober les principes suivants :
- Les rôles, les responsabilités et les pouvoirs de la haute
direction de Postes Canada, du conseil d’administration et des
ministères exerçant une surveillance devraient être clairs, précis
et transparents;
- Essentiellement, la diligence raisonnable, les responsabilités
financières/commerciales et le recrutement du PDG devraient demeurer
sous la coupole d’un conseil d’administration autonome, distinct et
éloigné du gouvernement, et ce dernier devrait être composé de
personnes qui ont une expérience et une expertise vastes et
approfondies du secteur commercial;
- Le gouvernement devrait exercer un niveau pratique de
surveillance grâce à des énoncés de principes clairs relativement
aux exigences et aux attentes et grâce à la nomination des membres
du conseil d’administration, y compris un représentant direct ou
indirect de l’actionnaire et au maintien d’une relation claire et
directe entre le gouvernement et la Société;
- Dans la mesure où le gouvernement fait confiance au conseil
d’administration, la responsabilité de surveiller les activités de
la Société devrait relever entièrement dudit conseil. Le conseil en
soi devrait être redevable au gouvernement en ce qui a trait à
l’exercice de la surveillance de manière diligente. Lorsqu’un besoin
précis existe quant à la surveillance et au contrôle continus du
gouvernement, il faudrait expliciter la situation et parvenir à une
vision commune de l’intention sous-jacente et des exigences
attendues de la Société pour obtenir les approbations requises;
- Il devrait y avoir des rencontres régulières entre le conseil
d’administration et le ministre responsable pour faciliter
l’articulation claire des attentes et les rapports sur les réussites
en fonction de ces attentes, de même que l’examen et l’approbation
du gouvernement des plans d’entreprise annuels et des objectifs
financiers;
- Les attentes liées à la qualité, au service et à l’obligation
d’assurer un service universel devraient être énoncées clairement et
publiquement en termes quantifiables, dans un protocole ou un accord
de type contractuel, qui devrait être élaboré en collaboration avec
la Société sous la supervision d’un ministère ou d’un organisme
gouvernemental distinct du ministère actionnaire.
Le Comité consultatif
suggère, au moins à des fins d’illustration, que
le ministre responsable de la réglementation pour Postes Canada
soit le
ministre des Transports et que le ministre actionnaire soit le ministre
des Finances. À titre de ministre responsable de la réglementation, le
ministre des Transports qui est actuellement le « ministre responsable
de Postes Canada
», serait chargé de surveiller l’obligation d’assurer
un service universel, le Protocole de service et les prix réglementés
des envois poste-lettres. En vertu de la Loi sur la gestion des finances
publiques, le ministre des Finances prend déjà part à la surveillance
financière de Postes Canada.
En tant que ministère actionnaire dans le
nouveau modèle, ce rôle de surveillance sera renforcé et plus
transparent. Une équipe interministérielle de surveillance des services
postaux, comme elle est décrite précédemment, jouera un rôle intégral de
coordination des interactions du gouvernement avec Postes Canada.
L’appendice H fournit un autre examen des aspects pratiques du modèle de gouvernance proposé.
La figure 5 illustre les responsabilités proposées en
matière de surveillance des services postaux pour ce modèle de gouvernance par deux ministères.
Figure 5 : Proposition de surveillance par deux ministères des services postaux

Partie II : Notes en bas de page
[1] Robert M. Campbell, The Politics of
the Post: Canada's Postal System from Public Service to Privatization,
(Peterborough, ON: Broadview Press, 1994), p.380
[2] Voir le mémoire du STTP au Comité
[3] Campbell, The Politics of the Post, p. 281
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